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Entretien avec Bernard Campan
«J'ai bouffé des McDo pendant cinq ans»
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Propos recueillis par Céline Fontana, 19 octobre 2005
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In Bed With Monica Bellucci. C’est tout le mal qui est arrivé à Bernard Campan grâce à Combien tu m’aimes ?, le nouveau long métrage de Bertrand Blier, à l’affiche le 26 octobre. Le réalisateur, de nouveau en belle forme (après les ratés des Acteurs et des Côtelettes), a écrit pour lui le rôle de cet homme lambda qui gagne assez d’argent au loto pour se payer à vie – ou presque - une pute sublime. Ce qui l'intéressait chez le comédien ? « Mon côté Monsieur tout le monde, avec un petit plus : je pourrai être un héros, une sorte de winner-looser, à la Tom Hanks », réplique Bernard Campan. En pleine promo de son film, l’ex-Inconnu a gentiment pris le temps, pour le Figaro étudiant, de se replonger dans l’époque de ses 20 ans.
LE FIGARO ETUDIANT.- Que faisiez-vous à 20 ans ?
Bernard CAMPAN.- Je suis allé jusqu’au bac mais je n’ai pas fait d’études supérieures. Ma mère m’avait dit que je pourrai faire ce que je voulais après le bac. J’avais décidé de prendre mon sac à dos et de faire le tour du monde. Elle m’a répondu : « Oui mais là, non ! Tu vas aller à Katmandou, tu vas revenir drogué… Tu aimes le théâtre, tu vas faire du théâtre, je vais t’inscrire à un cours. » A 20 ans, j’étais donc depuis un an à Paris. Je suivais le cours Simon. Je devais commencer à écrire une pièce de café-théâtre. Je sentais déjà que le cours, c’était bien mais…
De la part de vos parents, le théâtre était déjà une belle preuve d’ouverture !
Mes parents m’ont aidé. Pendant les cinq premières années, ils m’ont loué une piaule… J’ai eu de la chance ! Ma grand-mère paternelle adorait le théâtre. J’ai découvert très tard que ma mère aussi était très attirée par les planches. Elle était même venue à Paris au cours Simon et avait demandé à passer une audition sans finalement oser le faire. Je pensais que ça tombait du ciel mais c’était au fond un peu familial.
Je n’ai pas galéré mais j’ai toujours eu le souci de ne pas gaspiller. Mes parents me payaient le studio et me donnaient de l’argent pour manger, sans trop savoir si ça suffisait. J’ai vu très vite que ça ne suffirait pas mais je n’ai jamais pu leur dire. J’ai bouffé des McDo pendant cinq ans mais j’aimais ça ! Je me souviens même avoir refusé de l’argent en disant à mes parents : « Si je ne galère pas, je ne serais pas comédien ». Au cours, des jeunes venaient à 9-10 heures pour répéter alors qu’ils s’étaient levés à 4 heures pour aller décharger aux Halles. Je me disais : « Eux, ils vont y arriver, j’ai trop de confort. » C’est idiot mais je pensais qu’il fallait en chier. C’était une idée préconçue, comme celle du poète maudit…
Quel souvenir gardez-vous du cours Simon ?
Nous étions totalement libres, nous nous sommes lâchés pendant un an et demi. Avec mon copain Bruno Chapelle, nous avions adapté une scène de Molière avec plein d’anachronismes, puis les Exercices de style de Queneau... Je n’ai pas appris de technique de respiration. I Pour le concours, j’avais préparé un Arlequin de Goldoni avec le masque, j’arrivais avec une pirouette, très physique. C’était une des premières pièces que j’avais vues enfant car mon père était prof d’italien, j’avais aussi passé le premier tour du conservatoire grâce à ça. En fin d’année, ils m’ont imposé une autre scène. J’étais très vexé. Nous sommes partis avec Bruno, avons écrit une pièce de théâtre et l’avons jouée.
C’est aussi à cette époque que vous avez commencé à vous intéresser aux filles ?
