Vous êtes ici : Loisirs - People
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
Arthur H : « Il ne m’a même pas effleuré l’esprit que l’on pouvait me comparer à mon père ».
Crédit photo : DR.
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

People
Arthur H à 20 ans...
«Je voulais vivre une vision poétique du monde»

...................................................
Propos recueillis par Céline Fontana, 09 février 2006
...................................................

Arthur H aura 40 ans le 27 mars. Il fêtera cet anniversaire à l’Olympia, avec le public, bien sûr, mais aussi sa mère et son vieux complice le musicien Brad Scott, nés le même jour. Une bonne occasion de revenir sur sa jeunesse, après 16 années de carrière et la sortie, en septembre dernier, du magnifique et apaisé Adieu tristesse (Polydor).

LE FIGARO ETUDIANT.- Avez-vous fait des études ? Arthur H. - J’ai quitté le lycée à 16 ans car j’étais une espèce d’inadapté social de base, je n’arrivais pas du tout à me sentir bien dans ce cadre. C’était tellement fort que physiquement, je ne pouvais plus y aller ! La musique était la seule matière qui parlait à tout mon être. Ma mère a eu l’idée de m’envoyer étudier la musique aux Etats-Unis. Je suis parti très enthousiaste. C’était extraordinaire de quitter ma famille, mon pays, ma langue. Les amis, j’en avais peu. J’étais très content d’aller vers l’inconnu même si au début cela a été très difficile. Je me suis retrouvé au mois de janvier à Boston, parlant très mal anglais, en pleine tempête de neige, dans une petite chambre avec deux Américains qui écoutaient du hard rock en buvant de la Budweiser toute la journée… Puis, je me suis fait à la langue, aux gens. J’ai appris les bases de la musique, de l’harmonie, du rythme. J’ai écouté énormément de disques, vu quelques concerts qui m’ont beaucoup marqué, comme Laurie Anderson… De par l’effet de l’éloignement, j’ai aussi redécouvert toute la culture française : la littérature, le cinéma, la chanson. Jusque-là, elle ne me parlait pas. Cette formation vous a-t-elle été utile ? Elle m’a donné des bases techniques. Malheureusement, j’étais trop jeune et inexpérimenté pour prendre le meilleur de cette école. Ca m’a surtout beaucoup apporté d’être loin de chez moi, de construire mon imaginaire, mon monde intérieur, loin de ce que je connaissais, de ce qui me limitait. Autant pour les jeunes aristocrates européens du XIXe siècle, le voyage en Italie était un parcours initiatique indispensable ; autant pour un jeune Européen aujourd’hui, il faut aller en Amérique. C’est un acte qui peut ouvrir le cerveau, le corps, la vision… Il y a là-bas une énergie, un espace que l’on ne trouve pas ici. Et aussi un certain sens de la modernité qui ne m’a pas quitté. Pensiez-vous déjà en faire votre métier ? A l’époque, je savais juste que j’aimais très fort ça, que j’avais dans les tripes le désir de faire de la musique et de chanter, mais sans savoir comment. Il m’a fallu quatre-cinq ans d’erreurs et d’errance pour savoir plus exactement ce que je voulais. J’ai commencé à composer en rentrant. C’est devenu de plus en plus excitant et évident. Vos parents vous ont-ils influencé ? Ils venaient de familles ouvrières où l’art et la musique n’étaient pas pris en compte. C’était une opportunité qui n’existait pas. Mes parents, chacun de leur côté, ont vécu une vraie rupture à ce niveau-là. J’ai donc eu des facilités, il n’y a eu aucune opposition. J’ai grandi dans un monde où l’imaginaire était une valeur adorée, vénérée. Ils m’ont aidé de façon discrète et continue. J’étais soutenu sans qu’on me facilite vraiment le travail. Le fait d’avoir un père aussi célèbre que Jacques Higelin ne vous a pas effrayé ? Je ne me suis jamais posé la question. La musique était tellement dans mon cœur et dans mon destin…. Je ne me suis jamais comparé à mon père. Il ne m’a même pas effleuré l’esprit que l’on pouvait nous comparer. J’avais confiance dans ma force, mon originalité. Votre voix un peu particulière vous plaisait-elle ou avez-vous essayé de la faire évoluer ? Au début, j’avais un mélange d’insouciance et d’inquiétude. Emotionnellement, je n’étais pas quelqu’un de très fluide. Je m’exposais sans trop de difficulté ni de pudeur mais j’étais serré à l’intérieur, ce qui provoquait cette voix éraillée. Ce n’était pas un effet de style mais cela témoignait de ma nervosité. J’ai toujours considéré que si je voulais que ma musique s’ouvre, aille de plus en plus loin, il fallait que moi-même je mute humainement. J’ai fait un travail un peu obsessionnel pour ma propre libération, pas dans un but narcissique mais pour pouvoir rencontrer les autres, le monde, la vie, et l’amour. J’ai toujours été très ambitieux. Je voudrais la plénitude. Avez-vous regretté de ne pas avoir fait d’études traditionnelles ? Oui, j’ai un vrai manque, un énorme désir d’apprendre. Je suis insatisfait. Ca me plaît de prendre des cours. Pour un problème de temps, c’est plutôt dans la musique, le chant, les arts martiaux, la danse… Toujours dans le souci d’irriguer ma musique et mes textes, pour qu’ils puissent parler à tout le monde. La transmission des savoirs est-elle importante pour vous ? Très importante. Mes parents m’ont transmis des choses par imprégnation mais pas consciemment. A ce niveau-là, j’étais plutôt démuni. Et il est très difficile de transmettre quelque chose que l’on n’a pas reçu. Comme j’ai deux petites filles, c’est une question qui m’obsède. Etes-vous nostalgique de vos 20 ans ? J’ai quand même une certaine nostalgie pour cette espèce d’insouciance que l’on peut avoir, le fait que tout est possible. Mais on ne peut pas profiter vraiment de ce que l’on est à ce moment-là car on ne se connaît pas assez. Maintenant, je peux plus jouir de la vie. Je la connais mieux et j’apprécie tout autant son mystère. Quand vous dites « tout était possible », de quoi rêviez-vous ? Je savais que je voulais aller vers la beauté, la liberté. C’était à la fois très abstrait et très concret. C’est un chemin dont je n’ai jamais dévié. J’avais la référence de Jim Morrison et des Doors. Pas le côté autodestructeur, juste le mélange de poésie et rock, l’envie de vivre une vision poétique du monde. J’y arrive parfois…

EN DATES
1966 Naissance à Paris
1982 Arrête le lycée à 16 ans
1983 Etudie la musique aux USA, à la Boston University
1988 Premiers concerts à la Vieille grille puis au Sentier des Halles à Paris
1990 Premier album, Arthur H
1992 Bachibouzouk
1993 Tournée Magic Mirrors Album live, En chair et en os
1996 Trouble-fête
1997 Album live, Fête trouble
2000 Pour madame X
2002 Album live, Piano solo
2003 Négresse blanche
2005 Adieu tristesse

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Liens Sponsorisés