Référendum
Les politiques en campagne dans les universités et grandes écoles
Les étudiants, coeur de cible
...................................................
Maïté Sélignan , 17 mai 2005
...................................................
Nous débutons aujourd'hui une série consacrée à la constitution européenne. Chaque jour, jusqu'au référendum, le Figaro Etudiant vous apportera un éclairage différent : tribunes de présidents d'université (Gilbert Béréziat pour Jussieu...), regards de syndicats étudiants...
Nicolas Sarkozy à Audencia, mercredi 6 avril, 16 h 30.
Emeute devant le grand amphi d'Audencia, l'école de commerce de Nantes. 800 étudiants (sur les 850 que compte le campus d'Audencia) se battent pour assister, de préférence assis, à la conférence de Nicolas Sarkozy sur le thème «Quelle Europe pour notre génération ?». Les étudiants sont unanimes : qu'un politique se déplace pour les informer sur la constitution, c'est important. «Je me sens concerné mais sans vraiment m'investir», explique Vincent, en deuxième année. Bénédicte, 21 ans, fait aussi la queue devant l'amphi : «C'est intéressant d'avoir le point de vue de quelqu'un de bien placé. Et puis, c'est une personnalité que nous n'aurons pas l'occasion de voir souvent.» Seul Marc, 23 ans, traîne dans les couloirs. Lui n'ira pas à la conférence : «J'ai mon opinion sur la constitution. Beaucoup d'étudiants y vont pour voir à quoi il ressemble. En plus, je pense qu'il est en campagne pour beaucoup de choses.»
Lorsque Nicolas Sarkozy fait son entrée, la salle est debout. Il annonce qu'il entame une tournée des écoles et des universités. Puis se concentre sur le sujet. Il choisit de développer quatre points : voter la constitution pour une Europe qui se défendra mieux, une Europe plus efficace, une Europe plus démocratique et, enfin, plus humaine. Il quitte la salle en glissant une anecdote sur l'ancien directeur de l'école, Aïssa Dermouche, qu'il a appelé comme préfet lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. Selon le président de l'UMP, il aurait eu du mal à se résoudre à quitter l'école. La salle, déjà acquise à sa cause, repart enchantée.
A la sortie, tout le monde est ravi ou presque. Des étudiants en sociologie, venus de la faculté voisine, ont suivi la conférence en vidéoprojection : «Audencia n'est pas représentatif des étudiants de Nantes. J'ai l'impression qu'on ne nous a pas permis de rentrer dans cet amphi. Nous n'avons pas la tête de l'emploi», explique Céline, 20 ans, cigarette roulée aux lèvres. Lucie, qui l'accompagne, ajoute : «Il sait très bien s'y prendre mais il ne m'a pas convaincue. On lui parle de l'environnement, il répond énergie nucléaire ! Et il n'a pas cité un seul article de la constitution...» lance-t-elle. Un peu plus loin, Arnaud, en master à Audencia, est tout feu tout flamme : «C'est un grand de la scène politique. C'est important que ce soit lui qui fasse passer ce message-là.»
Ségolène Royal à Dauphine, mardi 12 avril à 17 h 15.
La salle Raymond-Aron est ouverte à un débat avec Ségolène Royal, invitée de l'association Dauphine discussion débat. Devant la salle, les étudiants attendent de pied ferme les arguments de la présidente de la région Poitou-Charentes sur la constitution. Fabien, 20 ans, est un habitué des conférences de l'association : «J'aime avoir les visions de chacun. La dernière fois, j'ai vu Laurent Fabius : c'est un personnage, il pourrait se présenter à la présidentielle. Mais il n'a pas réussi à me convaincre, je vais voter oui.» Gaëlle, 22 ans, encartée à l'UMP, est venue par curiosité, pour connaître les arguments, de «l'autre bord».
Une fois Ségolène Royal arrivée, une petite centaine de personnes entre dans la salle. Et là, surprise, le responsable de l'association présente les thèmes qui seront abordés dans l'heure qui suit : la décentralisation et la place du PS sur l'échiquier politique. Ségolène Royal se lance sur le sujet avec conviction mais la salle se vide petit à petit : les étudiants n'étaient pas venus pour ça. Au final, la question européenne ne sera évoquée qu'un petit quart d'heure. Interrogé le lendemain sur la raison du choix des sujets du débat, un responsable de l'association confie : «Je n'avais pas choisi la constitution comme thème car je n'avais pas trouvé Mme Royal très convaincante sur le sujet à la télévision. Et puis, ça changeait un peu des thèmes actuels. Une présidente de région, nous n'en avions jamais reçu ici.»
