DOSSIER :
Informatifs ou contestataires, les journaux étudiants délient leur langue
Les vilains petits canards
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Alicia Gaydier , 22 novembre 2004
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Animafac, réseau d'échan ges d'expériences et centre de ressources pour les initiatives étudiantes, recense quelque 193 journaux étudiants et pas moins de 51 revues étudiantes en France. L'Ile-de-France arrive en tête des régions françaises puisqu'on y trouve environ un quart des journaux et la moitié des revues réalisés par des étudiants. Bon moyen pour une association de véhiculer ses idées, créer et faire vivre un journal n'est cependant pas une mince affaire et l'envie de jouer les apprentis journalistes se heurte souvent à des problèmes plus terre à terre comme celui du financement ou de la diffusion.
«Nous trouvions que la presse pour les jeunes était sérieusement ankylosée, qu'il n'y avait rien de trépidant au niveau de la presse écrite», déclare Ludovic Le Draoullec, de Tapage. Quand ils ne sont pas rattachés à une université ou à une école, les journaux étudiants sont souvent un moyen pour leurs auteurs de faire la démonstration de ce que devrait être, selon eux, la presse dite «jeune». Dans l'esprit de ses concepteurs, Kactus est par exemple «un journal tel que les étudiants auraient envie de le lire». Pas de doute, l'envie de refaire le monde et d'apporter son grain de sel au débat public est bien là. Mais gérer un journal ne se limite pas à écrire des éditos... Ce que les apprentis journalistes ont tôt fait de découvrir.
Outre la maîtrise de quelques logiciels incontournables (InDesign, Photoshop...), financement, impression et diffusion deviennent rapidement de véritables casse-tête pour bon nombre de rédactions étudiantes. «Quand on cherche à imprimer 1 000 exemplaires de notre canard pendant les mois d'été et que l'imprimeur n'a que cette commande, cela devient compliqué», explique Sylvain Girault, directeur de la publication de Kactus. Et si certains journaux, comme Expresso, sont imprimés par leur université, la diffusion reste quoi qu'il en soit un problème épineux. A la sortie des facs, au hasard des rencontres ou en s'appuyant sur des événements (manifestations, festivals...), la diffusion d'un journal n'est pas chose facile surtout quand celui-ci est payant.
Mais les journaux gratuits connaissent eux aussi des déboires car leur force en terme de diffusion – la gratuité – peut s'avérer être une faiblesse du point de vue de la publication. «Le numéro de septembre de Tapage était le premier avec notre nouvelle régie publicitaire et celle-ci n'a pas trouvé de pub, explique Ludovic Le Draoullec. Nos numéros d'octobre et novembre ne peuvent pas être publiés car il y a une méfiance du système de distribution. C'est innommable, la façon dont on décourage les jeunes de faire quelque chose.»
A ce titre, les journaux étudiants sont tous logés à la même enseigne. Que faire alors pour survivre ? Une possibilité : s'associer. D'un point de vue rédactionnel, comme Le Canard enchanté, qui fait partie du Carrefour international de la presse universitaire francophone (Cipof) et bénéficie ainsi d'une vision plus globale sur l'actualité internationale. Mais surtout d'un point de vue technique, comme aimerait le faire Kactus. «Cet été, nous avons développé une réflexion autour d'un réseau de médias jeunes, confie Sylvain Girault. Les journaux étudiants ont des besoins sur des choses précises : coût d'impression, diffusion... Evoluer au sein d'un réseau nous permettrait de pallier ces difficultés grâce à des échanges de compétence entre journaux.» L'idée est lancée.
Petit tour d'horizon de la prose étudiante francilienne.
Expresso est le journal de l'université de Marne-la-Vallée. Créé en 2001 par des représentants étudiants, il est avant tout tourné vers la vie étudiante. Diffusé à environ 2 500 exemplaires, il paraît à raison de cinq numéros et trois hors-série par an. Graphisme original (avec notamment une en diagonale) et ligne éditoriale nuancée, tels sont les atouts d'Expresso. Néanmoins, le journal sait aussi se montrer plus «corsé», en particulier lorsqu'il s'agit de défendre le LMD ou l'élargissement européen. Le Canard enchanté est un trimestriel créé en 2001 par des étudiants en droit de l'université de Cergy-Pontoise. Avec pour objectif initial d'assurer la cohésion entre les sept sites de la fac, Le Canard enchanté est vite devenu une référence, notamment en remportant le prix de la fondation Varenne en 2002. Tiré à 1 000 exemplaires et vendu 0,50 €, ce journal traite de l'actualité universitaire mais ouvre surtout ses pages aux étudiants pour qu'ils puissent débattre sur des thèmes d'actualité. Seul petit défaut : des pages en noir et blanc pas très enchanteresses. Quai des plumes est le magazine étudiant à vocation littéraire des trois écoles de commerce parisiennes : ECSP-EAP, Essec et HEC. Diffusé gratuitement à environ 4 000 exemplaires sur les campus des trois écoles, mais aussi de Sciences-Po, Centrale et Polytechnique, ce trimestriel se veut le journal d'une élite étudiante. Il ne fait pourtant pas l'unanimité chez les élèves des écoles concernées, qui trouvent sa ligne éditoriale trop intellectualisante. En vers ou en prose, Quai des plumes permet en tout cas aux étudiants de révéler (ou pas !) leurs talents d'écrivain. Le BOcal est le journal de l'Association des élèves de l'Ecole normale supérieure (AEENS). Diffusé tous les jeudis à 450 exemplaires, gratuit, cet hebdo est un excellent vecteur de communication au sein de l'école puisque personnels administratifs, profs et bien sûr élèves peuvent librement s'y exprimer. A vocation informative, le journal n'en oublie pas moins d'être divertissant avec des billets d'humeur ou encore des blagues. Agréable à lire, le contenu du BOcal est pourtant loin d'être limpide pour un non-normalien. Kactus est né en 2002 de l'initiative d'étudiants de différents horizons avec pour objectif de «faire un journal tel qu'ils auraient envie de le lire». Tiré à 1 000 exemplaires et vendu 1 €, sa parution prend aujourd'hui un rythme bimestriel après deux années de publications irrégulières. A tendance généraliste et internationaliste, Kactus offre un regard piquant sur l'actualité avec, notamment, des contributions extérieures ou une rubrique intitulée «Le monde des guerres oubliées». Autre plus de ce petit frère du Monde diplomatique : un graphisme très soigné. Tapage est un magazine généraliste créé par cinq étudiants en novembre 2003. Distribué gratuitement à 50 000 exemplaires à la sortie des facs et lycées, Tapage rassemble une quinzaine de rédacteurs âgés de 16 à 24 ans. Le mensuel est divisé en trois parties : la rubrique «Loisirs», truffée de critiques aiguisées, la rubrique «Sérieux», où le titre trouve sa justification, et la rubrique «Délires», dont le lecteur non initié a du mal à saisir les subtilités ! Un objectif : faire du bruit. Mais pour des raisons de financement, Tapage est condamné au silence pour les mois d'octobre et novembre.
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