Bon à savoir
Focus sur les stratégies internationales de HEC, ESCP-EAP et l'Essec
Si on fusionnait...
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Propos recueillis par Caroline Beyer , 23 mars 2005
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Quelques jours après la parution dans Les Echos du 4 mars dernier de l'article intitulé «Grandes écoles de gestion : oser le débat», Thomas Legrain, vice-président de l'Association des diplômés du groupe Essec (ADGE) démissionne de ses fonctions. En réponse au point de vue de Jacques Perrin, directeur du Céram, mettant en avant l'émergence d'un «modèle alternatif européen»*, Thomas Legrain insistait, dans cet article, sur la puissance du modèle américain et la nécessité pour HEC, ESCP-EAP et l'Essec de se regrouper, voire de fusionner pour mener une stratégie internationale digne de ce nom. «Thomas Legrain est intervenu en tant que vice-président de l'Association des diplômés, souligne Daniel Chenain, président de l'association. Nous respectons sa position, mais ce n'est pas la nôtre. L'association soutient sereinement les choix de l'école. L'Essec a toujours été très innovante. La plupart du temps nous sommes critiqués, puis les acteurs de l'enseignement supérieur nous reprennent un certain nombre d'idées. Quand on fait des innovations, il faut montrer une grande solidarité... Thomas Legrain a lui même tiré les conclusions et donné sa démission», conclut-il. Thomas Legrain, 33 ans, est fondateur et PDG de Coach Invest, structure d'accompagnement des jeunes entreprises innovantes. Etudiant, il s'est investi dans la vie associative de l'Essec comme membre du comité d'enseignement, puis membre du conseil de surveillance du groupe Essec en 3e année. Diplômé en 1996, il intègre l'Association des diplômés et y assumera pendant six ans les fonctions de vice-président. Le 14 mars dernier, il annonçait sa démission effective par voie de communiqué de presse. Dans ce communiqué, il revenait sur la stratégie internationale des trois parisiennes, celle-ci le laissant pour le moins perplexe, et insistait sur le décalage entre l'image renvoyée par ces écoles et la réalité des actions mises en oeuvre.
LE FIGARO ÉTUDIANT. – Aviez-vous songé à la démission à la suite de la parution de votre point de vue dans Les Echos ?
Thomas LEGRAIN. – Non. Je ne m'y attendais pas du tout. J'ai toujours montré un attachement fort à l'école et à l'association. Mon article est un article de fond, réaliste et objectif me semble-t-il, qui soulève de vrais problèmes et n'a jamais voulu être une attaque vis-à-vis de l'institution. Il s'adressait davantage à des personnes susceptibles de réfléchir à ces sujets au sein des ministères et avec la Fnege (Fondation nationale pour l'enseignement de la gestion des entreprises, NDLR), dans le but d'une réflexion globale et macro concernant l'ensemble des écoles. Si l'Essec ne s'était pas sentie attaquée personnellement, cela n'aurait pas été plus loin et le débat restait interne. Ils m'ont fait comprendre que je devais choisir entre démissionner ou m'exprimer... Il existe une culture consistant à mettre systématiquement en avant ce qui est bien et, surtout, de ne jamais parler de ce qui nécessiterait débat. J'ai voulu être honnête et réaliste.
Quelle est votre position quant à la pertinence de l'Essec MBA ?
Il n'est pas possible de s'isoler pour essayer d'inventer un nouveau mode de MBA contre tout le monde, contre le système américain ! Je ne comprends pas et je ne peux pas croire que les dirigeants en soient convaincus. Cette idée avait été développée par Gérard Valin (ancien directeur général du groupe, NDLR) et reprise par Pierre Tapie (actuel DG). Ils ont pris une voie et se sentent obligés de la tenir.
Concernant l'Essec MBA, je dirais que trois initiales ont été ajoutées. Rien n'a changé. Ce n'est donc pas nocif. Mais l'objectif de cette politique vise à se positionner par rapport à d'autres écoles au niveau européen et international, et sans doute vis-à-vis de HEC puisque toutes les énergies se cristallisent sur ce rapport complètement passionnel. De manière objective, je constate que moins de dix étudiants démissionnent de HEC pour aller à l'Essec, alors que plus de vingt démissionnent de l'Essec pour aller à l'ESCP-EAP. J'en déduis que la fusion d'ESCP et EAP a eu, à la date d'aujourd'hui, davantage d'impact positif dans la tête des étudiants que le positionnement MBA de l'Essec.
