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Michel Blanc de retour dans les Bronzés 3.
Crédit photo : DR.
 

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Les 20 ans de Michel Blanc
«Je n’étais pas fait pour être jeune»

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Propos recueillis par Céline Fontana, 19 janvier 2006
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Difficile de ne pas avoir le trac à la veille de la sortie d’un film. Et que dire quand il y en a deux ! Pourtant, Michel Blanc affiche une certaine sérénité. En effet, on le verra cette année dans trois œuvres très différentes et très complémentaires : un premier long métrage réalisé par Isabelle Mergault (Je vous trouve très beau, sur les écrans depuis le 11 janvier), « un gros mastodonte très populaire » (Les Bronzés 3, Amis pour la vie, de Patrice Leconte, en salles le 1er février) et, bientôt en tournage, le prochain film d’André Téchiné, Les Témoins, un drame romanesque « difficile, exigeant ». L’artiste s’avoue même volontiers satisfait de pouvoir se permettre cette diversité. Ce n’est pas le rôle de Richard III sur les planches dont il rêvait à 20 ans mais cela se rapproche avantageusement de sa conception du métier de comédien.

LE FIGARO ETUDIANT.- Vous étiez au lycée en 1968 : cette période a-t-elle représenté quelque chose pour vous ?
Michel BLANC. -
J’avais 16 ans. Ca a été très bizarre. Je ne l’ai pas vécu comme un soixante-huitard. Peut-être que cela aurait été le cas si j’avais eu deux ans de plus. Je n’étais pas très éveillé à la révolte quelle qu’elle soit. Le début m’a paru assez marrant. Des mouvements se sont créés au lycée. Il y a eu une grande manif dans les rues de Neuilly à laquelle j’ai participé car je trouvais ça très festif. Je me suis fait virer par un « trotskar » qui m’a dit que les manifs étaient une chose sérieuse… Je n’ai plus jamais participé à 68 !

Vous montiez déjà des spectacles ?
Oui, avec Jugnot, Lhermitte, Clavier… Nous avions des idées professionnelles. Nous avons toujours beaucoup travaillé, nous n’avons jamais été des branleurs. Nous étions entre bons et très bons élèves. La légende qui veut que des gens qui font de la comédie par la suite étaient des cancres et des déconneurs m’énerve profondément.

Comment s’est passée la fin du lycée ?
J’ai eu une période d’incertitudes. J’avais une grande passion pour la musique classique, je jouais du piano. Puis je me suis dit que j’avais commencé trop tard et que j’allais en baver pour être à niveau. Finalement, je me suis inscrit à Nanterre en Lettres modernes et j’ai obtenu mon Deug. Mais je ne me voyais pas prof. J’ai décidé de rejoindre mes copains qui faisaient du théâtre chez Tsilla Chelton (la tatie Danielle de Chatiliez, NDLR). Jugnot a toujours été très sûr de sa vocation ; il a passé son bac et est allé à l’essentiel. Thierry et Christian avaient rapidement quitté Sciences po…

Quel souvenir gardez-vous de votre apprentissage de la comédie ?
Un mélange de plaisir – quand j’avais l’impression de progresser – et de l’angoisse de ne pas être doué, de ne pas savoir si j’y arriverai. Ce n’est pas une période amusante. Il y a des remises en question constantes. C’est tout le temps le cas dans ce métier mais à certains moments plus que d’autres. On n’apprend pas à être bon acteur, on apprend des méthodes de travail. Tsilla nous a donné des méthodes de travail, des exigences, expliqué comment contourner un obstacle, comment faire qu’un texte devienne jouable, comment se connaître soi-même aussi car il y a une part de psy dans les cours d’art dramatique : « toi, tu as tel problème avec toi-même, c’est ce qui t’empêche de jouer ». Le reste s’apprend sur scène en jouant face au public qui devient votre deuxième prof. Mais il ne vous explique pas pourquoi, il met des notes et il s’en va. Il faut savoir aussi le supporter car il y a des soirs où il vous met zéro.

