Musique
Thomas Hellman... Mi-américain, mi-français : pur prodige
«Rire de nous-mêmes»
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Propos recueillis par Anne Jouan , 01 juin 2005
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Entre-deux. Entre rage et humour, entre colère et empathie, entre révolte et espérance, entre rock et folk. Entre l'Amérique du Nord et l'Europe. Voici Thomas Hellman, 29 ans, franco-texan, le cul entre deux chaises. De cet entre-deux, il a créé son antre. Une musique pure, qui va chercher l'émotion au plus profond de nous, des mélodies venant des tripes, sans fioritures ni concessions. Après Stories from Oscar's Old Café (autoproduit), un nouvel album sortira en septembre.
LE FIGARO ÉTUDIANT. – Vous semblez avoir beaucoup écouté la musique des années 70. Plus généralement, qu'est-ce qui vous inspire ?
Thomas HELLMAN. – Mon père est américain, il vient du Texas, et ma mère est originaire du sud de la France. J'ai donc grandi avec les deux cultures et les deux langues. Plus jeune, j'écoutais du vieux folk américain : Bob Dylan, Tom Waits, Woody Guthrie. Ma grand-mère, vieille Texane, jouait du banjo. En même temps, avec ma mère, j'écoutais Brel, Renaud, et des chanteurs québécois comme Richard Desjardin. Ma musique est une rencontre entre ce vieux folk underground et la chanson française avec en plus, quelques influences celtiques, tziganes, jazz.
Qu'est-ce que vous aimez dans le folk ?
L'importance du texte et la simplicité, entre guillemets, de la musique : il s'agit d'instruments acoustiques, les accords sont assez simples mais tout est dans l'interprétation. J'adore raconter une histoire et créer une ambiance, une atmosphère.
Quand vous racontez des histoires, ce sont souvent des choses simples mais ironiques. Pourquoi cette place accordée à l'ironie ?
Il est important de rire de nous-mêmes et de donner une dimension légère. Surtout quand les choses sont un peu tristes. Sur scène, je raconte des blagues. Il ne faut pas se prendre trop au sérieux.
Aujourd'hui, vivez-vous de votre musique ?
Oui ! Ici, il n'y a pas d'intermittents du spectacle. Alors beaucoup de musiciens étudient en même temps, ce qui leur permet de percevoir des prêts, des bourses. J'ai étudié jusqu'à l'année dernière. J'écrivais un mémoire de maîtrise sur Beckett, le bilinguisme et l'identité. Cette question m'intéresse car elle est très importante au Québec et à Montréal en particulier. C'est également mon histoire. Pendant longtemps, je ne savais pas me situer. Puis j'ai compris qu'au lieu d'être un désavantage, ça pouvait être une force. Quand on vit entre deux cultures, entre deux langues, on comprend rapidement que l'identité est fluide. Ma personnalité anglaise est différente de celle française. C'est intéressant pour la création : je n'écris pas de la même façon en français et en anglais.
Qu'est-ce qui vous plaît chez Beckett ?
La recherche du moi à travers les langues. Il y a chez cet auteur un côté très noir bien sûr, mais également très positif. Il y a beaucoup d'humour. Je suis attiré par les oeuvres noires dans lesquelles il y a des lueurs.
Ambiances enfumées, cafés, cauchemars, alcool, etc. Ces thèmes vous inspirent ou vous êtes dépressif ?
Non, ça m'inspire ! Ces thèmes appartiennent également à la musique de Tom Waits. Dans cette ambiance de café, on retrouve toutes les épaves urbaines. C'est là que les gens décrochent de la vie productive pour se remettre en question.
Finalement, vous vous sentez nord-américain ou européen ?
Je me considère comme nord-américain et cet album parle beaucoup de thèmes de cette région. Le Greyhound est un autobus qui sillonne l'Amérique, un de ceux que prenait Kerouac. En quittant New York un soir, en revenant de chez mon frère dans cet autobus pour Montréal, j'ai décidé que je ferais de la chanson. J'ai compris que c'était une vocation.
Vous le dites comme si vous aviez décidé d'être curé !
Ce n'est pas toujours une vie facile mais intéressante et gratifiante, qui demande beaucoup de sacrifices. Finalement, cette comparaison n'est pas si absurde ! Avec la musique, il y a un côté instable, on ne vit pas une vie «normale», on voyage beaucoup.
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