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DOSSIER :
Deux mois après la rentrée, les difficultés des étudiants continuent
Paris, ville galère

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Thomas Brender , 24 novembre 2004
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Dans certaines grandes villes, et tout particulièrement à Paris, après avoir connu des situations rocambolesques lors de leur recherche de logement pendant le «rush» de la rentrée universitaire, certains étudiants n'ont pu trouver que des solutions temporaires ou inadaptées à leurs besoins.

«Il y a des propriétaires qui abusent ! J'ai visité beaucoup de chambres sinistres au septième, parfois huitième étage sans ascenseur, avec des toilettes à la turque et la douche sur le palier ! Certains propriétaires ne voulaient carrément pas déclarer la location. Le record est une dame qui annonçait une surface de 10 mètres carrés pour une chambre qui ne devait pas en faire plus de quatre ou cinq. Elle demandait 450 euros», raconte Mounira, étudiante en DEA.

En ces temps de hausse soutenue des prix du parc locatif privé parisien, nombreux sont les étudiants qui ont connu des expériences semblables. Mais si, pour la plupart d'entre eux, la recherche a débouché sur une solution satisfaisante, pour Mounira le problème n'est pas résolu. En stage non rémunéré à plein temps depuis un mois, elle ne peut plus supporter son loyer actuel de 450 € pour une chambre de bonne «très correcte». Elle ne sait pas comment trouver une solution de rechange car il semble difficile, voire impossible, de trouver pour un budget inférieur. C'est ce que déplore Patricia Vendroux du Cep entraide étudiants, une association qui a aidé plus de 800 étudiants à trouver un toit cette année : «Pour une petite chambre sans sanitaires de 9 à 15 m2, il faut au moins compter 350 . Si l'on veut des toilettes et une douche particulière, c'est minimum 500

A la difficulté de rassembler un tel montant tous les mois sans mettre leurs études en danger, les étudiants étrangers, qui sont de plus en plus nombreux dans les universités françaises (149 000 en 1998 contre 245 000 en 2004), doivent, eux, ajouter la délicate recherche d'un garant français inspirant confiance au propriétaire. Et quand bien même ils en trouvent un, ils se heurtent parfois à une discrimination pure et simple. C'est ce qui est arrivé à Malika, une Cambodgienne de 24 ans, étudiante en BTS comptabilité. «Je comprends les propriétaires qui veulent s'assurer que l'on va les payer et que l'on ne va pas dégrader leur appartement, explique-t-elle, mais quand, lors d'une visite, un propriétaire m'a très calmement expliqué qu'il refusait de me louer son appartement parce que je suis étrangère, je me suis énervée ! Ma mère vit ici depuis des années, j'ai tous mes papiers en règle, je fais des études sérieuses, je touche une bourse et j'ai pour garant un oncle qui a la nationalité française ! Je ne suis pas une clandestine !» Allant de refus en refus, Malika, «dégoûtée», a abandonné la recherche d'un studio qui lui permette d'habiter avec son frère, âgé de 27 ans et étudiant en architecture. Ils ont dû retourner chez leur mère, dans la banlieue sud de Paris. Malika a retrouvé sa chambre et son frère dort dans le salon.

Mais comment faire lorsque l'on ne dispose pas d'une telle solution de repli ? Accepter n'importe quoi à n'importe quel prix ? Si certains choisissent cette option qui fait les affaires de propriétaires sans scrupules, d'autres préfèrent oublier l'image romantique de la chambre d'étudiant sous les toits pour lui préférer la solution pragmatique de l'hébergement en foyer de travailleurs. C'est ainsi qu'Andrea, étudiante colombienne en maîtrise d'anthropologie, s'est retrouvée locataire d'un studio dans un foyer Sonacotra du XIIIe arrondissement. «Après avoir habité avec un ami à mon arrivée en France, j'ai dû chercher un appartement. Je ne connaissais pas beaucoup de monde à Paris, et, par un réseau d'étudiants péruviens, j'ai été informée de l'existence des foyers Sonacotra. J'ai réussi à y trouver un studio dont le loyer de 442 me revient à 220 grâce aux aides que je reçois.»

Cette solution comporte certains avantages : «C'est très calme, la laverie n'est pas chère et la situation du foyer, proche d'un restaurant universitaire, de bibliothèques et du métro, est très pratique», détaille Andrea. Mais un foyer de travailleurs n'est pas un environnement très «étudiant». «Je n'ai pas le droit de recevoir de visites la nuit», explique-t-elle, par exemple. Margarida Nogueira, directrice de l'agence Paris sud de la Sonacotra, précise : «Loger des étudiants n'est pas notre mission principale. La population de nos foyers est une population majoritairement ouvrière, adulte et précaire. Ce n'est pas sans poser des problèmes à certains étudiants, bien que d'autres n'y voient pas d'inconvénients.» Au total, la Sonacotra héberge 3 000 étudiants en France cette année.

Mounira, Malika et Andrea font ainsi partie des milliers d'étudiants qui, sans être dans des situations d'extrême précarité, poursuivent leurs études dans des cadres peu favorables à la réussite. Il semble être urgent de traiter cette dégradation discrète mais généralisée de la condition des étudiants les plus modestes car, en plus du logement, l'alimentation commence aussi à poser problème. «Il y a quelques années, contrairement à aujourd'hui, nous n'avions pas de bénéficiaires étudiants», explique-t-on ainsi aux Restos du coeur. Outre les efforts des pouvoirs publics et la mobilisation des associations humanitaires, un sursaut solidaire, y compris de la part des étudiants, est nécessaire pour endiguer cette précarisation grandissante. C'est dans ce sens que va la campagne de collecte de tickets de resto U, lancée récemment par le syndicat étudiant Fage et le Secours populaire (lire page suivante). Un exemple à suivre...

www.etudiantdeparis.fr, www.sonacotra.fr, www.restosducoeur.org, www.fage.asso.fr, www.secourspopulaire.asso.fr

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