ESCP-EAP a réellement mené un mouvement stratégique sur la thématique de l'international. Je dirais qu'il faut s'en inspirer.
Que dire de la stratégie à l'international menée par HEC ?
HEC communique sur le nombre de partenariats noués avec des universités prestigieuses. Tout ce qui est fait est bien, mais ce sont des actions de gestion quotidiennes. Un 49e partenariat quand on en a 48, je ne dis pas que c'est mauvais, mais l'enjeu véritable n'est pas là !
La solution pour faire face au modèle anglo-saxon tient-elle à une fusion des trois parisiennes ?
L'international passe nécessairement par l'atteinte de taille critique et cette atteinte doit préserver des critères de sélectivité. Je pense que les écoles aujourd'hui doivent se montrer capables, pour être leaders, de jouer collectif. Si les trois écoles fusionnaient en une grande école de gestion parisienne en France, nous serions certainement beaucoup plus visibles à l'international. Pour avoir un campus de dimension importante, il faudrait parvenir à réunir sur le même lieu des écoles d'ingénieurs, des écoles de commerce. Quand on regarde des campus comme Harvard ou autres, vous avez la business school, les juristes, les ingénieurs...
A quoi cela sert-il que HEC, l'Essec et ESCP-EAP se tapent dessus, alors que, finalement, c'est le système américain qui risque de leur taper dessus ?
En quoi les enquêtes d'insertion professionnelle reflètent-elles la réalité ?
Elles peuvent avoir un effet pernicieux. Les étudiants de prépa les consultent. Elles sont donc le meilleur moyen de recruter les meilleurs élèves. Il y a eu l'effet de mode entrepreneuriat comme voie de réussite. Etre entrepreneur, c'est bien, mais il est plus facile de réussir lorsqu'on possède une expérience professionnelle. Le monde de la TPE-PME constitue un formidable marché pour des diplômés créatifs, qui aiment la gestion de projets et font preuve d'esprit d'initiative. Et, pourtant, cette voie n'est jamais présentée par les écoles. Pourquoi ? Parce que, si elles le faisaient et la rendaient à la mode, le salaire moyen de sortie des étudiants dans les PME baisserait. Cette voie intéressante sur le long terme n'est pas communiquée parce que, à court terme, les statistiques risquent de baisser.
Les parisiennes forment-elles des dirigeants, des cadres supérieurs ? Soyons francs ! Ne disons pas que l'on forme les patrons de l'économie française alors que 99,9% sont des cadres supérieurs. Soyons honnêtes !
*Les Echos du 26 janvier 2005
Deux scénarios catastrophes
Publié en octobre 2004, Tu seras patron mon fils est un ouvrage collectif élaboré par des professeurs des trois grandes parisiennes. Olivier Basso (ESCP-EAP), Philippe-Pierre Dornier (Essec) et Jean-Paul Mounier (HEC) y analysent les stratégies et moyens mis en oeuvre par les écoles de gestion. Le constat est sans appel : ces établissements sont insuffisamment armés face à la concurrence internationale et la force du modèle anglo-saxon.
«Cet ouvrage avait un double but, commente Olivier Basso, aujourd'hui directeur des Executive Programmes à l'ECSP-EAP. Proposer une base de données pouvant servir de référence aux différentes parties prenantes – étudiants, dirigeants d'écoles, entreprises – et ouvrir le débat sur la position concurrentielle des écoles de management françaises menacées à moyen terme.» L'ouvrage évoque en effet deux scénarios catastrophes : le repli identitaire des écoles sur elles-mêmes ou l'imitation sans différentiation du modèle anglo-saxon. Vendu à 1 700 exemplaires, le livre n'a pas donné lieu au débat de société escompté...
Olivier Basso partage le diagnostic établi par Thomas Legrain qu'il qualifie de «lucide et juste». Quant à une éventuelle fusion des trois prestigieuses écoles, «l'idée doit être examinée avec soin, précise-t-il. Cette fusion peut avoir un sens au niveau de la formation continue. On peut par ailleurs imaginer de proposer des programmes spécialisés partagés. C'est déjà le cas sur un mastère proposé par HEC et ESCP-EAP ou encore des DEA communs à ESCP-EAP, l'Essec et l'université de Nanterre. Quant à une fusion totale, je ne sais pas si c'est vraiment une bonne solution.
Il est difficile pour les écoles de se remettre en question lorsqu'elles se situent dans une position confortable sur le segment national. D'autres acteurs, les entreprises multinationales françaises, le patronat et la puissance publique nationale ou européenne doivent s'emparer du débat et donner une impulsion», conclut-il.
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