DOSSIER :
Bernard Bobe, délégué général de ParisTech, évoque le projet
Vers une fédération de grandes écoles ?
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Propos recueillis par Anne Jouan, 17 novembre 2004
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Cet été, les directeurs des onze écoles membres ont inscrit des objectifs et des projets dans un livre blanc, en accord avec leur tutelle, dans le but de leur proposer une stratégie à cinq ans pour ParisTech et une évolution dans son organisation. Le projet vise notamment à renforcer la structure de ParisTech, lui donner les moyens d'accroître sa notoriété et sa visibilité à l'international mais aussi développer, ensemble, des objectifs autant en termes de recherche que d'enseignement.
LE FIGARO ÉTUDIANT.– Le livre blanc note qu'il est « souhaitable que se dégagent plusieurs pôles d'excellence français ». Qu'entendez-vous par là ?
Bernard BOBE.– Les écoles de ParisTech sont reconnues chacune dans leur domaine mais l'ensemble n'est pas vu comme un pôle d'excellence. Sont considérés comme tels : Imperial College à Londres, l'université d'Aix-la-Chapelle, ETH à Zurich, Chalmers en Suède. Nous souhaitons que ParisTech soit considéré lui aussi comme un pôle d'excellence et nous devons être reconnus comme des acteurs majeurs dans le domaine de la formation et de la recherche technologique sur la scène internationale.
Vous proposez également de « créer une confédération originale de grandes écoles françaises »...
Pour l'année qui vient, nous listons plusieurs priorités : trouver un statut pour ParisTech et lancer un plan stratégique. Actuellement, nous réfléchissons au statut avec des groupes de travail. Nous désirons créer une fédération des onze écoles de ParisTech en gardant la personnalité morale de chacune d'entre elle tout en ayant une action globale. Nous sommes en train de construire quelque chose de compliqué, un peu comme l'Europe. Faut-il un décret ? Une loi ? Les deux ? On y réfléchit...
Vous faites la comparaison avec l'Europe mais il n'y aura pas de monnaie unique, à savoir un diplôme d'ingénieur unique ?
Nous délivrons le diplôme d'ingénieur qui donne le grade de master et nous travaillons sur les masters recherche. A terme, il faudrait qu'un étudiant chinois, brésilien ou italien dise qu'il va faire sa thèse à ParisTech comme il va au MIT. Nous regardons aussi s'il est possible de mettre le logo de ParisTech sur les diplômes d'ingénieurs. Aujourd'hui ce n'est pas possible puisque nous sommes une association loi 1901. Il va falloir déterminer ce qui est de la compétence exclusive des écoles, de ParisTech et ce qui est partagé. Nous avons six tutelles et nous allons leur faire des propositions.
Le livre blanc note qu'un élève ingénieur d'une école A pourra suivre des cours d'options dans une école B. A l'arrivée, pourra-t-il avoir le diplôme de A et de B ?
L'approche se fait aussi par le marché du travail et les entreprises ont besoin d'ingénieurs bi-spécialistes, par exemple, informaticien et biologiste. On peut penser qu'un élève pourrait suivre ses études de biologie à l'Agro et d'informatique à l'Ensta ou aux Mines. Soit on fait de la surenchère sur les diplômes et on en crée un double. Soit on estime qu'il faut une formation complémentaire pour être bi-spécialiste, alors pourquoi ne pas délivrer le master ? Il faut voir si on va rendre compatibles tous nos calendriers d'années académiques...
Pour l'instant, rien n'est arrêté ?
Non. Mais il y a déjà des accords, notamment entre l'Agro, l'Engref et l'Ensia pour permettre aux élèves de voyager entre les trois écoles. Faut-il créer des doubles diplômes ? Nous y répondrons dans les mois qui viennent.
{Inter}« En France, on a souvent tendance à raisonner en binaire ; il n'est pas incompatible de maintenir l'autonomie et d'unir ses forces »
Ces écoles regroupant des élèves issus de prépas différentes, la tâche que se donne ParisTech n'est-elle pas très difficile ?
A Cambridge, se sont les Colleges qui recrutent et pas tous sur les mêmes bases. Peut-on dire que nos écoles ressemblent, à certains égards, aux Colleges de ParisTech ? Pourquoi pas. Le patron de Thales a déclaré récemment que quand il embauchait un ingénieur des Mines ou des Ponts, il savait bien qu'il y avait une différence de concours mais à l'arrivée, il s'agit de produits substituables.
Le livre blanc note également : « Une recherche dynamique et pointue constitue le fer de lance d'un établissement, son vecteur principal de notoriété ». Le rapprochement des laboratoires est-il envisagé ?
A la rentrée, Pierre Avenas, Polytechnicien, ingénieur des mines, ancien patron de la recherche chimique du groupe Total, est mis à disposition de ParisTech pour deux ans afin de travailler sur le sujet de la recherche. Il travaille activement avec Benoît Legait qui préside notre commission recherche. Le sujet est complexe car il y a aussi les UMR (CNRS, Inserm et Inra) et l'on compte 138 laboratoires à ParisTech. Nous sommes en train de les classer en grands domaines scientifiques et de déterminer nos forces et nos faiblesses. Il va falloir élaborer une politique de recherche. Avoir des masters et des diplômes d'ingénieurs adossés à des centres de recherche va nous transformer en pôle d'excellence à l'échelon international.
Vous souhaitez également rapprocher les réseaux des anciens. N'est-ce pas délicat étant donnée la susceptibilité des uns et des autres ?
A ma connaissance, il y a au moins quatre réseaux, Mines, Ponts, Ensta et Telecom qui pensent qu'il faut faire ParisTech. En France, on a souvent tendance à raisonner en binaire. Il n'est pas incompatible de maintenir l'autonomie et d'unir ses forces.
ParisTech en bref
ParisTech fut fondé en 1991 sous le nom de Grandes écoles d'ingénieurs de Paris. Les actions communes se sont développées progressivement au cours des années 1990, surtout dans le domaine international. Le nom de ParisTech fut adopté en 1999. Toutes les écoles de ParisTech sont des établissements publics. Elles sont placées sous la tutelle de différents ministères (Education nationale, Industrie, Agriculture, Défense) et de la ville de Paris qui les financent respectivement. ParisTech n'est donc pas, lui-même, un établissement d'enseignement sur le plan juridique. Les écoles membres sont l'Engref, l'ENPC, l'Ensam, l'ENSCP, l'ENSMP, l'ENST, l'Ensta, Polytechnique, l'Ina-PG et l'Ensae.
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