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RENCONTRE Jean-Louis Aubert
«Nous avions une détermination de folie !»

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Propos recueillis par Céline Fontana et Caroline Beyer, 14 décembre 2005
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« L’idéal passé à la moulinette pour arriver au standard : un produit, un disque dans sa petite enveloppe plastique », voilà comment Jean-Louis Aubert explique le titre de son nouvel album Idéal standard, sorti chez Virgin. De l’ironie, donc, mais pas seulement, puisque l’artiste y voit aussi « la réappropriation d’un idéal commun, plus simple, sans rupture ». Et puis, le standard, en musique, n’est pas franchement un terme péjoratif, « c’est même plutôt le nirvana ! » s’amuse-t-il encore. Retour sur ses rêves de jeunesse…

LE FIGARO ETUDIANT. – Avez-vous fait des études ? Jean-Louis AUBERT. - J’ai obtenu mon bac S grâce au petit ami de ma sœur qui étudiait à l’école des Mines. Il y avait là-bas un groupuscule de hippies, des grosses têtes, qui m’avaient pris en affection car j’aimais la musique et organisaient des concerts. Il y avait de grands groupes à l’époque dans les écoles : Led Zeppelin à HEC… A trois mois du bac, ce mec m’a dit : « Tu as deux solutions : soit tu fous le camp, soit on essaye de le passer. Tu vas voir, c’est comme un jeu. Il faut d’abord apprendre les règles, après c’est marrant. » Je me suis fait trois ans de maths-physique en trois mois, à raison de 14 heures par jour. Avec son aide, la tendresse qu’il m’a donnée, j’ai réussi à l’avoir.
J’ai enchaîné avec une fac de musicologie à Vincennes. On jouait dans les couloirs. J’ai découvert la musique africaine, hindoue, contemporaine… Je ne savais pas lire la musique mais j’avais une assez bonne oreille. Je suis resté un an puis nous avons décidé de partir aux Etats-Unis, avec mon ami Olive, mon voisin depuis tout môme. Nous avions 19 ans.

Que vous a appris ce voyage ?
La vie. Les USA ont toujours dix ans d’avance sur nos prochains travers psychologiques. En cinq mois, j’ai dû passer deux nuits à l’hôtel. J’étais hébergé par des homos, des gens perdus. Je faisais du stop, je resquillais, nous prenions les Greyhound (bus, NDLR) sans payer… J’ai adoré. Il y avait un mélange d’inconscience, de confiance en soi… Nous avons été au contact de tout avec Easy Rider et Woodstock dans la tête…
Tous les jeunes devraient vivre une telle aventure. J’ai gagné en autonomie et j’avais changé. J’ai fait ce voyage d’une certaine façon à la place du service militaire. Dans l’effort ou la souffrance, quand on n’a pas ses papiers ou son rang social, on rencontre des gars de banlieue et eux, pour la première fois, fréquentent un mec du 17e. Mon père avait vécu en captivité pendant la guerre. Il m’a toujours dit que c’est là qu’il s’était senti le plus libre. C’est la seule période de sa vie où il a été un artiste (il était sous-préfet, NDLR). On prenait sa place sociale en fonction de ses compétences de cœur.
J’ai aussi découvert là-bas l’envie de chanter en français. Les gens nous recevaient pour cela, c’était notre charme, notre spécificité. On nous demandait de chanter Plaisir d’amour, ou Dominique nique nique : ce truc en français, chanté par une bonne sœur, avait numéro un là-bas.

A votre retour, vous avez créé Semolina, avec Richard Kolinka, et enregistré votre premier 45 tours…
J’avais écrit Plastic Rocker. Je l’ai chanté deux fois à toute vitesse car je devais aller passer mon permis ! On m’a dit que je ferai un très bon chanteur de rock. C’est comme ça que l’idée m’est venue car, jusque-là, je me considérais plutôt comme un guitariste. Il faut dire qu’à l’époque les chanteurs ne faisaient que meubler entre deux solos de guitare !
Quand ce 45 tours est sorti chez Warner, j’étais allé voir un ami de mon père, un avocat américain, pour lui dire que la boîte ne travaillait pas dessus, qu’on ne le trouvait pas en magasin. Il m’a demandé : « Es-tu fier de ce que tu as fait ? ». « Euh, pas trop ». Je me souviendrais toujours de sa réponse : « Quand on n’est pas trop fier de quelque chose, il n’y a rien de pire que d’avoir du succès avec. »

