Vous êtes ici : Loisirs - People
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

People
Antoine de Caunes : Qu'avez-vous fait de vos 20 ans ?
« Je n’ai jamais eu de piston »

...................................................
Propos recueillis par Céline Fontana, 12 avril 2006
...................................................

« C’est l’année des parfaits », remarque en souriant Antoine de Caunes. Le 26 avril, il sera à l’affiche d’Un ami parfait, de Francis Girod, dans lequel il incarne un journaliste amnésique qui tente de démêler une machination. En novembre sortira son nouveau film en tant que réalisateur, Désaccord parfait, une comédie romantique interprétée par Jean Rochefort, Charlotte Rampling et Isabelle Nanty. Parfait mais pas satisfait : Antoine avoue sans fausse modestie n’être jamais content de son travail. Lorsque l’on regarde son parcours, on peut se permettre de ne pas partager son avis !

LE FIGARO ETUDIANT.- Que faisiez-vous l’année de vos 20 ans ?
Antoine de CAUNES.-
A l’époque, j’étais complètement fasciné par Céline et j’avais pour ambition de faire une licence de lettres à Censier. J’avais quitté le domicile familial à la condition de subvenir à mes besoins. Il fallait que je paye le loyer de ma studette rue des Petits-Champs. J’étais donc par ailleurs coursier pour un radiologue spécialisé dans le cancer du sein. Il envoyait les cas bénins par la poste et je « livrais » les cancers… Dans mon Paris de coursier, j’avais des trajets littéraires : je m’arrêtais toujours devant le 42 rue Fontaine où avait habité André Breton. J’allais aussi me recueillir sur sa tombe au cimetière des Batignolles. Je faisais enfin des piges à Rock’n folk, aux Nouvelles littéraires et au Sauvage qui était le supplément écologie du Nouvel Obs.

Aviez-vous des réminiscences de 1968 ?
En 1968, j’étais trop jeune pour être hippie. J’ai le souvenir d’un bordel généralisé plutôt joyeux. C’était l’objet de longues engueulades avec mon père (Georges de Caunes, NDLR) qui était un gaulliste convaincu…

Souhaitiez-vous devenir journaliste ?
Non car je ne voulais pas faire le même métier que mon père. J’avais une vraie passion pour la littérature qui ne m’a jamais quittée. Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Mais je ne savais pas très bien où je voulais aller. Je savais juste que ça aurait un rapport avec l’écriture ou l’image. J’ai arrêté après le Deug : quand je me suis retrouvé à passer de longues après-midi en salle d’études à décrypter Chrétien de Troyes, j’ai réalisé que ce n’était pas ce que j’attendais de la vie à 20 ans. Il me fallait du mouvement et de l’action.

J’ai eu envie d’être photo reporter, de parcourir le monde… J’ai commencé à travailler à l’agence Sygma comme grouillot, à classer les négatifs, faire des tirages noir et blanc… En 1975, alors que Franco était en train d’agoniser, il a condamné à mort trois jeunes types d’un mouvement séparatiste. Personne n’étant disponible, on m’a envoyé couvrir l’événement. J’ai retrouvé le village d’où ces jeunes étaient originaires et j’ai fait un reportage d’ambiance pour essayer de comprendre comment à 16 ans on est prêt à risquer sa vie pour se battre contre un tyran qui fait du mal à son pays. J’étais très content mais ça n’a pas plu du tout : ils attendaient des photos des cercueils ouverts, la foule éplorée… Sygma m’a cependant permis de croiser la route de Michel Parbot qui a ouvert dans l’agence un département télévision. Je suis devenu son assistant et j’ai déposé un projet d’émission musicale sur le rock : Chorus. Je n’ai jamais eu de piston, ce n’était pas le genre de mes parents. Ca a toujours été par le biais de rencontres, avec Lescure, Gildas…

Les « déconnades » sur Canal étaient déjà en vous ?
J’ai toujours aimé m’amuser, dès mes premières émissions de télé. J’ai hérité ce refus de l’esprit de sérieux de mes parents : ils étaient des êtres très rieurs, indisciplinés, insoumis. Ma fille Emma a hérité assez naturellement de cette manière d’être, de se comporter, de voir le monde. La vie est tragique, la moindre des élégances est de ne pas rendre ça pesant. Un auteur anglais a dit : « Il faut savoir parler gravement de choses légères et légèrement de choses graves. » J’en ai fait ma devise.

Avez-vous la nostalgie de votre jeunesse ?
Non, je peux être très mélancolique mais pas nostalgique. J’aime le présent et le lendemain.

Et si vous aviez 20 ans aujourd’hui…
Je n’aimerais pas. A mon époque, on avait encore l’impression que c’était ouvert. Le monde s’est vraiment durci. La compétition est effrayante. Les choses semblent plus cruelles, on n’a pas le droit à l’erreur. J’ai un fils qui va avoir 20 ans et fait une école de cinéma… Je suis content qu’il ait déjà un désir aussi précis. Ce n’était pas mon cas.

Etes-vous satisfait de votre parcours ?
Je suis un éternel insatisfait : je ne suis jamais content de mon travail mais je ne m’appesantis pas, j’avance.

EN DATES
1953 Naît le 1er décembre 1973 Fac de lettres classiques à Censier 1979 Présente Chorus puis Les Enfants du rock, Rapido… à la télévision 1988 Co-présente avec Philippe Gildas Nulle part ailleurs sur Canal +, jusqu’en 1995 1989 Pentimento de Tonie Marshal, premier rôle au cinéma 1993 Devient président d’honneur de Solidarité Sida 1998 L’homme est une femme comme les autres de Jean-Jacques Zilberman 2000 Là-bas mon pays d’Alexandre Arcady 2001 Les Morsures de l’aube, première réalisation 2003 Monsieur N, deuxième réalisation 2006 Désaccord parfait, troisième réalisation.

SOLIDARITÉ SIDA
« M’engager m’a pris du temps. J’avais une activité journalistique à NPA et voulais rester neutre. Mais on a su trouver les mots pour me convaincre. L’action est vraiment au cœur de la vie, de tout ce qui compte : l’amour… Le festival Solidays est aussi un moment très rassurant pour un jeune vieillard comme moi : c’est important de voir des gens de 20 ans qui se mobilisent, se battent, donnent de leur temps, de leur énergie, sans compter. J’ai été inquiet dans les années 80 et après la chute du mur. Les jeunes me semblaient superficiels, obnubilés leur carrière, l’argent… » www.solidarite-sida.org

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Liens Sponsorisés