Focus association
Tremplin donne un coup de pouce aux lycéens souhaitant accéder à l'enseignement supérieur
Aide-toi, l’X t’aidera
...................................................
Stéphanie Trastour, 18 janvier 2006
...................................................
Depuis la crise des banlieues, le sujet de l’égalité des chances est sur toutes les lèvres. Ce serait même « la grande cause nationale de 2006 », selon les termes de Dominique de Villepin. Mais des dispositifs existent déjà. Depuis quelques années, certaines grandes écoles s’intéressent à la démocratisation de l’enseignement supérieur. A Polytechnique, l’association Tremplin œuvre pour que les filières d’excellence scientifiques soient accessibles à tous. Pour cela, des étudiants de l’X se déplacent dans les quartiers défavorisés afin de transmettre leur savoir aux lycéens. Reportage.
Le lycée Voillaume se trouve à l’interface de deux mondes. D’un côté, la paisible zone pavillonnaire d’Aulnay-sous-Bois (Seine Saint-Denis), de l’autre, la Rose-des-Vents, plus connue sous le nom moins poétique de « cité des 3000 ». Un quartier qui n’a pas été épargné par les émeutes de novembre dernier. Le lycée Voillaume, lui, n’a pas été touché, en dehors de quelques coups de fils anonymes et autres alertes à la bombe. Pourtant, cet établissement classé sensible recrute dans les cités alentours et notamment « aux 3000 ». « Il y avait forcément des émeutiers chez nous, estime Michel Métro, le proviseur, mais ils se sont tenus à carreau. » Y a-t-il eu une sorte de sanctuarisation du lycée pendant les émeutes ? L’administration s’interroge encore. Une chose est sûre, elle préfère miser sur le potentiel d’excellence de ses lycéens. Depuis la rentrée, un étudiant de Polytechnique vient chaque semaine donner deux heures de cours aux élèves de première et terminale S qui le souhaitent. Une initiative de l’association Tremplin qui vise à promouvoir les filières d’excellence scientifiques dans les lycées défavorisés. Et, même s’il est encore bien trop tôt pour un bilan, l’établissement se réjouit d’une telle démarche. D’autant qu’il se flatte d’être au-dessus de la moyenne nationale sur les filières scientifiques. « L’idée est d’amener les élèves dans les meilleures conditions vers des études post-bac », explique Sylvain Poncet, proviseur adjoint. « Et surtout, de faire comprendre aux lycéens que ce n’est pas hors de portée, qu’ils peuvent y arriver. Il y a chez eux un blocage culturel et psychologique par rapport aux études supérieures », ajoute Michel Métro.
« Transmettre mon savoir en maths »
C’est à Younes Kchia que l’on a confié cette mission. Etudiant de 20 ans, en première année de l’X, il a choisi de faire son stage civil au sein de l’association. C’était celle qui le séduisait le plus. « Je n’avais jamais enseigné mais je voulais transmettre mon savoir en maths », confie-t-il, l’œil pétillant. En tout cas, la mayonnaise a l’air de prendre auprès des huit élèves de première S présents au cours. Pendant que Younes expose ses formules, on entend presque voler les mouches. Ce jour-là, il est question de combinatoires. « Quand je vais de N-K à N, j’ai combien de lignes ? » demande Younes. Les réponses fusent. Mais l’étudiant est méthodique : il invite ses élèves à se concentrer cinq minutes sur le problème, passe dans les rangs, s’arrête auprès de chacun avant d’envoyer quelqu’un au tableau. « Naguib, c’est toi qui est passé en dernier, tu peux me désigner le suivant ? ». Habile manœuvre pour faire passer la pilule. De fait, les élèves qui se succèdent au tableau n’ont pas l’air d’aller à l’échafaud. Mieux, ils montrent un réel enthousiasme à résoudre les problèmes. « Ici, on vient chercher le plaisir de faire quelque chose de dur », explique Anthony. « Et il y a du plaisir quand on réussit, renchérit Aboudou, parce que, pour la plupart, on est plus intéressés que forts en maths ». Lors du premier cours, Younes les a tout de suite mis à l’aise : « Je leur ai dit que j’avais beau venir de Polytechnique, je n’étais pas sans faille et que je pouvais moi-même faire des erreurs ». Un aveu qui les a à la fois rassurés et motivés.
