Vous êtes ici : Loisirs - Multimédia
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
(Photo F. Bouchon/Le Figaro.)
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Multimédia
ENQUÊTE - Les jeunes, la littérature et Internet
Des lettres sur la toile

...................................................
Julien Bisson , 19 mai 2005
...................................................

Blogs, ebook, bookcrossing et autres cyberromans : des barbarismes hier, qui forment désormais un langage littéraire nouveau, une «novlangue» numérique de 0 et de 1 qui révolutionne aujourd'hui l'écrit. A l'heure où Google envisage de numériser les bibliothèques universitaires et où s'amorcent les premiers essais d'édition on line, les étudiants sont plus que jamais au coeur de la dynamique culturelle d'Internet.

Plus qu'aucun autre art, et ce au moins depuis Gutenberg, la littérature représente la forme culturelle la plus aboutie et la plus noble. Pas étonnant alors que la perspective de voir naître une littérature numérisée, une «cyberlittérature», éveille tant d'espoirs et de critiques à la fois. Car si les tenants de la littérature traditionnelle agitent le spectre d'un appauvrissement du texte, les plus optimistes y voient un moyen de diffusion et de promotion de la culture inégalé. Avec une mention spéciale pour le public jeune, qui pourrait y trouver un moyen d'accès facilité, pour les études comme pour les loisirs, mais aussi un moyen d'expression littéraire impossible jusqu'alors.

Autant l'annoncer tout de go : la littérature ne sera plus jamais la même après Internet. Plus qu'un nouveau langage de communication, le Web s'avère être avant tout une révolution de l'écrit, qui se traduit par une explosion quantitative, mais aussi dans la multiplicité des formes adoptées. Premier effet du développement de cette cyberlittérature : la publication croissante de nouveaux romans on line, parfois même en concurrence avec leur version papier. Ainsi a été publié en janvier Tookassé.com, oeuvre de trois jeunes auteurs sur les turpitudes d'une start-up, vendu 12 € en librairie mais téléchargeable gratuitement sur Internet. Cécile voudrait avoir cette chance : «Les éditeurs ne lisent pas les manuscrits qu'on leur envoie si on ne connaît pas quelqu'un pour les pousser en haut de la pile.» Elle a donc choisi la voie d'Internet pour l'autopromotion : «En diffusant mon manuscrit sur le Web, j'aimerais me faire connaître, comme ça, les maisons d'édition auront plus tendance à s'arrêter devant mon nom et vouloir me publier.»

Une démarche que beaucoup de jeunes auteurs tendent à adopter, encouragés par des sites spécialisés dans l'édition numérique, tels que Mobipocket, Numilog, Publibook, Je publie ou Le publieur. Mais c'est la forme même du roman qui est aujourd'hui modifiée, de nouvelles pratiques d'écriture s'imposent, notamment collectives : romans écrits à plusieurs mains, mail-romans, oeuvres de fiction hypertextes, romans multimédias...

Internet ne change pas seulement le rapport à l'écriture. Le développement de bibliothèques en ligne représente aussi un aspect majeur de cette évolution pour les étudiants, en leur offrant un outil de travail nouveau. Avant Google, d'autres projets ont été menés à bien, depuis celui de «Gutenberg» en 1971 (bibliothèque numérique aux premiers pas du Web), jusqu'à la mise en place en 1998 de «Rubriques à Bac», un ensemble de données destinées aux lycéens et aux étudiants. La Bibliothèque nationale de France a depuis mis en ligne «Gallica», qui regroupe aujourd'hui 54 000 ouvrages, malgré l'absence de la littérature du XXe siècle pour cause de copyright. Car c'est bien là l'obstacle majeur à une vraie numérisation du monde littéraire : l'opposition persistante entre libération de la culture et crainte du piratage. Marie Lebert, jeune chercheuse et auteur de l'essai Le Livre 010 101, défend ainsi une vraie libération du savoir, notamment universitaire. «Il est crucial que ceux qui croient à la libre diffusion des connaissances veillent à ce que le savoir ne soit pas bouffé, pour être vendu, par les intérêts commerciaux.» Un propos qui n'a pas encore reçu un véritable écho, à l'heure où la menace du piratage musical effraie encore.

