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Focus association
Les associations estudiantines de théâtre flirtent avec les feux de la rampe
Songe d'une nuit d'étudiant

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Aude Walker , 29 mars 2005
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Panneaux en carton-pâte tenus à bout de bras par le metteur en scène-ouvreur, lampes torches faiblardes en guise de projecteurs, comédiens se débattant entre trous de mémoire et clins d'oeil à mamie, qui fait de grands signes en fond de salle... La mythologie du théâtre amateur n'est pas franchement reluisante. Mais, les dizaines de spectacles entièrement montés et joués par des troupes étudiantes qui investissent chaque année les estrades des amphis des universités et des grandes écoles viennent redorer ce blason. Ces associations, créées par des étudiants pour les étudiants, proposent un vrai travail de qualité qui les situe à des années-lumière de la fête de fin d'année sous le préau.

Pour Double jeu (HEC), le Club (Ecole centrale de Paris), Comédia (Essec), Didascalie (Essca), Lidee (université de Cergy-Pontoise) et l'Atep 3 (Censier), le théâtre est une affaire sérieuse. «Malgré des moyens limités et même si nous jouons exclusivement devant des potes, nous tenons à ce que nos spectacles soient pros et beaux Le but est tout de même de faire partager l'amour du théâtre», déclare Clément Magre, 21 ans, trésorier de Double jeu.

En effet, ces compagnies, aussi différentes soient-elles par leur contenu et leur fonctionnement, ont une seule et même vocation : diffuser auprès de leurs pairs la passion de l'art dramatique. Avec sérieux mais sans se prendre au sérieux. «Ici, la prise de tête et l'élitisme n'ont pas droit de cité. Nous n'avons aucune velléité expérimentale ; le but est de faire découvrir le théâtre en s'amusant», poursuit Clément. Une formule efficace qui a trouvé son public. Lors des représentations de fin d'année, l'amphithéâtre de 474 places d'HEC, mis à disposition de l'équipe de Double jeu, affiche presque toujours complet. L'alchimie semble aussi tenir à une programmation éclectique. Pièces contemporaines, café-théâtre, matches d'improvisation ou tragédie classique : le théâtre étudiant se soucie peu des étiquettes et se doit avant tout d'être lisible et accessible à tous. «Il ne s'agit pas de stigmatiser un discours sur le théâtre ou de se montrer, mais bien de montrer une pièce afin de communiquer des émotions nouvelles. Pour cela, notre théâtre doit être simple, fort et sans fioriture», confirme François Broquin, 22 ans, président du Club de théâtre de Centrale.

Il est souvent question de partage et de communication dans les coulisses de ce théâtre étudiant. Art collectif par excellence, le théâtre devient, dans un cadre scolaire, un parfait élément fédérateur. Détail non négligeable dans un paysage estudiantin français souvent épinglé pour son manque de dynamisme. Etudiant à l'université de Cergy-Pontoise, Thibaut Dall'Agnese, 21 ans, en LCE d'anglais, déplore l'anonymat et l'individualisme qui règnent sur le campus : «La vie étudiante a besoin d'être boostée en France. Cergy est une véritable ville étudiante et rien ne bouge. Il manque quelque chose pour que ça explose.» Ce quelque chose, Thibaut le découvre l'année dernière lors d'un échange universitaire au Québec : l'improvisation, véritable sport national, très prisé par les étudiants canadiens. «De retour en France, j'avais peur de m'embêter. J'ai alors décidé de monter une ligue d'impro. Ludique et libre, l'impro est un vrai défouloir, capable de toucher tous les étudiants» , explique-t-il. Uniquement grâce au bouche à oreille, Lidee, qui a vu le jour en novembre 2004, compte aujourd'hui 25 membres.

Exercices de respiration, travail corporel et vocal semblent créer des liens. «C'est le pied de pouvoir rassembler les gens autour d'une passion. On éprouve un vrai plaisir à construire quelque chose ensemble. Un fou rire en répétition vaut toutes les représentations du monde. On cultive cet esprit de troupe. Cette association, c'est aussi une bande de copains qui s'agrandit» , constate Frédéric Bernon, 18 ans, trésorier et comédien de Disdascalie.

