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Le patio de l'Essec.
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DOSSIER : INTERNATIONAL : Le monde à portée de main
ECOLES DE COMMERCE Polémique autour de la stratégie internationale des business school françaises
Le modèle anglo-saxon, un sauveur ?

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Caroline Beyer, 14 avril 2005
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Les Echos du 26 janvier dernier publiaient une tribune de Jacques Perrin, directeur du Ceram mettant en avant l'émergence d'un « modèle alternatif européen ». Le 4 mars, Thomas Legrain, vice-président de l'Association des diplômés du groupe Essec (ADGE) répondait dans les colonnes de ce même journal avec un article intitulé Grandes écoles de gestion : oser le débat. Il insistait sur la puissance du modèle américain et pointait la nécessité pour HEC, ESCP-EAP et l'Essec de se regrouper, voire de fusionner pour mener une stratégie internationale digne de ce nom.

Le 14 mars, il annonçait sa démission de l'ADGE par voie de communiqué de presse : « Les trois Parisiennes devraient rapidement arrêter de passer leur temps à se comparer entre elles et s'inspirer d'un modèle anglo-saxon qui, quoi qu'on en dise, reste le plus performant aujourd'hui et inspire l'élite des grandes business schools européennes (LBS, Insead, IMD...) ».

Jean-Louis Scaringella, directeur d'ESCP-EAP, revient sur cet article : « Thomas Legrain pose des questions légitimes sur le financement du système éducatif par les entreprises, la gouvernance des établissements d'enseignement, la taille critique et de modèle anglo-saxon ». Ce que critique en revanche le directeur de l'ESCP-EAP, c'est la suggestion de s'inspirer d'un modèle anglo-saxon : « Il a des forces et des faiblesses et il n'est pas interdit de proposer autre chose sur le marché. Ses forces : un modèle académique mettant très en avant la recherche et possédant une force de frappe financière hyper puissante parce qu'il sait intéresser les bailleurs de fond. Ses faiblesses : sa monoculturalité, son monolinguisme et le fait qu'il ne correspond pas aux besoins du monde et aux besoins des entreprises, y compris anglo-saxonnes, lorsqu'elles veulent sortir de leur territoire ».

Mais si le point de vue de Thomas Legrain n'est pas du goût du directeur de l'ESCP-EAP, il est néanmoins partagé par des professeurs des « trois Parisiennes ». Dans un livre publié en octobre 2004, Tu seras patron mon fils, le constat de Jean-Paul Mounier (ancien directeur délégué du MBA du groupe HEC), Olivier Basso et Philippe-Pierre Dornier (respectivement professeurs à ESCP-EAP et l'Essec), est sans appel. Les trois grandes écoles de commerce parisiennes sont insuffisamment armées face à la concurrence internationale et la force du modèle anglo-saxon. « Nos institutions sont écrasées par le modèle anglo-saxon, aujourd'hui quasi généralisé en Asie, Amérique du Nord, Amérique latine et sur une large part de l'Europe, affirme Jean-Paul Mounier. Si vous demandez à un Brésilien, un Chinois, un Américain du Nord de citer une école de commerce en France, il citera l'Insead, souligne-t-il. L'Europe a su se construire dans un certain nombre de domaines, mais dans la partie éducation, on est resté plantés ! Je ne sais pas si le management européen existe, mais nous disposons d'une richesse dans ce monde européen qui nous permettrait de nous développer. Pour ce faire, il faut se mettre autour d'une table et prendre des initiatives », poursuit-il. Pour Jean-Paul Mounier, il est aujourd'hui impératif d'ouvrir un débat sur la gouvernance des écoles. « Les écoles sont coincées. HEC et l'ESCP-EAP n'ont pas d'existence juridique puisque ce sont des départements de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Leurs directeurs et l'ensemble de leurs équipes sont donc des fonctionnaires consulaires. Il faut réussir à mobiliser les entreprises et les pouvoirs publics sur ce thème » et ce qui en découle, à savoir des financements et des investissements plus élevés, bref davantage de moyens.

L'ouvrage Tu seras patron mon fils évoque deux scénarios-catastrophe : le repli identitaire des écoles sur elles-mêmes, et l'imitation sans différentiation du modèle anglo-saxon. Le directeur de l'ESCP-EAP se montre plus optimiste quant à l'avenir. « Dans les années 70, à l'instar de ce qui se faisait déjà aux Etats-Unis, nous avons choisi d'instaurer un corps professoral permanent faisant de la recherche, explique-t-il. Or ces choix sont coûteux. C'est sans doute pour cette raison que nous avons pris conscience plus tard que les Américains d'un besoin de fonds supérieurs. Là où les Américains font du « Found Rising » depuis 50 ans, nous en faisons depuis dix ans. Quand on parle de Found Rising dans les business schools américaines, c'est essentiellement du Found Rising d'individus ».

Autre point éloquent sur le fossé séparant les écoles de commerce françaises des grandes business school américaines : la qualité des enseignants. « La différence entre le corps professoral d'HEC et celui de Stanford ? Ces derniers ont des prix Nobels et leurs professeurs ont un rôle phare », résume Jean-Paul Mounier. Les écoles de commerce françaises ont encore un long chemin à faire dans le domaine de la recherche.

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