Vous êtes ici : Emploi - Jeunes Talents
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
L'affiche du spectacle de Bilco.
Crédit photo : DR.
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Jeunes Talents
Diplômés des grandes écoles, ils ont fait des choix professionnels éloignés de leurs études
«J’irais au bout de mes rêves»

...................................................
Propos recueillis par Céline Fontana, 09 février 2006
...................................................

« J'aurais voulu être un artiste », se lamente le québécois Claude Dubois dans le célèbre Blues du businessman. Eux n'auront pas ces regrets. Après des études dans une grande école de commerce ou d'ingénieurs, ils ont laissé tomber la voie royale mais classique qui s'offrait à eux pour vivre leur rêve : être designer, humoriste... Souhaitons-leur la même carrière qu'un François-Xavier Demaison, ancien de Sciences Po Paris qui, après avoir été fiscaliste à New York, s'est lancé dans le one man show avec un joli succès.

Bilco, 27 ans, humoriste, ancien de l'Essec.
« A l'école, je ne me projetais guère dans l'avenir. J'ai exploité la période de liberté que l'on a à la fin de ses études pour explorer des pistes artistiques mais je n'avais pas du tout exclu la possibilité de faire du marketing. Cependant, quelques stages en entreprise pas vraiment excitants m'ont conforté dans l'idée que je n'avais pas grand chose à perdre en tentant ma chance dans le monde de l'humour.
J'ai écrit des sketches, fait des scènes ouvertes, écumé les cafés-théâtres de Paris. Je vivais chez mes parents, je n'avais aucun statut, juste la rage de vaincre. C'était un peu comme une année sabbatique. Cela fait maintenant trois ans. J'ai eu des boulots divers, au Club Med, en tant que magicien... Désormais mes revenus sont mixtes : mes spectacles et de l'intérim - secrétariat, bureautique - dans des cabinets d'avocats pour mettre du beurre dans les épinards. Je rencontre parfois d'anciens camarades. Ils trouvent ma démarche plutôt sympathique. J'ai même animé, avec mon spectacle, la soirée de Noël d'un cabinet dans lequel je travaillais régulièrement. Je mets aussi à profit cette expérience de « taupe » pour trouver des idées.
J'ai acquis des compétences assez générales à l'école, ce n'est pas comme si j'avais fait un DESS d'actuariat... Et puis il n'y a pas de formation au métier d'humoriste ! Tout est source d'inspiration. Au début, mon entourage était un peu sceptique. Après les premiers résultats, ils ont commencé à comprendre. Surtout, ils ont été soulagés le jour où j'ai arrêté de jouer mes sketches en réunion de famille !
J'ai de petits moments de blues mais toujours liés à des difficultés artistiques, mais pas économiques. »

  • Bilco dans Pelouse interdite, jusqu'au 29 mars, les mercredis à 20 heures, à la Taverne de Nesle (32 rue Dauphine, Paris 6e), entrée gratuite.

