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Une photo perso de Gérard à 20 ans ? Impossible ! « Je n’avais pas d’appareil photos. Je n’appartenais pas à une famille où l’on fixait les moments. Le seul moment fixable était le présent ou, comme dirait Saint-Augustin, l’éternité… » Ici, à l’affiche de Olé ! avec Gad Elmaleh.
Crédit photo : (DR)
 

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Rencontre avec Gérard Depardieu
«J’ai longtemps eu des complexes par rapport à l’école»

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Propos recueillis par Céline Fontana, 22 novembre 2005
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Drôle de coïncidence : c’est en homme d’affaires que se sent aujourd’hui le mieux Gérard Depardieu et c’est en chef d’entreprise qu’on le retrouve sur grand écran. Il partage l’affiche de Olé ! avec Gad Elmaleh, chauffeur et homme à tout faire qui lui sauvera la mise dans un imbroglio financier, et Sabine Azéma, toujours épatante en chieuse de service. Cette comédie, qui fait la part belle aux comédiens, flirte avec l’univers de Francis Veber comme avec celui d’Etienne Chatiliez. Pas si étonnant : la réalisatrice, Florence Quentin, a co scénarisé La Vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danièle et Le Bonheur est dans le pré…
Comédien, réalisateur, vigneron ou homme d’affaires, Gérard Depardieu aime à se définir comme un éternel apprenti. Et se délecte de tout ce qui lui reste à découvrir de la vie.

LE FIGARO ETUDIANT.- Vous aviez 20 ans en 1968, c’est symbolique…
Gérard DEPARDIEU. -
En 1968, je faisais du théâtre. Je n’étais pas étudiant, je ne connaissais rien à ce qui se passait. Vu mon passé, je pouvais effectivement voler les montres des gens bourrés de hasch à Odéon… Pas les agresser, attention, je survivais…
Mon rêve aurait plutôt été d’être incarcéré dans un lycée ! J’ai longtemps eu des complexes par rapport à l’école. De 15 ans à 17 ans, une hyperémotivité m’empêchait de m’exprimer. J’ai retrouvé la parole grâce à la lecture car il n’y avait pas de télévision à cette époque devant laquelle on pouvait s’identifier à des espèces de nullités ! Je suis donc arrivé tout naturellement là où l’on pouvait s’exprimer le mieux : au théâtre. Mes premiers travaux étaient sur Le Cid de Corneille. Je préférais déjà Racine mais je ne comprenais pas les vers ! Je mettais des images sur les mots. Dans « idolâtrer », je ne comprenais qu’une chose : « l’âtre ». Et je me disais que son amour devait être tellement fort qu’il jaillissait du feu de la cheminée !

Concrètement, comment êtes-vous arrivé au théâtre ?
Quand j’ai eu des ennuis avec la police et les maisons de correction, j’avais 12-13, c’était la première fois qu’il y avait des psychologues. L’un d’eux m’a conseillé la sculpture. Ca m’a donné l’idée que je pouvais être un artiste. Et j’ai remarqué par la suite que, lorsque je disais que je faisais du théâtre, ça impressionnait les gens, alors que je n’en faisais pas encore !
Ce n’était pas du mensonge mais un désir que j’ai exprimé. Je suis allé au TNP à Chaillot, le cours Charles Dullin. J’habitais avec quatre jeunes qui ne faisaient que lire, parler, écrire des poèmes : ils m’ont initié. Mes premières lectures étaient « fantastiques » : Lovecraft, Edgar Poe, beaucoup d’Américains, la revue Planète… Le premier livre que j’ai lu avant de les connaître était Le chant du monde de Giono. Il m’a influencé sur tout. Il traduisait bien mes émotions. Avant je lisais les romans-photos de ma mère, j’adorais les histoires d’amour. J’étais très fleur bleue !

