DOSSIER : Référendum
Débat Six élèves de l'ESCP-EAP, l'X et Sciences po s'expriment sur le «traité établissant une Constitution pour l'Europe»
Ils sont étudiants, ils ont fait leur choix, et vous ?
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La rédaction, 19 avril 2005
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Vendredi 15 avril, Le Figaro Etudiant a organisé un débat sur la Constitution européenne avec six étudiants de trois écoles : Polytechnique, l'ESCP-EAP et Sciences Po avec, pour chacune, des partisans des deux camps. Au lendemain de l'intervention télévisée du chef de l'Etat sur TF1 face à 80 jeunes, ces six étudiants invités au journal ont tous jugé que la prestation de Jacques Chirac n'était pas convaincante.Selon un sondage Ipsos-Le Figaro-Europe 1 publié la semaine dernière, près de 30% des 18-29 ans n'ont pas encore fait leur choix définitif et 52% des jeunes Français pencheraient pour un rejet de la Constitution européenne. NB : il est bien évident que ces points de vue n'engagent pas les écoles ni l'université.
Non !
Flavien Bonneville, 21 ans, 1reannée ESCP-EAP.
«Je n'aime pas l'Europe politique qui nous est proposée. Je suis pour une coopération entre des États-nations. L'Europe économique telle qu'elle a été construite depuis 1957 ? Pourquoi pas à partir du moment que l'on reconnaît que le marché et la concurrence oeuvrent dans l'intérêt général des nations.
A propos des moeurs, je trouve également cette Constitution trop libérale, notamment sur l'homosexualité. Par ailleurs, je pense que la France a encore son mot à dire sur la scène internationale. Je n'ai pas envie de voir la politique étrangère confiée à un seul homme représentant 25 pays. C'est figer toutes les possibilités d'actions pour les États. Il est en effet précisé que les États ne doivent pas aller dans le sens opposé à l'intérêt de l'Union. De plus, à force de chercher des compromis entre les différents États, on en vient toujours au plus petit dénominateur commun et, dans ce cas, rien ne peut aboutir. Il vaut donc mieux laisser des structures flexibles.»
Non !
François Durvye, 21 ans, 2eannée à Polytechnique.
«Je suis assez d'accord avec Flavien. J'aurais voté non à toute Constitution car je crois à la nation. Je pense que la nation, c'est l'espace et la communauté idéale pour qu'un groupe de personnes évoluent ensemble. C'est une question de langue, de territoire...
La volonté de construire une démocratie européenne est un vrai argument des partisans du oui. Mais est-ce vraiment possible au niveau européen ? Une des bases d'une démocratie, c'est le débat. Les Européens ont donc un problème de langue malgré les traductions. On est toujours plus sensible à quelqu'un qui s'exprime dans sa langue maternelle. De ce fait, l'Europe risque d'être une démocratie élitiste, la démocratie de ceux qui parlent anglais (ou français dans d'autres pays). Aujourd'hui, en France, les gens parlent variablement bien le français et invariablement mal l'anglais. La démocratie européenne sera très différente de la démocratie que nous connaissons.
Ensuite, j'ai des oppositions de principe sur le texte. Il y a un mensonge sur l'idée de puissance internationale car on ne sera pas si indépendant que cela. C'est faux de dire que cela sera une alternative à l'Europe atlantiste.»
Oui !
Teymouraz Gorjestani, 23 ans, diplômé juin 2004 Sciences po Paris.
«Oui par conviction car je crois en l'Europe. L'Europe est aujourd'hui une réussite interne car, au sein même des Etats membres de l'Union européenne, elle établit la paix et la prospérité, deux choses qui n'étaient absolument pas données au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est aussi une réussite externe car l'Europe est la seule construction politique novatrice que tous les États qui l'entourent veulent rejoindre. La France voudrait arrêter ce processus au moment même où d'autres pays comme l'Ukraine ou la Turquie veulent rejoindre l'Europe ! La volonté d'État d'avancer ensemble autour de compromis a été le moteur de cette construction européenne.
Aujourd'hui, quel est le nouveau but de l'Union européenne ? Établir une Europe politique qui puisse être plus démocratique pour refléter l'opinion de ses citoyens au sein d'une instance européenne et devenir un acteur plus écouté sur la scène mondiale. Les États membres sont arrivés à un compromis, conformément à la tradition européenne en se concertant, en négociant et en trouvant un dénominateur commun qui n'est pas exactement conforme à nos souhaits mais proche. Au vu de la réussite de l'Europe dans le passé, je ne vois pas pourquoi on ne lui donnerait pas le bénéfice du doute.»
Non !
Timour Veyri, 23 ans, 5eannée Sciences po Paris.
«Nous avons encore la possibilité de refuser le piège dans lequel on essaie de nous enfermer. L'Europe politique est inexistante. Il faut que l'Europe se donne les moyens de ses ambitions. Or la Constitution ne permet pas du tout l'éclosion d'une société ouverte, solidaire, assurant le bien-être de tous, qui était à la base le rêve partagé par les démocrates-chrétiens et les socialistes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. De plus, cette Constitution fige un rapport de forces qui ne laisse pas la porte ouverte à un avenir autre que celui du marché, sous le parapluie atlantiste.»
Oui ?
Victoria Chanial, 23 ans, MS média à l'ESCP-EAP.
«Par idéalisme, j'avais l'intention de voter oui, parce que je suis européenne et que je trouve qu'il s'agit d'une avancée. Le problème, c'est qu'en lisant le traité, je m'interroge sur plusieurs points. Et tous les gens autour de moi qui l'ont lu commencent à vraiment douter de leur vote. Aujourd'hui, je ne peux sincèrement pas dire que je voterai oui.»
Oui !
Emmanuel de Straschnov, 22 ans, en 2eannée à Polytechnique.
«Oui, à peu près pour les mêmes raisons que Teymouraz. Cette Constitution donne une règle du jeu, une règle de fonctionnement de l'Union européenne. Cela existait avant mais de manière moins efficace. Cette Constitution est peut-être un peu rigide pour certains mais elle permettra aux institutions de mieux fonctionner. Elle n'est évidemment pas parfaite mais faut-il pour autant tout rejeter en bloc ? Je n'en suis pas sûr. Le non serait dommage pour la France à l'échelle européenne et donc pour l'Europe par voie de conséquence.»
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