A Tours, nous étions un petit groupe de copains. On ne picolait pas, on ne draguait pas les filles. On faisait des petits films, un groupe de rock… Tout au plus, on enfilait notre beau jean pattes d’éph pour aller à la fête foraine le samedi et voir si des filles ne voulaient pas nous approcher. Nous, nous n’osions pas le faire. A 20 ans, en habitant seul, j’ai eu la possibilité de faire venir les filles chez moi, sans demander l’autorisation ou avoir à croiser ses parents le matin…
Comment s’est faite la transition entre les cours et le théâtre ?
En 1980, avant l’été, j’ai fait ce que j’analyse aujourd’hui comme une dépression. Je ne savais pas ce qui m’arrivais : un gros questionnement. Je n’étais là que depuis quatre ans mais c’est long quand on a 20 ans ! Je me demandais si j’étais fait pour ce métier : je jouais mais je ne gagnais pas d’argent. Il y avait un grand manque de confiance qui commençait à monter en moi. Je suis retourné chez mes parents, j’ai passé mon permis, j’ai participé à un son et lumière… Je suis revenu à Paris mais pas dans l’intention de jouer : je travaillais dans une radio libre, j’écrivais de petits textes de liaison pour les émissions. En 1981, j’ai appris que Bouvard auditionnait des jeunes… Je me suis retrouvé avec Didier, avec qui j’avais déjà joué au café-théâtre.
Qu’imaginiez-vous à cette époque pour votre avenir ?
Rien ! L’argent commençait à rentrer. Je ne pensais pas du tout en termes de carrière solo : j’ai toujours été « groupe ». Un noyau d’une douzaine de personnes s’est formé à l’intérieur du théâtre de Bouvard, avec aussi Smaïn… On allait faire des galas le samedi en bus, on chantait… Mais très vite il y a eu des jeux de pouvoirs. Nous sommes partis en 1982.
Combien de temps pour arriver aux Inconnus ?
Sept ans. Les Inconnus ont commencé à exister vraiment en 1989. Entre temps, nous avons fait de grandes salles puis des petites. Bouvard nous a assignés en justice car nous utilisions son nom sur les affiches. Nous nous sommes retrouvés en boîte de nuit à deux heures du matin à jouer, avec des valises en skaï dans lesquelles nous bourrions nos chemises pleines de sueur et nos accessoires moisis. Après, nous retraversions souvent la piste de danse pour partir : c’était ma hantise, je baissais les yeux. Je me disais : « p… Moi qui étais venu à Paris pour être Gérard Philippe… » Et puis, tout à coup, une salle qui se remplit au Palais royal. Des gens connus qui viennent nous voir…
Etes-vous satisfait de votre parcours ?
Je ne fonctionne pas sur le regret. Je m’aperçois que chaque chose trouve sa place. Ce qui semblait une épreuve ou un échec sur le moment apporte quelque chose de positif à un moment : j’ai loupé un rôle dans Harry, un ami… Mais si je l’avais fait je n’aurais pas joué dans le film de Zabou.
Etait-il important pour vous de montrer que vous n’étiez pas qu’un comique ?
Oui, mais aussi de sortir d’un groupe. J’avais envie de me retrouver juste comédien : le boulot c’est apprendre son texte, arriver pas trop fatigué le matin et se laisser modeler par le réalisateur. Je ne connaissais pas cette sensation. Ca m’a régénéré.
En dates
1958 Naissance à Agen, puis jeunesse à Tours
1977 Arrivée à Paris pour suivre le cours Simon
1980-1981 Joue au café-théâtre (Marivaux, Molière…)
1980 Entre au Petit théâtre de Bouvard
1989 Formation « officielle » des Inconnus
1995 Les trois frères, co-réalisé avec Didier Bourdon : 6,7 millions d’entrées
2001 Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman
2005 Combien tu m’aimes ? de Bertrand Blier et L’homme de sa vie de Zabou Breitman
2006 Tournage du premier film où il sera seul derrière la caméra (+ scénariste, comédien)Conseil à un jeune comédien
C’est terrible ! Quel conseil et à quel jeune ? Si je dis « Patience et confiance » à une personne dont ce n’est pas le destin, ça sert à quoi de s’acharner ? C’est trop théorique. Vivez ce que vous avez à vivre. C’est un métier douloureux. J’ai connu trois personnes qui se sont suicidées. Plus encore que dans les autres métiers, si on n’existe pas dans celui-ci, on n’existe pas dans la vie. Bon courage ! Bonne chance !
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