Premier emploi
Des embauches en croissance régulière : 3 000 en 2006, 4 000 en 2007...
Le Bâtiment cherche à séduire les femmes
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Stéphanie Barioz, 30 novembre 2005
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Le BTP a du mal à recruter, ce n’est pas un secret. Challenge supplémentaire : il souhaite féminiser les équipes. Chats Internet, journées d’information, portes ouvertes sur les chantiers… et témoignages enthousiastes devraient vous donner des idées.
Mettez un casque blanc - un casque de chantier, oui -, enfilez un tee-shirt, un jean ou une salopette, des bottes en caoutchouc. Mirez-vous dans une glace. Un peu caricatural, mais bon… « Le Bâtiment nous va si bien », dit l’affiche publicitaire de la Fédération française du bâtiment (FFB). Travailler dans le secteur, mesdemoiselles, cela ne vous est jamais passé par la tête ? Et pourquoi pas ? Il paraît que le bâtiment n’est pas ou plus machiste. Le fait est qu’il cherche explicitement à recruter des femmes. « On ne peut pas se passer des talents de 50% de nos concitoyens », déclarait en décembre dernier Christian Baffy, président de la FFB, lors d’un chat sur Internet intitulé « Le bâtiment recrute au féminin ». La Fédération cherche notamment à donner une image plus juste du secteur et à combler le manque d’information.
« Aujourd’hui, nul n’est plus étonné de voir des femmes chauffeur routier ou conducteur de bus, donc pourquoi ne viendraient-elles pas vers ce secteur d’activité porteur ? » demande Jean-Luc Sethi, chef d’entreprise dans le Nord-Pas-de-Calais, en charge de l’intégration des femmes dans le bâtiment à la FFB. Sous l’effet d’une conjoncture porteuse, pour une décennie encore d’après les prévisions, le secteur est en suractivité. « Les artisans, les PME, les grands groupes recrutent à tous les niveaux et dans tous les métiers, du maçon au conducteur de travaux en passant par le peintre décorateur, l’ingénieur béton, le technico-commercial. » La pyramide des âges joue également en faveur de l’emploi. « 70 000 à 80 000 des 288 000 entreprises actuelles vont être à céder dans les dix années à venir. N’est-ce pas un beau challenge de pouvoir se dire je vais créer, reprendre et pérenniser une société ? » ajoute Jean-Luc Sethi.
Une ambiance particulière
Oui mais pourquoi les femmes seraient-elles attirées par le bâtiment ? Le discours de séduction qui veut que les emplois soient (assez) bien payés et les horaires peu contraignants est souvent contredit dans les faits. Beaucoup de postes peuvent être, à juste titre, jugés difficiles voire pénibles. La motivation voire la passion de celles qui travaillent dans le secteur apparaît comme plus convaincante. « J’aime l’ambiance de ce monde particulier. On travaille les uns avec les autres. L’expérience de chacun profite à tous. C’est enrichissant aux niveaux technique et relationnel, présente d’une voix charmante Christelle Humery, 34 ans, ex-responsable d’un magasin de décoration à la suite d’un BTS Action commerciale, passée à la gérance de la SARL familiale (spécialisée dans l’extension, la rénovation et la transformation chez les particuliers) après avoir validé un BTS de conducteur de travaux. En fait, j’avais toujours voulu travailler dans cette entreprise. » La jeune femme gère les équipes, maçons plâtriers, carreleurs ou charpentiers - « nous tournons à neuf chantiers en moyenne, avec treize personnes » -, les stocks, les finances et tous les aléas du métier comme la fatigue du personnel, l’absentéisme, les retards divers et autres mauvaises surprises. « Je planifie, je vérifie des données, je passe deux fois par jour sur les chantiers, je fais des livraisons… Je dois tout le temps m’organiser parce qu’il faut transporter des choses lourdes, transpalettes, tôles, velux... C’est difficile physiquement. Mais on y arrive ! »
Des chantiers de plus en plus mécanisés
Lorsqu’une femme est bien acceptée dans une entreprise de bâtiment (et c’est, paraît-il, généralement le cas), sa présence suscite des retombées positives. « Une femme travaille différemment. Elle est plus attentive à la sécurité sur les chantiers. Elle utilise les engins de levage », explique Christelle Humery. « Les femmes appréhendent mieux le côté physique du métier car elles savent contourner les difficultés, constate aussi Jean-Luc Sethi. Et les chantiers sont de plus en plus mécanisés. »
Reste que les employeurs hommes ne pensent pas toujours à un détail trivial : il faut des « commodités » pour les femmes sur un chantier. Et l’élément féminin doit faire preuve de davantage d’humour et d’esprit de répartie pour répondre à certaines remarques masculines. La montée en puissance des femmes dans le Bâtiment ne pourrait que jouer en faveur de ces dernières. Le bâtiment a bien besoin de vous, les filles. CQFD.
EN CHIFFRES
Selon la FFB, en 2003, le bâtiment comptait 9,5% de femmes : 1,2% parmi les ouvriers, 47% parmi les techniciens ou employés, 9,5% parmi les cadres.
La Fédération estime à 20 000 le nombre de femmes qui devraient être recrutées sur les chantiers d’ici à 2009. Des objectifs en croissance régulière : 2 000 cette année, 3 000 en 2006, 4 000 en 2007, 5 000 en 2008 et 6 000 en 2009.
Chaque année, en octobre, l’opération Les Coulisses du Bâtiment permet au grand public de visiter de nombreux et différents chantiers, selon leur état d’avancement, dans toute la France.
www.ffbatiment.fr le portail de la FFB.
www.batiportail le portail du secteur, avec des offres d’emploi.
TÉMOIGNAGE
Frédérique Dubant, diplômée ENSTPE, ingénieur travaux. Le secteur public recrute aussi des spécialistes du bâtiment et de l’environnement. Les futurs ingénieurs de l’ENSTPE (Ecole nationale supérieure des travaux publics d’Etat), à Vaux-en-Velin, à côté de Lyon, sont rémunérés pendant leurs études. Diplômée de l’école en 2004, Frédérique Dubant, a été embauchée en juin dernier sur un poste d’ingénieur travaux au ministère de l’Intérieur, à Marseille. « Je fais de la maîtrise d’ouvrage pour les bâtiments de police : commissariats, laboratoires de police scientifique, écoles… sur la zone Languedoc-Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse. Je gère les études en amont d’une réalisation, d’une rénovation ou d’une construction. Nous sommes ainsi huit architectes, ingénieurs ou contrôleurs par territoire ou par grand type de projet. » Pour les réalisations les plus importantes, il s’agit d’identifier les besoins, de trouver un terrain, d’élaborer le cahier des charges, de lancer l’appel d’offres pour le maîtrise d’œuvre puis la réalisation, de travailler avec l’architecte, d’assister aux réunions de chantiers… Tout en veillant au respect des besoins, des contraintes financières, des délais. C’est cet aspect « conduite de projet » de A à Z qui intéresse Frédérique. « J’étais partie avec des aprioris sur le secteur. Or je me rends compte que la vision des femmes y est appréciée. Lorsqu’ils construisent, les hommes pensent davantage à la technique. Les femmes n’oublient pas l’humain. Peut-être cela générera-t-il, à terme, une évolution des formes et des couleurs ? » Enthousiaste, Frédérique conseille à toutes celles que que le bâtiment intéresse de ne pas se démotiver. « Bien au contraire ! »
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