Monter et pérenniser une association de théâtre est un véritable défi logistique. Trouver des locaux de répétition est une gageure. Mais, quand les salles de cours font défaut, les maisons de quartiers accueillent souvent les troupes sans domicile fixe. Moyennent un zeste de débrouille et une pointe de bagou, le matériel technique est prêté par les mairies, tandis que les costumes et les décors sont confectionnés par les étudiants entre deux cours. A raison de 10 à 15 heures par semaine, sans parler des week-ends et vacances sacrifiés à l'approche de la première, faire partie d'une association de théâtre est un investissement à temps plein.

Huit mois de préparation intensive qui se soldent généralement par une unique représentation, il y a de quoi ressentir une vague frustration. Cela pousse certains à participer aux nombreux festivals de théâtre étudiant, comme celui de Cabourg ou le festival d'hiver d'HEC, qui réunissent chaque année les troupes des universités et des grandes écoles. «Bosser pendant des mois comme des malades, jouer une fois et ranger, c'est dur. Nécessairement, on a envie de montrer notre travail. Les festivals permettent de découvrir un autre milieu, plus pro», explique Clément.

L'énergie et la passion avec laquelle ces non-professionnels défendent leur travail suscitent le respect des jurys des festivals constitués de comédiens ou metteurs en scène professionnels. Certaines associations jouissent d'une vraie reconnaissance dans le milieu. Ainsi, Comédia voit presque tous les ans une de ses pièces se produire dans les théâtres parisiens. En 2004, A qui le tour ? s'est joué pendant une semaine au Théo théâtre. «Il est important de trouver un autre public que les potes de l'Essec. Et puis, on peut montrer qu'avec de petits moyens, on peut jouer comme des grands» , s'amuse Amandine Hay, 21 ans, vice-présidente de l'association.

atep3@free.fr
www.hec.fr
www.esseclive.com
www.u-cergy.fr
www.essca.asso.fr
www.ecp.fr

Un tremplin
Pour ceux qui se destinent à une carrière dans le théâtre, une troupe étudiante peut devenir un véritable tremplin. «C'est une chance énorme de pouvoir montrer son travail, malgré l'exiguïté des lieux et les moyens dérisoires. Il faut en être conscient. Nous voulons rappeler aux étudiants qu'ils sont plutôt bien lotis et qu'il y a une continuité possible. Nous avons vu beaucoup de gens débuter ici» , confirme Thomas Cepitelli, 24 ans, étudiant en DEA d'études théâtrales à Censier et président de l'Atep 3 (Association théâtrale des étudiants de Paris III) qui organise, du 9 au 22 mai, la 9e fête théâtrale de Paris III. A l'occasion de la manifestation, quarante compagnies peuvent présenter leurs travaux sans sélection préalable et dans un lieu gratuit.

«Le but est de donner la parole à tous. Dans une société qui a tendance à travailler sur l'excellence, il est essentiel de donner la chance de montrer ce qu'il y a à montrer, sans juger. Le théâtre étudiant permet de sortir la création du noir et de l'oubli», explique-t-il. Pour Thomas et les trois autres membres de l'association, le théâtre est une réelle nécessité, une conviction, un acte de résistance.

L'Atep renoue ainsi avec la grande tradition du théâtre universitaire des années 60. Lorsqu'Ariane Mnouchkine, alors étudiante à Paris III, crée l'association en 1959, elle veut en faire le vivier de la création théâtrale contemporaine et un espace de réflexion. «La fac est un lieu essentiel de pensée. Créer sur ces lieux est une chance. Le théâtre universitaire est un véritable laboratoire de recherche qui permet de s'interroger sur le monde et le sens du théâtre dans ce monde», déclare Thomas.

Directeurs de salle, metteurs en scène et comédiens ne s'y trompent pas et sont au rendez-vous chaque année. En sus des représentations, ces deux semaines consacrées au théâtre sont rythmées par des débats et tables rondes entre étudiants et professionnels. Cet échange fait de la création étudiante un agent de renouvellement théâtral. «On pense parfois que le théâtre, c'est un truc de rigolo, mais c'est tout sauf de la blague, même en amateur», rappelle Thomas. On le croit sur parole.

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