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Crédit photo : (Paul Delort/ Le Figaro)
 

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Premier emploi
Paroles d’étudiants : ils ont été télémarketeur, baby-sitter, hôtesse
Le temps des jobs

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Propos recueillis par Céline Fontana, 27 novembre 2006
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Après les intenses années de prépa, la vie étudiante offre souvent un grand sentiment de liberté. Du temps qui, hélas, questions bassement matérielles oblige, est souvent monopolisé par un petit boulot. Parmi les secteurs qui embauchent le plus, le télémarketing, la restauration rapide, le baby-sitting, le soutien scolaire ou les emplois d’hôtesse tiennent le haut du pavé. Et, même si la plupart du temps les choses se passent bien, les jeunes recrues se souviennent plus facilement des anecdotes et « coups durs ».

TELEMARKETING. Elodie, 23 ans, étudiante en master 1 de sciences po à Saint-Quentin-en-Yvelines : « Il m’est souvent arrivé d’aller aux toilettes pour pleurer, c’était assez dur psychologiquement. » « Le télémarketing a été ma pire expérience professionnelle ! J’avais trouvé une annonce dans un journal gratuit des Yvelines. Il s’agissait d’une société à proximité de la fac. Mon travail a duré deux mois et demi à temps complet, entre la fin de mes vacances et la reprise des cours. Il y a beaucoup d’étudiants dans ce type de job car on peut commencer du jour au lendemain, mais aussi des jeunes sans qualification qui galèrent, parfois avec un enfant…

Je contactais des particuliers. Le but du jeu était de les arnaquer pour les amener à se rendre en magasin. Il y avait un texte préétabli à dire avec une toute petite voix : « Je m’appelle Julie Robin – nous nous appelions toutes Julie Robin ! –, je vous appelle de tel magasin pour vous dire que vous avez gagné… » Il s’agissait de prétextes bidons, les cadeaux étaient plus ou moins fictifs, nous devions éliminer les handicapés… On racontait n’importe quoi ! Par ailleurs, il fallait faire du chiffre avec des méthodes complètement aléatoires. La société comptait le nombre de refus par heure, on nous mettait la pression, on nous écoutait pendant que l’on était au téléphone et, si les résultats n’étaient pas bons, on nous faisait travailler debout, il ne fallait pas regarder par la fenêtre… On m’a fait venir un jour férié puis demandé de rentrer chez moi au bout d’une heure car je n’arrivais à joindre personne… C’était tyrannique et absurde. Ils ne respectaient pas les gens : il m’est souvent arrivé d’aller aux toilettes pour pleurer, c’était assez dur psychologiquement.

Au bout d’un mois je me suis opposée à ce système. J’ai été convoquée par le patron et je lui ai expliqué que je trouvais tout ça malhonnête. Il m’a virée de son bureau en me traitant de communiste ! En revanche, ce n’était pas mal payé : le smic plus des primes qui pouvaient atteindre jusqu’à 100 euros. Si j’avais travaillé pour SFR ou d’autres groupes sérieux, les choses auraient certainement été différentes. Mais, depuis, je préfère faire de l’animation dans les supermarchés. C’est souple, parfait pour un étudiant. »

BABY-SITTING. Léa, 19 ans, en deuxième année de Sciences po Paris : « J’abordais des gens dans la rue : ça me permettait des cibler des familles paraissant sympathiques. » « J’ai commencé à travailler alors que j’étais mineure, j’ai donc fait des boulots accessibles à des gens de mon âge. J’ai commencé par mon entourage puis grâce à de petites annonces dans mon quartier. Beaucoup de gens ont demandé à me rencontrer. J’ai, depuis, des fidèles. Mais j’abordais également des gens dans la rue : ça me permettait des cibler des familles paraissant sympathiques, avec beaucoup d’enfants. Mes proches me disaient que j’étais folle mais la démarche plaisait ! Je travaillais surtout en soirée, le week-end aussi mais l’on est parfois obligé de dire non lorsque l’on a envie de sortir soi-même.

J’ai toujours agi seule. L’idée d’appartenir à une agence ne m’a pas effleurée. Je préférais ne pas avoir d’intermédiaires, d’autant que certains donnent spontanément plus que ce que l’on a demandé. Mes tarifs étaient de sept euros de l’heure pour un enfant. Ils variaient selon la quantité de travail (si le bain et le repas sont pris…), le nombre d’enfants… Ce n’est pas énorme car en principe les agences demandent le smic, le retour payé… Mais j’ai presque toujours travaillé à côté de chez moi.

On accroche plus avec certains enfants, d’autres on les couche au plus vite. Il ne s’est jamais rien passé de catastrophique mais, chaque fois que je vais à la crèche, on me prend pour la mère : « Oh, la pauvre, si jeune… » »

HOTESSE. Clara, 23 ans, MS Medias à l’ESCP-EAP : « C’est l’un des rares jobs où l’on peut dire « Non, je ne peux pas » et où les gens continuent à vous rappeler. » « J’avais une amie hôtesse. J’aimais le principe de missions ponctuelles. C’est l’un des rares jobs où l’on peut dire « Non, je ne peux pas » et où les gens continuent à vous rappeler. A mes débuts, je me suis inscrite dans une grande agence d’hôtesses. Dès mes premiers salons, j’ai été débauchée par une autre agence en train de se créer. J’ai finalement travaillé uniquement pour eux : je trouvais plus sympa d’avoir affaire à une petite structure où l’on nous appelle par notre prénom…

C’est plus ou moins bien payé : nous avons le smic horaire mais, par exemple, il n’y a pas de tarif de nuit et les soirées se terminent souvent tard. J’ai fait des salons, des soirées privées, des avant-premières. Il n’est pas toujours facile de rester debout toute la journée mais nous sommes très solidaires entre filles : nous sommes dans la même galère et ça se passe bien. Parfois, ça me donne même la pêche. Je rencontre rarement des garçons : ils sont moins sollicités et, généralement, on les cantonne au parking !

95 % des missions se passent bien. Sauf, il y a quelques mois, pour la finale de la Ligue des Champions au Stade de France. Je trouvais ça trop bien de pouvoir voir le match de foot. Nous étions dans le Champion village, une énorme tente avec des espaces restauration pour les différentes sociétés. Juste quand le match commençait, le client nous a donné une adresse de cantine pour dîner à l’autre bout de Saint-Denis. Nous étions en petit tailleur et avons mis une heure trente pour trouver, en nous faisant embêter en ville, notamment par des supporters ivres. En plus, nous avons pris la pluie au retour et sommes arrivées trempées. Nous n’étions que trois hôtesses, je pense que le client aurait pu nous faire dîner sur place ! Sinon, récemment, j’ai fait un casting : on m’a refusée car le client ne voulait que des blondes… »

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