Le décollage de Téléphone a-t-il été rapide ?
Non, plutôt long et lent. Mais nous avions une détermination de folie ! Les deux premiers concerts étaient des remplacements mais nous nous sommes rendu compte de l’impact des textes en français, de la présence d’une fille dans le groupe. On n’avait peur de rien, on graffitait tous les murs de Paris. Ca a grandi pendant un an, on jouait dans les universités, les grandes écoles, sur les campus… Mais aussi dans des boums, des rallyes ou des mariages. On pouvait interpréter du Santana, du Deep Purple… Ca faisait branché d’avoir un orchestre avec des cheveux longs, gras, les Clarks qui puent ! Puis les maisons de disques ont commencé à s’intéresser à nous.

Y a-t-il eu un moment où le succès vous a fait péter les plombs ?
Nous n’avons pas connu cet état. Ca a paru soudain pour les gens, mais nous avions passé trois ans à jouer tous les soirs dans une camionnette place de la Concorde : c’était notre local de répétition, elle bougeait toute seule !

Etes-vous nostalgique de vos 20 ans ?
Non. Il y avait des souffrances, des choses pas faciles. Maintenant aussi, mais ce ne sont pas les mêmes. Je n’ai jamais été super bien dans mon corps. J’avais déjà des douleurs, j’ai toujours eu mal quelque part. Pas très mal non plus !

En tournée de janvier à mars, rens. sur www.backline.fr

DE BARBARA A RAPHAËL : UNE FAMILLE
« Je ne suis pas un très très bon prof mais il y a une transmission qui s’opère. J’ai pas mal raconté mon regard sur le monde à Raphaël. Je crois que ça lui a donné un peu d’ouverture, il était très intellectuel. On l’appelait « la teigne », il avait des jugements très tranchés mais un peu par protection… Je l’ai aidé à se découvrir. J’aimais ce qu’il faisait et j’étais très touché, un peu comme avec Barbara, de voir de l’admiration pour moi dans ses yeux. Je n’avais pas de point d’ancrage et, maintenant, entre Barbara et Raphaël, je me suis trouvé une famille dans le temps. Je ne suis plus orphelin. Pendant longtemps, je n’ai pas rencontré de gens qui me correspondaient. J’ai été proche de Noir désir mais ils étaient plus radicaux. Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer Brel… Ca m’a fait beaucoup de bien que Barbara me trouve quelque chose de différent des autres chanteurs. Car je n’ai pas toujours été reconnu pour mes textes. On ne m’a jamais trop parlé de mon écriture, pourtant j’y passe pas mal de temps. »

EN DATES

  • 1955 Naissance à Nantua
  • 1973 Bac S puis une année en fac de musicologie
  • 1974 Cinq mois aux USA en faisant la manche…
  • 1975 Création du groupe Sémolina, avec Kolinka. Premier 45 tours : Et j’y vais déjà/Plastic rocker
  • 1976 Novembre, naissance du groupe Téléphone lors d’un concert au Centre américain de Paris avec Louis Bertignac, Richard Kolinka, Corinne Marienneau.
  • 1977 Juin, enregistrement au Bus Paladium d’un 45 tours auto produit : Hygiaphone/Métro c’est trop
  • 1978 Crache ton venin, avec La bombe humaine : 600 000 albums vendus
  • 1982 Juin, première partie des Stones à l’hippodrome d’Auteuil
  • 1984 Sortie de l’album Un autre monde
  • 1985 Naissance de son fils Arthur
  • 1986 Séparation du groupe Téléphone
  • 1987 Aubert’&Ko sort l’album Plâtre et ciment. 45 tours : Juste une illusion
  • 1997 Album solo : Stockholm, avec la participation de Barbara
  • 2003 Duo avec Raphaël : Sur la route

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