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Cali : Qu'avez-vous fait de vos 20 ans ?
«J’ai toujours des rêves de midinette»
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Propos recueillis par Céline Fontana, 04 octobre 2006
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Dans la même journée, il peut « avoir 12, 35 ou 80 ans ». Sur scène, il avoue se « rapprocher » plutôt des 15 ! Et a volontiers la nostalgie de ses 20 ans, « une période à fleur de peau où je prenais toutes les émotions à fond ». Retour sur la jeunesse de Cali.
LE FIGARO ETUDIANT.- Vous souvenez-vous précisément de l’année de vos 20 ans ?
CALI.- Nous sommes partis en Irlande avec des copains sur les traces de nos héros : les Waterboys, les U2… On se promenait en écoutant la musique à fond, on allait se recueillir dans des chapelles… Je me suis aussi présenté à des élections municipales dans mon village (Vernetles- bains, 1500 habitants, NDLR), la liste s’appelait « Jeunesse incorruptible » et nous avons fait 20 % avec mon frère et des amis. J’ai commencé à apprendre vraiment les instruments de musique, la guitare. Mon premier groupe était très punk. Ce fut une période riche, j’étais en pleine ébullition.
Avez-vous fait des études ?
J’ai un bac D, maths physique et biologie. Ca a été un peu laborieux. Je suis entré en IUT de Mesure physique. Il ne faut pas me demander ce que c’est. J’y suis resté un mois et je suis parti pour faire des petits boulots. Il y avait des Tuc (Travail d’utilité collective). J’ai été cuisinier… Mais aussi postier, éboueur, j’ai tenu une crêperie…
N’avez-vous jamais regretté de ne pas avoir poursuivi vos études ?
Non. En règle générale, j’ai suivi ce que me disait mon coeur et je ne me suis pas trompé. C’était : « Lâche tout, l’école comme le rugby, et fais de la musique, continue, continue… » Ecrire des chansons me touchait, me prenait. La seule chose que je regrette, c’est l’Histoire de l’Art. J’aurais aimé l’étudier avec un professeur.
Avez-vous éprouvé le besoin de cours de chant ou de musique ?
Cela s’est fait naturellement, en s’inspirant des autres. On a envie de reprendre une chanson de Bob Dylan. On la travaille et puis on se rend compte que la voix se rapproche. Pareil pour les Simple Minds ou les U2… Comme on n’a pas la même voix, on commence à forger son truc. J’ai pris des cours d’orthophonie. L’orthophoniste m’a fait chanter, m’a placé la voix, et j’ai gagné un ton et demi de suite. C’est énorme. J’ai travaillé ma voix au Chantier des Francofolies. Après, c’est la vie qui forge les choses. Et j’aime bien, quand on a trop bu ou trop fumé la veille, quand la voix est cassée, il faut en faire un avantage.
Apparemment, votre engagement a commencé très jeune…
J’ai toujours été engagé, enragé. L’injustice me détruit. A l’école, je me suis fait virer plein de fois car je m’engueulais
avec les profs… J’avais un grand-père que j’adorais, pépère Henri. Il était boxeur et communiste à fond : il allait dans les congrès et ça se terminait toujours à coups de poings. J’ai vécu ça. Mon papa avait aussi un vrai engagement. Ca me donne de l’espoir. Je me suis toujours dit qu’il fallait, d’une manière ou d’une autre, faire avancer les choses.
Ca vous fait plaisir de profiter de votre statut pour revendiquer ?
Plaisir, ce n’est pas le mot. C’est essentiel. Bono me touche beaucoup. On l’a critiqué pour ne pas rester dans son rôle de chanteur. C’est une personne très charismatique. Il est allé voir Bush pour lui parler du sida en Afrique. Je suis anti- Bush à fond mais c’est le président qui a versé le plus d’argent pour cette cause. Bono est allé voir le pape
pour discuter de la capote et de l’avortement. Et Blair et Chirac pour la dette du tiers-monde. Je suis derrière des gens comme ça. On n’a pas le même statut mais on peut faire des choses à notre petit niveau.
Vous avez rencontré Bono ?
Je ne le connais pas. Mais c’est une prochaine étape, j’en rêve. J’étais très fan des Simple Minds, j’ai chanté avec eux… Les Waterboys aussi. Des rêves de midinettes, j’en aurai toujours.
Et à 20 ans, de quoi rêviez-vous ?
C’est troublant. Je me suis rendu compte que ce qui me rassurait était de ne pas savoir ce qui se passerait la
semaine d’après. Alors, un IUT… J’étais terrorisé ! Ce sentiment me tient toujours. Evidemment, je me suis
orienté vers un métier instable : la musique, être troubadour.
Avez-vous le sentiment d’avoir galéré ?
Non, ça s’est passé d’une manière belle et douce. Pour moi, le désespoir est lumineux. J’ai toujours pris ça avec philosophie. J’aime les gens qui ont tout perdu, qui sont au bar et discutent avec le sourire. Il y a une phrase de Steinbeck, je crois, qui dit : « Ma grange ayant brûlé de fond en comble, plus rien ne me cache la vue de la lune qui
brille. » Il n’y a rien de plus terrifiant que d’obtenir les choses tout de suite. Après, où sont les envies ? J’ai peur de ces jeunes qui font la Star Ac’. On leur offre des Zénith d’entrée alors qu’ils n’ont jamais joué dans des bars ou dans des pubs.
Vous imaginez-vous plus tard ?
Non, car j’ai toujours quelque chose qui me dit que ça va s’arrêter bientôt, comme si je vivais tout à fond et que c’était la fin de ma vie. Quelque part, ça m’aide à en profiter mais j’ai des enfants… Dans le meilleur des cas, je me verrais
bien dans un film de Capra, fêter Noël avec mes enfants, mes petits-enfants en étant très vieux, avec une barbe…
Qu’est-ce qui vous fait flipper ?
Perdre mes proches. C’est insoutenable. J’ai perdu mes parents mais, quelque part, ce sont mes parents. Je ne pourrai pas perdre mes enfants. Sinon, tu ne vis plus, tu arrêtes. J’ai la chance d’être croyant. Je n’ai pas de religion entre dieu et moi mais je sais que je vais retrouver quelque chose et ça m’aide. Parfois je me mets dans la peau de
proches qui se disent que quand c’est fini, c’est fini. Je ne sais pas comment ils font pour vivre ça. C’est tellement
absurde que ça en devient paralysant.
EN DATES
- 1968 28 juin, Bruno Caliciuri naît à Perpignan
- 1985 Premiers groupes punk, Pénétration anale puis Les Rebelles
- 1994 Nouveaux groupes, Indy (punk) puis Tom Scarlett (pop underground), Indigo (musique de bal)
- 2002 Cali joue seul aux Francofolies et signe chez Labels
- 2003 Premier album, L’amour parfait (Labels)
- 2005 Deuxième album, Menteur (Labels)
- 2006 Rencontre au fil de l’autre, ouvrage avec Miossec (éd. du Bord de l’eau)
2 octobre, sortie d’un CD live de 15 titres, Le bordel magnifique (Labels)
4 au 12 octobre, concerts à la Maroquinerie, Paris 20e
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