Cinéma
Ils sont partis au Festival de Cannes grâce à leur ciné-club
Souvenirs de Croisette
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Propos recueillis par Céline Fontana, 17 mai 2006
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Le festival de Cannes 2006 déroule son tapis rouge pour dix jours à partir du mercredi 17 mai. Lieu mythique pour les cinéphiles et amateurs de paillettes, il ouvre assez facilement ses portes aux membres des ciné-clubs étudiants. Avec un peu de système D et beaucoup d’énergie, à vous les projections, le soleil de la Croisette et même les soirées people ! De quoi devenir accro. Pour autant, l’expérience ne laisse pas forcément un souvenir ébloui à tous…
Caroline Nataf, 24 ans, dernière année de l’Essec.
« Lorsque je suis arrivée à l’Essec, j’ai rejoint l’association Ciné qua non car le cinéma est ma passion. J’ai fait ce choix sans penser un seul instant à Cannes. Ce n’était pas un objectif. Une fois dans l’association, j’ai découvert que l’on pouvait se rendre dans divers festivals dont celui de Cannes. Nous sommes parties à deux, il y a deux ans. Mon amie et moi avions la chance de connaître des gens sur Cannes et nous avons pu être logées. Niveau hébergement, en effet, il vaut mieux avoir un plan B car il est difficile de trouver un hôtel à moins de 100 euros, ou alors en dehors de Cannes.
Il existe plusieurs niveaux d’accréditation. Le ciné-club permet d’obtenir « Cannes cinéphilie » qui donne l’accès aux sélections parallèles mais pas à la compétition officielle ni au Palais des festivals. Cependant, tous les matins, le bureau Cannes cinéphile distribue des places, souvent pour les séances de 8h30 ou 11 heures. Pour la séance de 19 heures, en tenue de soirée, il faut un peu magouiller, bluffer. Il y a aussi parfois des gens qui donnent leurs places : notamment des professionnels qui, s’ils ne vont pas aux séances, perdent leur quota d’invitations. Il y a enfin un grand fantasme : les gens n’osent pas entrer dans les hôtels, par exemple, en pensant que c’est interdit, alors qu’il suffit souvent de pousser les portes.
Le centre du monde
J’avais l’image de quelque chose de génial, d’un rêve mais c’est encore mille fois plus strass et paillettes. C’est la folie ! Tout le monde a son badge, ça fait un peu secte. On est pris dans un tourbillon, on ne sait plus où l’on est. C’est un état second : j’avais l’impression d’être au centre du monde, là où ça se passe. Michael Haneke boit son café à côté de vous… C’est un immense théâtre. Un truc de gamin aussi : on est ravi d’entrer dans une conférence de presse assez privée, de croiser Pedro Almodovar…
J’ai eu l’occasion de monter les marches. C’est assez rigolo, excitant mais, après coup, on se dit : « Tout ça pour ça ! ». Je préférais finalement être dans la salle, où la montée des marches est diffusée sur l’écran avant le film : c’était mieux d’être spectatrice. Pareil pour les fêtes : au bout d’un moment, ce n’est pas marrant d’être seule dans une soirée où l’on ne connaît personne car on n’a eu qu’une invitation. J’aimais autant les plans « loose » sur la plage ou dans des cafés comme le Petit Majestic.
Je suis retournée à Cannes l’an passé dans le cadre d’un stage pour une société de distribution de films. C’était un séjour « quatre étoiles », le « vrai » Cannes, avec accès à tous les films, toutes les soirées. J’y serai de nouveau cette année, grâce à Ciné qua non et à l’Essec, qui a créé une chaire media, et nous emmène pour cinq jours. Cela va nous permettre de rencontrer des gens. J’y vais cette fois-ci dans un but professionnel.
Quand on est allé à Cannes une fois, ce serait vraiment horrible de ne plus y aller. J’aurais le sentiment de manquer quelque chose alors qu’au final, si on ne travaille pas dans ce milieu, on n’a rien à y faire ! »
Patrick Heneghan, 23 ans, diplômé de Sciences po, Paris IV Sorbonne.
« J’ai toujours été assez cinéphile. Aussi, à Sciences po, quand il a fallu s’engager dans une association, le ciné-club m’a paru tout indiqué. Je faisais partie du bureau et j’ai appris par les anciens que l’on pouvait obtenir assez facilement une dizaine d’accréditation pour le festival de Cannes chaque année. Nous sommes partis une semaine, il y a deux ans. Il y avait le week-end de l’Ascension et, comme j’étais en master Métiers de la culture, mes profs étaient à Cannes également : je n’ai donc pas manqué de cours. Le financement était personnel. Pour faire des économies, nous étions neuf dans une résidence Pierre et Vacances prévue pour six. Nous avions des horaires décalés, partions tôt, rentrions tard, en espérant ne pas être vus par le gardien.
Dans la peau d’un critique
Pour obtenir des places, il suffit de faire la queue à un guichet particulier. Mais il fallait connaître l’heure propice, se relayer… C’était assez stratégique ! Nous nous sommes un peu incrustés dans les soirées mais nous ne sommes jamais restés très longtemps. Notre but était de voir un maximum de longs métrages, de découvrir le marché du film… D’un point de vue cinéphilique, il est intéressant de se retrouver dans la peau d’un critique qui voit quatre ou cinq films par jour. En même temps, tout se télescope. Nous étions dans une bulle. On passe son temps à lire les journaux distribués sur place, les critiques des autres… Il n’est pas très bon de voir autant de films avec une telle pression. Ce ne sont pas les conditions idéales. J’ai ressenti une certaine saturation à la fin. Nous étions entassés dans l’appartement, il m’est arrivé de dormir par terre, du coup, le seul endroit où je pouvais me reposer était les salles de cinéma et j’ai parfois eu du mal à me concentrer ou à ne pas m’endormir. J’ai revu plus tard tous les films que j’avais aimés, comme Old Boy qui a reçu le Prix du jury cette année-là.
C’était finalement plus de la curiosité qu’un moment totalement agréable. Mais un festival de cette ampleur est quelque chose d’assez extraordinaire à découvrir. Je le recommande à tous les étudiants. J’ai toujours voulu travailler dans le cinéma. Cette expérience a conforté mon opinion mais ne m’a pas servi professionnellement. Je viens de terminer un CDD chez MK2 éditions où je m’occupais du marketing des DVD et je cherche dans ce domaine. »
Pour tout savoir sur le festival et le système des accréditations : www.festival-cannes.fr
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