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Claude Berri: Qu’avez-vous fait de vos 20 ans ?
« L’art a mangé ma vie »
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Propos recueillis par Céline Fontana, 15 mars 2007
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Pour beaucoup, Claude Berri est avant tout le réalisateur du Vieil homme et l’enfant, de Tchao Pantin ou de Jean de Florette. C’est aussi un producteur audacieux qui a parié, sans succès hélas, sur la magnifique Reine Margot de Chéreau, tout en s’offrant un des plus gros cartons du cinéma français : les 14 millions d’entrées d’Astérix et Cléopâtre (son fils, Thomas Langmann, produit et co-réalise le prochain). Il n’hésite pas non plus à aller à la rencontre de la jeune génération : c’est lui qui a sollicité Noémie Lvovsky pour Les sentiments, et il a décidé de produire le nouveau film d’Abdel Kechiche après avoir eu un coup de cœur pour L’esquive. Pourtant, depuis que Claude Berri a découvert l’art, celui-ci est devenu sa plus grande passion : tableaux contemporains (il possède la première collection privée de Robert Ryman), photos (Brassaï…), objets africains, meubles… Et, s’il a accepté la présidence de la Cinémathèque française, c’est avant tout pour profiter du bel espace d’exposition au cinquième étage ! Lors de l’hommage à Pedro Almodovar, en 2006, plusieurs de ses tableaux étaient de la partie : Miro, Picasso…
LE FIGARO ETUDIANT.- Avez-vous un souvenir précis de l’année de vos 20 ans ?
Claude BERRI.- Je ne suis pas sûr que c’était le plus bel âge de ma vie… Je n’étais pas bon à l’école. J’avais raconté à mes parents que j’avais le brevet, ce n’était pas le cas. Je travaillais avec mon père dans la fourrure. Puis le théâtre m’a attrapé ! La sœur d’un copain était élève au conservatoire. J’ai eu le culot d’aller voir. J’ai notamment suivi le cours Simon. C’est vrai que la première chose qui m’intéressait, c’était les filles mais je n’ai pas eu de succès pour autant !
L’année de mes 20 ans, Pierre Fresnay interprétait une pièce d’André Roussin, Les œufs de l’autruche. J’ai été engagé comme doublure. Je pointais tous les soirs et un jour on m’a dit que j’allais remplacer un comédien. J’avais une trouille incroyable ! J’ai joué six fois avec Pierre Fresnay et mon père était là les six fois. C’est un souvenir extraordinaire.
Il y avait aussi le fait que je n’avais pas envie d’aller à l’armée. J’étais soi-disant pistonné. Gérard Blain (réalisateur, 1930-2000, NDLR) m’avait dit : « Ne t’inquiète pas, tu resteras à Paris, je connais quelqu’un. » On m’a d’abord envoyé à Provins. J’étais amoureux d’une danseuse qui avait huit ou neuf ans de plus que moi. Cela effrayait mon père, il me suppliait de la quitter. Puis je suis parti au Maroc où je suis resté deux ans. Je lui ai écrit pour rompre.
Finalement, j’ai fait 27 mois d’armée !
De quoi rêviez-vous à l’époque ? De réussir en tant que comédien ?
Oui, je ne pensais pas du tout qu’un jour je pourrai écrire ou faire de la mise en scène. Je pensais être acteur. Ca a été très long. J’ai eu quelques petits rôles par ci par là mais mes rêves de vedette se sont envolés.
Comment êtes-vous arrivé à la réalisation ?
Petit à petit, Maurice Pialat (réalisateur, 1925-2003, NDLR) m’a donné le goût de l’écriture. Il aimait beaucoup ce que j’écrivais. Il a dit dans un journal que j’étais le Pagnol du Faubourg Poissonnière ! J’ai fait un court métrage avec Maurice Pialat. Je l’avais écrit, je le jouais avec Hubert Deschamps. J’étais sur un escalier mécanique. La caméra était en haut, j’avançais, j’avais deux ou trois phrases… Pialat aimait que les acteurs aillent plus loin que le texte mais, comme je ne trouvais plus rien à dire, avec mes doigts, j’ai fait « coupez ! » Quand le film a été terminé, Pialat a gardé ce geste : « Comme ça un jour on pourra dire que c’est toi qui a fait la mise en scène ! »
Les années ont passé. Je trouvais que j’avais peu d’avenir comme comédien. Je cherchais un sujet de court métrage. J’ai trouvé un petit article dans France soir qui m’a inspiré le sujet du Poulet, un court métrage pour lequel j’ai eu l’Oscar. J’avais créé Renn Prod grâce à deux amis qui à l’époque m’avaient donné chacun 10 000 francs. Ensuite, j’ai pu faire Le vieil homme et l’enfant …
Les années et les succès aidant, avez-vous le sentiment d’être devenu un homme d’affaires ?
Pas du tout ! Mais alors pas du tout ! J’ai eu de la chance. Comme metteur en scène c’était difficile, j’ai donc voulu être producteur, j’ai produit des films qui ont marché. Et l’art, à un moment donné, a mangé ma vie. Je me suis passionné plus pour l’art que pour le cinéma. A chaque fois que le cinéma me permettait d’avoir de l’argent, c’était pour l’art.
En dates
1934 Naît le 1er juillet à Paris Xe, passage du Désir
1955 Figurant dans French Cancan de Jean Renoir
1962 Réalise et produit Le Poulet, court-métrage qui recevra un Oscar
Crée Renn Prod, sa société de production et distribution
1967 Ecrit et réalise Le vieil homme et l’enfant
1969 Ecrit et réalise Le cinéma de papa
1970 Produit L’enfance nue de Pialat
1979 Produit Tess de Roman Polanski
1983 Ecrit et réalise Tchao Pantin
1986 Adapte et réalise Manon des sources et Jean de Florette
1988 Produit L’ours de Jean-Jacques Annaud
1990 Joue dans Stan the Flasher de Serge Gainsbourg
1994 Produit La reine Margot de Patrice Chéreau
1997 Produit Didier d’Alain Chabat
2001 Produit Ma femme est une actrice d’Yvan Attal
Produit Astérix et Cléopâtre d’Alain Chabat
2002 Perd son fils, Julien Rassam, comédien
2003 Publie Autoportrait (Léo Scherer)
2002 Produit Amen de Costa-Gavras
2004 Ecrit, réalise et produit, L’un reste l’autre part
Ensemble, c’est tout
A croire qu’Anna Gavalda avait le futur casting de Claude Berri en tête quand elle a écrit son best seller Ensemble c’est tout ! Une jeune fille un peu paumée, tendance anorexique, femme de ménage qui manie le crayon avec une aisance sidérante (Audrey Tautou), croise le chemin d’un cuistot débordé, bougon un peu, macho beaucoup (Guillaume Canet), en charge de sa charmante grand-mère (Françoise Bertin), dans les dédales de l’appartement d’un noble jeune homme bégayant, amoureux de l’Histoire et vendeur de cartes postales (Laurent Stocker). Tous sont formidablement justes, au service d’une histoire simple et populaire dans le bon sens du terme. Tendre et sentimentale. Fidèle au livre, tout en ayant le bon goût de ne pas en retenir les quelques longueurs et pointes de mièvreries. Sortie le 21 mars
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