    Romain Cousi, 28 ans, responsable du développement chez Effervescence, société de production audiovisuelle, ancien d'HEC.
    « En dernière année d'HEC, j'ai gagné un concours organisé par le Figaro étudiant : accrédité dix jours à Cannes pour couvrir le festival. Quelle « poilade » d'assister aux projections, d'écrire des papiers ! Pourquoi ne pas faire ça toute ma vie ? Il m'a aussi fallu une majeure assez décomplexante, HEC entrepreneur, qui te dit : « Va au bout de tes idées ».
    A la sortie de l'école, j'ai décidé de prendre mon temps. Je n'étais pas marié, n'avais pas de gamin, pas de traite : je me suis inscrit au cours Florent. Mes parents avaient assumé ma scolarité. J'ai donc fait un emprunt de 15 000 euros, un prêt étudiant pour lequel je m'étais inscrit à la fac. Je n'avais pas d'idée précise de ce que je voulais faire. J'avais envie d'écrire, plutôt pour l'image. J'ai commencé à piger pour Campus mag en musique ; j'ai fait un stage à la rédaction de l'Agefi, quotidien financier, mais je n'étais pas fait pour l'investigation ; j'ai travaillé ponctuellement comme consultant free lance pour des sociétés de communication...
    Lorsque je me suis retrouvé acculé financièrement, j'ai fait jouer des relations - le père d'une amie - pour travailler dans une boîte de prod. Dans ce domaine, le réseau des anciens d'HEC n'est pas assez structuré. J'ai été embauché par M6 en 2003. J'ai travaillé sur une émission de téléréalité, Les colocataires. J'étais chargé de créer les contenus, les activités des colocs. Un boulot de taré : on vit en permanence dans les studios. Ensuite, j'ai travaillé pour Télé Images. Je suis désormais responsable du développement d'Effervescence et enfin payé correctement. Nous produisons la deuxième saison d'Allo t'es où ? sur TF1.
    Ca faisait partie de l'ordre des choses pour mes parents de faire une prépa et une grande école. J'ai joué le jeu mais j'ai choisi la voie commerciale car je cherchais la polyvalence. J'ai fait un deal honnête avec eux en leur disant : « Vous ne m'aidez plus, je suis indépendant, je vais assumer mes choix. » Ils ont été compréhensifs mais seraient moins inquiets si je travaillais dans une banque ! J'ai maintenant plusieurs pistes : producteur télé, écrivain ou scénariste, ou ressortir mon diplôme pour aller faire un tour dans les chaînes de télé, dans la partie industrie plutôt que création. »

    Valéry Bernat, 27 ans, designer, ancien de l'Ecole nationale des travaux publics.
    « J'ai fait deux Maths spé avant d'entrer à l'Ecole spéciale des travaux publics, section Bâtiment. J'ai très vite réalisé que ce n'était pas mon truc. J'ai continué car je n'avais pas encore la force de me dire que j'étais à un tournant radical de ma vie. Je m'intéressais à la mode. J'ai fait toute ma scolarité en préparant des books de style, réfléchissant à ce que je pourrais faire après. C'est là que le Club des rêves, des amis d'amis, a été décisif.
    J'ai fait mon stage de fin d'études chez Lectra, qui crée des logiciels pour la mode, le textile. J'ai commencé par du contrôle de gestion. La personne qui m'a embauché a vu mes books et m'a proposé une formation en alternance avec la Chambre syndicale de la haute couture. J'ai appris l'illustration de style, la couture machine, couture main... J'ai fini mon contrat l'an passé chez Lectra, et actuellement je suis en troisième année à la chambre syndicale.
    Une carrière de cadre, c'est très lourd. Si c'est pour faire une chose dans laquelle on ne s'épanouit pas, c'est trop difficile. J'ai envie d'un travail qui me passionne, fait partie de ma vie. Mon père a fait une école d'ingénieurs mais rêvait d'être architecte. Ma grand-mère n'a pas voulu. Il a toujours regretté et m'a bien compris. J'aimerais commencer dans le prêt-à-porter de luxe mais je n'ai aucune restriction. La grande distrib m'intéresse aussi. »

    CULTURE CLUB
    Le Club des rêves a été créé il y a trois ans par des anciens de l'Essec et un ingénieur diplômé de l'ENSTP. Diplômés de grandes écoles, ils ont des rêves différents du parcours auquel leurs études les destinent. Certains en ont fait un choix professionnel, à l'instar de Bilco, Valéry (lire ci-dessus), Emmanuel - passé des Arts et métiers à la peinture - ou Clément - de l'Essec à l'audiovisuel -. D'autres tentent de concilier les deux : Delphine est commerciale et membre d'un jazz band ; Alice écrit... « Nous avons décidé de nous réunir, nous souder, essayer de faire quelque chose de constructif, d'apporter un regard critique mais positif sur le travail des autres », explique Valéry. « C'est du soutien moral, de la motivation mais, avec le temps, on se sent de moins en moins compétent pour conseiller les autres qui ne sont plus des débutants », complète Bilco. La petite bande ne souhaite pas s'agrandir démesurément : « Le principe doit se développer par petit groupe », conclut Valéry.
    Contact : alexiscadrot@hotmail.com

    Réagir dans le Forum

    - Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

    ..........................

  • Liens Sponsorisés