Ce constat, qui s'ajoute à l'échec relatif jusqu'alors des ebooks, et au balbutiement commercial d'une édition en ligne sérieuse, repousse encore à quelques années l'avènement d'une cyberlittérature qui puisse représenter une vraie alternative à la version papier. Et c'est plutôt du côté des webzines littéraires qu'il faut se tourner pour constater un véritable engouement populaire. Car, outre les blogs (voir encadré), ces fanzines modernes valident l'idée selon laquelle Internet favoriserait avant tout l'échange, l'information et la critique, une forme de «littérature autour de la littérature». Sur le site de La Feuille s'est ainsi organisé un large webring littéraire, regroupant tant des adresses de blogs ou de webzines culturels, que des informations sur l'actualité de l'édition ou des critiques récentes. Certains sites, tels qu'Evene ou Zazieweb, forment des grandes structures généralistes, tandis que d'autres optent pour la littérature de genre, Le cafard cosmique, Le coin du polar ou Poetes.com notamment. Sans oublier le phénomène croissant du «bookcrossing», qui consiste à échanger des livres référencés sur Internet en les relâchant dans les lieux publics, et dont on devrait constater le succès lors de la journée spéciale organisée le 18 juin au parc de Montsouris.

Dans les dernières pages de Chaos et cyberculture, Timothy Leary annonce l'avènement des banques de données numériques : «Tous les signaux humains contenus jusque-là dans les livres ont été numérisés. Ils sont enregistrés et disponibles dans ces banques de données, sans compter tous les tableaux, tous les films, toutes les émissions de télé, tout, absolument tout.» Fantasme littéraire, justement, ou anticipation prophétique ? Il semble que le papier ait encore ses fidèles, et que l'objet livre possède, au contraire du CD ou de la VHS, une histoire assez marquante pour lui laisser quelques beaux jours devant lui. «Pour les amoureux de la littérature, lire un livre, sentir l'odeur du papier, tourner les pages, c'est irremplaçable», rappelle Geneviève, étudiante québécoise, sur son blog, «Le Monde d'Allie».

Paroles de blogs !
Il est impensable aujourd'hui de ne pas avoir son blog ! La nouvelle mode séduit particulièrement les moins de 30 ans et une vraie communauté s'est formée autour de petits royaumes numériques où la culture est souvent à l'honneur. Car le blog permet de partager ses passions, de livrer ses réflexions sur tel ou tel ouvrage, ou simplement de transmettre son goût de la littérature. Dans «Le Monde d'Allie», on peut ainsi lire : «Depuis une semaine, j'ai un correspondant inconnu. Avec qui je partage mes coups de coeur. Qui me demande conseil. Que je questionne sur des auteurs que je ne connais pas. Qui me transmets ses coups de coeur du moment. A qui j'offre mes découvertes. Une relation littéraire. Une relation de presque inconnue à inconnu. J'aime ça. J'aime parler de livres.»

Farniente lui va plus loin : il propose à ses visiteurs d'héberger leur prose afin de la faire connaître. Son blog s'est aujourd'hui transformé en joyeux inventaire à la Prévert, poésies adolescentes, nouvelles très heroic-fantasy, ou encore récits de (courtes) vies... Exemple : «Ta peau douce et chaude au goût d'orange sanguine/Ton parfum enivrant mélange de mûres et de mangues./Je dévorais ta bouche hibiscus, ton nez volubilis./Et dans mon rêve parisien, je cherchais des yeux la route de Tunis.»

Jean-Christophe a lui choisi de mettre ses textes en ligne, en attendant critiques ou compliments. Des poèmes et des nouvelles en forme de récit du «moi», comme les autres. «Le stylo est une manière de sablier. Les mots s'en répandent sans hâte. L'écriture est subtilement différente, forcément plus lente, mais aussi par force plus réfléchie, qu'au clavier qui lui me semble s'apparenter à l'horloge : écriture par saccades martelées, discontinue.»

Claire est en DESS d'édition, mais elle est surtout la maîtresse du Projet Clair Witch, où elle s'épanche avec joie sur les derniers opus de Javer Sercas et Olivier Pauvert, et avec fureur contre le Da Vinci Code. Tout en rappelant bien sûr son goût pour la lecture : «La librairie de Paris, c'est le mal. Suis passée là-bas tout à l'heure pour acheter un bouquin à mon papa, dont c'est bientôt l'anniversaire. Suis ressortie une heure plus tard avec 70 euros de livres en tout genre. Je suis un être faible.» Faute avouée à moitié pardonnée...

http : //lemondedallie.canalblog.com http : //farniente.blogg.org http : //shadowline.over-blog.com/ http : //clairwitch.free.fr/blog

Autres adresses intéressantes
http://rabac.com http://gallica.bnf.fr http://lafeuille.blogspot.com www.evene.fr www.zazieweb.fr www.poetes.com www.polars.ouvaton.org www.cafardcosmique.com www.bookcrossing.com Tookassé.com, de Dugasse, Grenet et Petit, Éditions Télémaque, www.tookasse.com Le Livre010101, de Marie Lebert, disponible sur www.etudes-francaises.net/entretiens Chaos et cyberculture, de Timothy Leary, Éditions du Lézard

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Liens Sponsorisés