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Cas d'école
ASF s’est construit une autoroute vers la bourse
Finance : Pionnière des privatisations du secteur, l'entreprise a dû faire oeuvre de pédagogie auprès de ses collaborateurs et des marchés.

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Par Capucine GRABY pour le Figaro Entreprises, 21 février 2005
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AU CENTRE INTERNATIONAL de Deauville, le 7 décembre, il y avait foule. Des centaines de salariés de la Sanef, la Société des autoroutes du nord et de l’est de la France, avaient été conviés pour découvrir les modalités de la prochaine introduction de l’entreprise en Bourse. Pour eux, il s’agissait d’une première. Mais la direction, elle, a un point de repère. La Sanef devra faire aussi bien que la première privatisation autoroutière, celle d’ASF. La mise sur le marché d’Autoroutes du sud de la France, qui remonte à près de trois ans, fait nécessairement figure de référence désormais.
Il ne s’est pas écoulé plus de six mois entre l’annonce de la privatisation d’ASF par Laurent Fabius, alors ministre de l’Economie, le 16 octobre 2001, et les premières cotations. Dans un secteur qui était resté fermé sur lui-même pendant plus de cinquante ans, ce délai a ajouté une contrainte supplémentaire. Mais l’entreprise en a tiré parti. « Cette pression nous a beaucoup stimulés », reconnaît aujourd’hui Jacques Tavernier, directeur général du groupe. Mettre les Autoroutes du sud de la France à l’heure de la Bourse supposait de travailler dans deux directions : adapter l’entreprise aux marchés d’une part, habituer les marchés au secteur d’autre part.

Foire aux questions
Les 8 000 salariés ont un lien particulier avec leur employeur. Chez ASF, le turnover est extrêmement faible : 98 % des employés font carrière à vie.
« Ils sont très attachés à leur entreprise, insiste Jacques Tavernier. Il fallait veiller à ce qu’une telle information ne les brusque pas. » Plusieurs moyens ont été utilisés en matière de communication interne. Une lettre a été envoyée à chacun des salariés. Les péagers étant disséminés sur l’ensemble du territoire, des bornes intranet ont été installées dans les gares de péages et les trente-deux districts.
Mais il fallait aller plus loin, sur le terrain. La direction a pris l’autoroute pour rendre visite aux collaborateurs sur leur lieu de travail. « Nous nous sommes rendus dans les districts pour discuter avec les ouvriers autour d’un café tôt le matin », indique Jacques Tavernier. Bernard Gardelle, qui dirige la communication, complète : « Nous avons aussi réuni de nombreux employés à Toulouse pendant deux jours. La privatisation était nouvelle, elle allait avoir des retentissements pour l’entreprise, il fallait expliquer. »
Enfin, comme il est quasi impossible de réunir l’ensemble de l’entreprise (certains agents travaillent de jour, d’autres de nuit), des salariés ont été formés en interne et se sont ensuite mis à la disposition bénévolement de leurs collègues dans le cadre d’une permanence. L’objectif était d’apporter des réponses concrètes aux interrogations les plus fréquentes : quel est mon intérêt ? comment puis-je y souscrire ? qu’est-ce que la participation ?
Ce travail en profondeur a été couronné de succès puisque 93 % des salariés d’ASF sont désormais actionnaires de leur entreprise. Ils détiennent 2,1 % du capital. « C’est le plus gros score de toutes les privatisations françaises », s’enorgueillit Jacques Tavernier. En retour, la direction a choisi, pour sa nouvelle campagne de publicité, de mettre ses salariés en scène.
Au-delà de l’adhésion des collaborateurs, l’entreprise devait également transformer la façon dont elle est organisée au sommet. Première étape : renforcer la direction financière. ASF doit en effet publier des comptes semestriels et non plus annuels désormais, une obligation parmi d’autres surveillée par l’Autorité des marchés financiers. Dix personnes ont été recrutées pour étoffer les équipes. De plus, ASF a dû créer de toutes pièces une direction juridique, afin de maîtriser le droit commercial et le droit boursier. Jusqu’ici, les relations avec les collectivités publiques étaient l’essentiel de la mission. La façon de diriger, la « gouvernance », a également été dépoussiérée. Avant l’introduction, le conseil d’administration était pléthorique : soixante personnes y siégeaient ! Chaque collectivité locale traversée par l’autoroute y avait un représentant. « C’était un mini-Parlement », plaisante-t-on aujourd’hui. Aujourd’hui, le conseil d’administration ne compte plus que seize membres. « Nous avons gagné en efficacité, nous pouvons vraiment faire du bon travail », se félicite Jacques Tavernier.

Visites sur les chantiers
Enfin, ASF a dû entreprendre des efforts en direction des marchés. Les sociétés d’autoroutes ? Aucun analyste ne les suivait. Il a donc fallu organiser des réunions pour faire un travail de pédagogie. Parallèlement, les analystes ont été invités sur le terrain pour visiter les installations et les chantiers. « Leurs road shows nous ont permis de comprendre les différents métiers du groupe, apprécie Seddik Salah, analyste chez Richelieu Finance. C’est une excellente initiative. » Aujourd’hui, trente analystes en France suivent ces valeurs. Les privatisations menées dans ce domaine au Portugal, en Espagne et en Italie ont contribué à structurer le secteur.
Il a aussi fallu s’adresser, très vite, aux éventuels souscripteurs. « Nous sommes sortis des us et coutumes de la communication d’ouverture de capital classique, fait remarquer Bernard Gardelle. Nous parlions autant aux particuliers qu’aux investisseurs par souci de rapidité. » L’analyste Seddik Salah apprécie : « Contrairement à toutes les entreprises qui sont privatisées, ASF n’a pas abusé de la communication. »
Là, ce sont les investisseurs qui ont salué la méthode : en trois ans, le cours de l’action ASF est passé de 24 à 42 euros.

LE PROBLÈME
Avant les Autoroutes du sud de la France, aucune société de ce type n’était cotée en Bourse. La culture de l’entreprise ignorait les obligations liées à l’opération.
LA SOLUTION
Pour faire adhérer des salariés au projet, la communication interne a été massive. A la tête de l’entreprise, la façon de diriger a été réorganisée. En six mois.
LES RÉSULTATS
La quasi-totalité des employés a souscrit des actions de l’entreprise. L’introduction d’ASF a servi de référence pour les Autoroutes Paris-Rhin-Rhône et la Sanef.

ASF en chiffres
Autoroutes du sud de la France exploite près de 3 000 kilomètres de voirie rapide.
- CHIFFRE D’AFFAIRES
Près de 2,4 millions d’euros en 2004, en hausse de 6,7 % par rapport à l’année précédente.
- BÉNÉFICE NET
Le résultat 2004 sera publié en mars. En 2003, il était de 324 millions d’euros.
- EFFECTIFS
8 258 personnes.
- ACTIONNARIAT
L’Etat garde la moitié du capital, Vinci en a 23 %. En un an, le titre a progressé de 60,22 %.

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