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Crédit photo : Philippe Cauët
 

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DOSSIER :
NOUVELLE Le conte de Noël de Nicolas Rey
L'Opération supernoisette

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N.R., 08 décembre 2004
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Mon nom ne vous dira rien. Je suis Maurice Reinal. Mais tout le monde m'appelle Monsieur Maurice. Allez savoir pourquoi. Je travaille pour les biscuits Mou, une grande entreprise spécialisée dans le biscuit mou. Le biscuit Mou est fortement recommandé aux enfants, aux personnes âgées et, plus généralement, aux personnes qui ont des problèmes de dents comme les toxicomanes ou les boxeurs. Mon entreprise se trouve à proximité de la place des Victoires à Paris. La place des Victoires est un nom de place remarquablement trouvé pour une superbe entreprise comme celle des biscuits Mou. En effet, notre groupe est composé de salariés créatifs et compétitifs. J'aime notre groupe. J'y suis très attaché. Je suis : «chef de produit chocolat» des biscuits Mou et j'en suis fier. La nuit, lorsque je m'endors près de mon ex-femme (ma femme, en effet, m'a quitté, mais je l'ai remplacé par une photo grandeur nature)... La nuit, donc, lorsque je m'endors, je pense : «Bon sang ! La vache ! Tout de même, c'est ce qui s'appelle réussir sa vie que d'être «chef de produit chocolat» des biscuits Mou !»

Le 24 décembre au soir, il m'a fallu repasser par le bureau afin de finaliser un projet important et secret ayant pour nom de code : «Opération supernoisette». On lançait la noisette chaude sur le marché russe. Un rêve de dix ans enfin réalisé. Dans le hall, je salue Mademoiselle Molly, la standardiste, en réalisant qu'il est bien étrange de voir Mademoiselle Molly travailler un soir de Noël (Mademoiselle Molly est «jeune maman» depuis quelques années et, par con séquent, très occupée les soirs de Noël).

«Eh bien, me suis-je inquiété, Mademoiselle Molly, que faites-vous ici un soir pareil ?

– Euh, je travaille Monsieur Reinal.

– Monsieur Maurice. Appe lez-moi Monsieur Maurice, comme tout le monde ici.

– Bien, Monsieur Maurice.

– Vous travaillez sur quoi ?

– Euh, sur l'«Opération supernoisette».

Mon sang ne fit qu'un tour. Personne, hormis moi et Monsieur Erwan, mon fidèle collaborateur, ne devait être au courant de l'«Opération supernoisette». Si les Russes venaient à apprendre qu'une «opération noisette» de grande envergure se préparait sur leur territoire, nous étions finis. Je tentais de garder mon calme auprès de Mademoiselle Molly :

«Mademoiselle Molly, ai-je sifflé.

– Oui, Monsieur Reinal.

– Je vous en prie, appelez-moi Maurice.

– Oui... Maurice.

– Comment êtes-vous au courant de l'«Opération supernoisette» ?»

C'est alors que le visage de Mademoiselle Molly s'est fortement crispé. «Made moiselle Molly, que se passe-t-il ?», me suis-je inquiété.

Mais Mademoiselle Molly ne répondait plus. En lieu et place de sa réponse, un bruit sourd se produisit sous son bureau de réceptionniste. Je bondis tel un fauve sous vitamine C entre les cuisses de Mademoiselle Molly pour la secourir. Quelle ne fut pas ma stupeur de découvrir, sous le bureau et entre les cuisses de Made moiselle Molly, la comptable des biscuits Mou en personne : Mademoiselle Marie.

Je reculais alors jusqu'à l'ascenseur, regardant ce nouveau couple avec effroi. Je me rendis au septième étage et me précipitais dans le bureau de Monsieur Erwan, mon fidèle collaborateur, un homme certes plus jeune que moi mais déjà tout à fait véloce et vif d'esprit. Erwan pouvait à la fois se montrer léger et profond. Câlin mais aussi très coquin parfois. Ou l'inverse. En revanche, Erwan ne buvait jamais. Hors donc, pour la première fois de ma trop courte existence, je découvris Erwan, jouant au poney avec un chapeau haut de forme sur la tête, le même Erwan criant des «HiHiHi !» à n'en plus finir. Erwan était chevauché par Mademoiselle Joannah, la directrice des ressources humaines des biscuits Mou. Mademoiselle Joannah, une bouteille de vodka à la main, hurlait : «Les Russes ne nous auront pas ! Les Russes ne nous auront pas !», en donnant de lourdes claques sur la croupe d'Erwan.

Je me réfugiais aussi rapidement que possible dans la salle de réunion et m'enfermais à double tour. Ce n'est que lorsque je me retournais que je découvris Madame Gabrielle, notre PDG, qui finissait d'installer une grande table de Noël avec de nombreuses dindes, de la bûche, des petits anges et des sapins partout.

«Madame Gabrielle, mur murais-je, que se passe-t-il ?

– Rien de grave, monsieur Maurice.

– Mais que se passe-t-il ?

– Pas grand-chose.

– Pas grand-chose, je viens de croiser Monsieur Erwan, Mesdemoiselles Marie, Joan nah et Molly dans un drôle d'état.

– Ces personnes étaient seules pour Noël. Nous avons donc décidé de réveillonner tous ensemble.

– ...

– Avez-vous quelque chose de prévu pour ce soir, Monsieur Maurice ?

– ...

– Une famille ?

– ...

– Une femme ?

– ...

– Voulez-vous bien vous joindre à nous, Monsieur Maurice ?»

N.R.

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