De quoi rêviez-vous professionnellement ?
Pas des Bronzés ! Je ne pensais pas au cinéma mais au théâtre. Mon rêve était de jouer Richard III.

Vous n’avez pas été déçu ?
Non, car nous avons créé notre propre style et c’est toujours plus intéressant que tout autre chose. Et puis nous étions un groupe, on se rassurait. Nous avons vécu quasiment en kholkoze pendant sept ans !

Vous avez eu du succès très vite !
Oui et c’est effrayant. Je me dis : « Pourvu que ça ne s’arrête pas, que je ne paye pas à l’envers ! » Nous avons connu notre premier succès, Les Bronzés, à 25 ans, en ayant commencé à 22…

Apparemment, vous n’en avez pas profité financièrement…
Nous n’avons quasiment rien eu. Et pas quasiment rien pour des gens riches. Vous ne pourriez pas nourrir une famille avec ce que nous ont rapporté, pendant 27 ans, Les Bronzés 1 et 2, ni même peut-être une personne. Alors que ça a rapporté 21 millions d’euros à Studio Canal et je crois 30 millions d’euros aux autres ayants-droit auparavant. Je l’ai appris récemment. Les gens n’étaient pas malhonnêtes : on nous a proposés, on a accepté. Nous étions jeunes, il aurait fallu un bon agent, et on ne pouvait vraiment pas prévoir que ça deviendrait un film culte.

Le film vous a en revanche ouvert des portes…
Nous avons existé grâce à ça. Mais il a aussi fallu s’en détacher, sans avoir l’air de cracher dans la soupe. C’était complexe. Pendant un moment, une partie du cinéma d’auteur nous était interdite. Et il y a toujours une partie de la presse qui a un profond mépris pour les Bronzés et nous considère comme des gens un peu franchouillards.

Votre évolution correspond-elle à un désir personnel ou à une envie de prouver que vous étiez capable d’autre chose ?
C’était l’envie de faire ce que j’avais en tête quand j’ai voulu faire ce métier. Il a fallu lutter un peu, refuser d’écrire ou de jouer des choses dans le même esprit après Marche à l’ombre. L’élément déclenchant a été Tenue de soirée et le prix d’interprétation à Cannes. D’un coup, ça vous sort de l’étiquette de guignol pour vous donner celle de comédien.

Qu’est-ce qui vous fait flipper ?
La déchéance, la perte des facultés, de la mobilité… Tout ce qui relève des petites dégénérescences. La perspective de terminer comme ça est effroyable. On nous fait un sale coup en nous faisant commencer par le meilleur. Pour compenser, il faut trouver un moyen, au moins intellectuellement, d’aller vers le meilleur ! Sauf qu’à un moment… Tout devient très compliqué.

Etes-vous nostalgique de vos 20 ans ?
Pas du tout, j’ai détesté ! Je suis nostalgique de ma petite enfance, jusqu’à 11 ans. A partir de la puberté, c’est une pourriture ! Ca a recommencé à être un peu intéressant vers la trentaine. Avant, je n’étais qu’un doute ambulant. Je ne m’aimais pas, je me sentais mal dans ma peau… Je n’étais pas fait pour être jeune.

EN DATES
1952 Naissance à Courbevoie (Hauts-de-Seine)
1968 Lycée Pasteur à Neuilly
1970 Création de la troupe du Splendid
1974 Que la fête commence (Bertrand Tavernier)
1977 Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine (Coluche)
1978 Les Bronzés (Patrice Leconte)
1979 Les Bronzés font du ski (Patrice Leconte)
1981 Viens chez moi, j’habite chez une copine (Patrice Leconte)
1984 Ecrit, réalise et interprète Marche à l’ombre
1986 Tenue de soirée (Bertrand Blier), prix d’interprétation à Cannes
1989 Monsieur Hire (Patrice Leconte)
1991 Prospero’s Book (Peter Greenaway)
1994 Réalise Grosse fatigue, prix du scénario à Cannes
2002 Réalise Embrassez qui vous voudrez
2006 Les Bronzés 3, amis pour la vie (Patrice Leconte)

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