Vous avez vite rattrapé votre retard…
J’ai découvert la force de La Fontaine, de ses fables, chez Jean-Laurent Cochet. Puis les romantiques : Musset, Marivaux… Mais j’ai été très impressionné tout de suite par la tragédie. J’aimais aussi beaucoup le Ruy Blas d’Hugo. J’ai travaillé Le Misanthrope ou Tartuffe. J’ai découvert la fronde… C’était pour moi une école vivante : j’ai respiré l’époque. De même pour la Révolution française quand j’ai fait Danton, ou Rodin bien après. Je m’inspirais aussi de peintures pour jouer. Mon instinct m’amenait directement puisque je n’avais pas été bloqué par des professeurs qui présentent les choses de manière ennuyeuse.

Vous vous êtes tout de même retrouvé sur les bancs de la fac !
J’ai suivi Lacan dans ses séminaires, Deleuze aussi. Je fréquentais ses cours. C’était exceptionnel. Moi qui n’avais rien, j’allais à La Sorbonne les écouter, en amphi. Ca faisait partie de ce que j’étais dans le théâtre. Je n’avais aucun complexe si je ne comprenais pas tout car je n’étais pas étudiant, je n’avais pas de comptes à rendre. Je vivais le présent à fond et je n’ai jamais fait autrement.
En ce moment, pour mes affaires, je travaille avec un garçon de 26 ans qui a fait Sciences po et HEC. Je lui pose des questions sur tout : il possède une culture générale impeccable mais il parle sans expérience. Ca lui viendra… Moi j’ai acquis l’expérience avant. J’ai dépassé le cinéma. J’apprends comme toujours. Je suis un Compagnon. Comme mon père, qui était Compagnon du tour de France, tollier-formeur, mais il n’a jamais voulu accepter son brevet de maîtrise car il ne savait ni lire ni écrire et estimait que ce n’était pas bien.

En arrivant à Paris, vous êtes passé des textes classiques au Café de la gare, avec Miou Miou, Patrick Dewaere, soit deux mondes très différents…
J’ai travaillé avec Jean-Laurent Cochet puis j’ai fait du boulevard avec Pierre Mondy, le Café de la Gare, des dramatiques pour la télé. Pour moi, rien n’est péjoratif. Il y a 30 ans, les Cahiers du cinéma me demandaient : « Comment pouvez-vous tourner avec Marguerite Duras, Claude Zidi et Alain Resnais ? » Pour moi, c’était pareil. D’ailleurs, Marguerite n’est pas une intellectuelle, c’est une terrienne. On donne l’image d’intellectuels aux philosophes, alors que c’est une manière de vivre… Ce sont des artistes, des êtres sensibles. Il n’y a rien de plus triste qu’un intellectuel, c’est quelqu’un qui n’a pas de chair. C’est un peu comme le mouvement hippie, les peace and love des années 70 qui avaient la philosophie du joint et se faisaient chier. Fumer de l’herbe amène dans des sphères pas intéressantes, où l’on se perd.
Je n’ai jamais appartenu à une seule bande, j’ai toujours été de toutes les bandes, qu’il s’agisse des voyous à Châteauroux ou après. Je vis, je rencontre des modes de vie. Je n’ai jamais eu l’ambition de devenir quelqu’un, mon ambition c’était de vivre, comme toujours.

Sans parler de plan de carrière, vous projetiez-vous ?
Dès six-sept ans, j’avais en tête de voir le monde, je rêvais d’émotions, de me fondre dans la vie, le cosmos. Le ciel m’interpellait beaucoup. J’adorais voir une ville où les lumières s’éteignent ou s’allument. Mon seul but, et c’est toujours le même : continuer à découvrir.

DIX DATES

  • 1948 Naissance à Châteauroux
  • 1964 Arrive à Paris, suis les cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet
  • 1973 Les Valseuses de Bertrand Blier
  • 1975 1900 de Bernardo Bertolucci
  • 1980 Le Dernier métro de François Truffaut
  • 1981 La Chèvre de Francis Veber
  • 1990 Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, nommé pour l’Oscar du meilleur acteur
  • 2001 Astérix et Obélix, Mission Cléopâtre d’Alain Chabat
  • 2003 Ouverture d’un restaurant La Fontaine Gaillon, à Paris
  • 2005 Annonce, le 30 octobre, qu’il arrête sa carrière d’acteur

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