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DOSSIER : RECHERCHE
Les universités face à la Loi de programmation et d'orientation
Après la crise, l'apaisement

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Anne Jouan, 07 mars 2005
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On se souvient que, déjà à Grenoble, lors des Etats généraux de la recherche fin octobre 2004, les universitaires avaient fait entendre leur désaccord lors de la présentation du texte rédigé par le comité d'initiative et de proposition (CIP). En cause, le manque de place qui leur était accordé. Trois mois plus tard, le texte préliminaire du projet de loi 2005, qualifié de « brouillon » par le ministère, a été vivement critiqué par les membres de la Conférence des présidents d'université. Bernard Carrière, président de Strasbourg I-Louis Pasteur explique : « Cet avant projet de loi était très en deçà de l'attente de la communauté universitaire ». Ce membre permanent de la commission permanente de la CPU expose les principaux griefs exprimés fin janvier en séance plénière de la CPU :
- les moyens proposés par la LOPR sont jugés « notoirement insuffisants », notamment pour les postes Iatos. Le texte en proposait 150 alors que la CPU en souhaiterait 1 000.
- un budget global des universités est nécessaire. Il s'agit d'un « élément essentiel de leur autonomie ».
- demande d'une égalité de traitement entre organismes de recherche et universités pour déroger aux codes des marchés publics.
- manque d'une évaluation nationale indépendante des organismes d'où la demande d'une clarification de procédure d'évaluation.
- « point le plus débattu » : le « dévoiement de la notion de Pôle d'enseignement de recherche supérieur » (les Pres). La CPU estime qu'il faut les adosser aux établissements d'enseignement supérieur. Cette vision s'oppose au texte initial qui ouvrait la possibilité de Pres thématiques disposant d'une forte autonomie par rapport aux universités, or les Pres thématiques portent en germe un risque de démembrement des universités.

Yannick Vallée, premier vice-président de la CPU, président de l'université Grenoble I-Joseph-Fourier, explique que des négociations sont en cours avec le ministère de la Recherche. A la question de savoir si le texte final comptera toutes leurs recommandations, il répond : « Peut-être pas, même s'il y a quand même des moyens supplémentaires non négligeables. Nous souhaitons aussi que la part de recherche faite dans les universités soit reconnue. Elle est plus importante que ce que les gens croient. Les organismes sont toujours mis en avant ».
Autre problème mais qui touche aussi à la reconnaissance des universités, l'évaluation. « Nous demandons à ce que ce soit les mêmes comités d'experts qui évaluent les laboratoires des universités et ceux des organismes. Je pense qu'on l'obtiendra. Actuellement, les laboratoires universitaires ne sont pas évalués par les mêmes commissions que les laboratoires du CNRS par exemple, ce qui est très discriminant », conclut Yannick Vallée.
Les orientations du gouvernement en matière de recherche seront connues et discutées au Parlement d'ici l'été.

La question centrale de l'autonomie

LE FIGARO ETUDIANT. – Les universités souhaitent-elles mener elles-mêmes leur politique de recherche ?

Bernard CARRIERE. – Elles doivent avoir la possibilité de conduire une politique de recherche à l'échelle d'un site et disposer des moyens de cette politique. Leur marge est aujourd'hui beaucoup trop faible. Corollairement, nous acceptons évidemment que le budget global soit assorti d'une évaluation a posteriori permettant d'apprécier la pertinence des choix opérés.

Il faut donc plus d'autonomie pour les universités ?

Oui, une autonomie renforcée de nature à leur permettre d'assumer pleinement leur rôle dans le développement local.

Une plus grande autonomie ne pose-t-elle pas la question du nombre d'universités ? Ne serait-ce pas un élément qui jouerait en défaveur des plus petites ?

L'autonomie ne signifie pas désengagement de l'Etat, il faut qu'elle se fasse dans le cadre de son soutien renforcé, notamment en matière de recherche.

La recherche française souffre d'un manque de lisibilité à cause notamment d'un système à trois têtes : une foule de grandes écoles – d'ailleurs toutes qualifiées de « grandes » sans que ce soit nécessairement justifié –, les universités et les organismes de recherche...

Cest une spécificité française. Il s'agit sans doute d'un handicap pour la recherche publique. Une évolution est nécessaire, notamment que les organismes de recherche deviennent des agences de moyens, le rôle d'opérateurs de recherche revenant plus significativement aux universités. Il faut trouver des formes de partenariat plus équilibrées permettant un renforcement des universités à l'échelle d'un site.

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