Dominique Perben à Assas, mercredi 20 avril, 19 heures.
A l'entrée, les participants sont soigneusement contrôlés : il faut avoir une carte d'étudiant ou être inscrit sur une liste pour accéder à la conférence. Plus de 1 800 personnes attendent le garde des Sceaux. Dominique Perben commence par rappeler qu'il a lui-même été étudiant à Assas. Il poursuit avec une courte présentation de ses arguments, axée sur le droit et la justice. L'auditoire apprécie visiblement qu'il aborde la question sous un angle qui intéresse les étudiants en droit. Très vite, les questions fusent : quel pouvoir aura le ministre des Affaires étrangères ? Quelle place sera laissée à la liberté de culte ? Quelles seront les conséquences à long terme d'un non ? Au final, les étudiants de la faculté de droit sont plutôt contents que Dominique Perben soit venu «mouiller la chemise» devant eux mais à 20 h 30 passées, ils ne s'éternisent pas devant l'université pour poursuivre le débat...
Nicolas Sarkozy à l'ESCP-EAP, lundi 25 avril, 17 heures.
Nicolas Sarkozy poursuit sa tournée des grandes écoles en s'arrêtant à l'ESCP-EAP. Là encore, il s'adresse à un public déjà convaincu. Selon un sondage organisé par les étudiants, 85% d'entre eux voteront oui le 29 mai. Mais cette fois, l'auditoire est plus restreint : l'amphithéâtre ne compte que 400 places. C'est l'association Tribunes qui invite le président de l'UMP. Ils se sont fait aider pour l'occasion par les jeunes populaires de l'UMP. Un étudiant dresse le portrait de l'invité, avant de passer aux questions. L'importance de l'Otan dans la constitution, l'insécurité, le libéralisme du texte, tout est passé au crible. Le débat se termine sur l'intervention d'un étudiant qui se dit déçu par les politiques, qui défendent mal le oui. Les étudiants acquiescent.
A la sortie, Grégoire, 20 ans, est plutôt satisfait de la performance : «On reconnaît l'avocat dans ses propos. Il y a deux semaines, Tribunes a reçu Arnaud Montebourg et ils ont tous les deux la même tendance aux grands mots.» Marion, Aurélie, Laure, Rym et Alexandre sont plus sceptiques. S'ils voteront tous oui, le discours ne leur a pas forcément plu : «Nous nous attendions à plus de contenu : il n'a pas pris en compte le fait que nous sommes un public informé. Il a dit pourquoi ne pas voter non, mais pas pourquoi voter oui.»
Daniel Cohn-Bendit, Michel Barnier et Miguel Moratinos (ministre espagnol des Affaires étrangères) à la Sorbonne, le jeudi 9 mai à 18 heures.
En arrivant, Daniel Cohn-Bendit est plein d'espoir : «40% des gens ne savent pas pour qui ils vont voter», dit-il aux journalistes, dans le hall. Dans les couloirs aussi, les étudiants attendent beaucoup du débat. Emily et Sabine sont trois étudiantes allemandes qui voteraient «oui» si la voie référendaire leur était proposée (en Allemagne, le Bundesrat votera avant l'été, NDLR). Pour elles, Cohn-Bendit «représente l'Europe». Selon ces étudiantes, âgées de 21 à 24 ans, «l'Union européenne devient plus politique, plus compréhensible avec cette constitution. Cette dernière est plus efficace que les autres traités».
La salle est petite pour un débat de cette ampleur. Un peu plus de 300 personnes y tiennent assises. Ce jour-là, les intervenants ne se frottent pas à un public convaincu. Les jeunes s'inquiètent du peu de budget alloué aux projets économiques à long terme, de la mort du fédéralisme, due à l'élargissement, du prix à payer pour donner une entité politique à l'Europe, de la politique d'immigration, de la politique étrangère commune. La question d'une étudiante, regrettant que l'université n'autorise pas les débats pour le non fait murmurer la salle. Michel Barnier et Daniel Cohn-Bendit s'en indignent aussi et insistent pour que ce débat ait lieu. A la sortie, Sabrina, 23 ans, a trouvé la rencontre très enrichissante : «En entrant, j'étais indécise, mais je penchais plutôt pour le non. J'ai été sensible à leurs arguments, mais je vais aller à un meeting pour le non avant de me décider.»
Lire aussi page 25.
Réagir dans le Forum
- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix
..........................