Pour Naguib, « Younes est une lueur d’espoir car lui aussi trouvait ça dur au début mais il a fini par y arriver ». En effet, l’étudiant d’origine marocaine est un exemple de réussite, même s’il vient d’un milieu plutôt aisé. Il y a deux ans, il quitte son Agadir natale pour intégrer une prépa à Louis-le-Grand où il avoue volontiers en avoir bavé question boulot. Et le voilà aujourd’hui donnant des cours à des élèves à peine plus jeunes que lui pour certains. « C’est une nouvelle approche, une autre réflexion », commente Naguib. « Nos cours de maths, à côté, c’est niveau Mickey ! », ricane Mohammed. Il est vrai que Younes place la barre haut. Lorsque, à la moindre difficulté, les élèves dégainent leur calculatrice, ils sont priés de la ranger sur le champ. Celle-ci n’étant plus autorisée après le bac, autant qu’ils se fassent une raison. Alors que le petit groupe s’attaque au binôme de Newton, Younes insiste : « Si j’ai vraiment un message à vous transmettre, c’est celui-là : les maths, ca n’est pas du par cœur, c’est de la com-pré-hen-sion. Il faut apprendre à comprendre. » « Alors pourquoi la prof de maths nous dit : ‘y’a rien à comprendre, y’a juste à appliquer’ ? », lance Khalil, un rien provocateur. Léger blanc. Mais Younes ne se démonte pas : « Eh bien je suis là pour vous apprendre à dépasser ça ».
«OUVRIR DE NOUVEAUX HORIZONS»
Voilà une association qui porte bien son nom. Donner l’élan nécessaire aux élèves qui envisagent l’enseignement supérieur : tel est l’objectif de Tremplin. « C’est en faisant ma prépa que j’ai pu voir à quel point c’était une voie sélective », explique Jean-Marc Fournier, son fondateur. D’où l’idée de créer une association qui donnerait leur chance à des jeunes issus de quartiers défavorisés. Lorsqu’il intègre l’X en 2000, Jean-Marc constate que les structures associatives proposant du soutien scolaire en lycées sont pléthore. Mais rien qui ressemble à de l’approfondissement. Avec d’autres élèves de l’école, il décide de fonder Tremplin. « A ma connaissance, ce type de dispositif n’existait pas ailleurs, se souvient-il, mais d’autres nous ont emboîté le pas, comme Sciences Po avec ses conventions dans les Zep (Zones d’éducation prioritaires, NDLR) ou encore l’Essec. » Régulièrement, les étudiants bénévoles de l’association se rendent dans des lycées de Zep – ou ayant de faibles résultats - pour donner des cours à des petits groupes de première et terminale S. Une séance dure en moyenne une heure et demie et porte sur les mathématiques, la physique ou la chimie. Complémentaires aux cours des professeurs, ces interventions visent à stimuler la réflexion.
« Et, surtout, à ouvrir de nouveaux horizons aux lycéens en les orientant », précise Jean-Marc Fournier. Depuis sa création, Tremplin s’est considérablement développée. Enrichie de l’ENS Ulm et de l’Ensae, elle mobilise une trentaine d’étudiants. Ces derniers interviennent auprès de 80 élèves dans 14 lycées de la Seine Saint-Denis et de l’Essonne. A son actif, Tremplin a déjà quelques beaux bébés. A l’image de cet ancien élève d’Aubervilliers qui affiche un sans-faute : prépa à Louis-le-Grand et Centrale Paris.
Réagir dans le Forum
- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix
..........................