Référendum
Gilbert Béréziat, président de l'université Pierre-et-Marie-Curie, se prononce pour le oui
«On ne passe pas sa mauvaise humeur sur le gouvernement en répondant non !»
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Propos recueillis par Caroline Beyer , 18 mai 2005
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Suite de notre série consacrée à la Constitution européenne. Chaque jour, jusqu'au référendum, LeFigaro étudiant vous apportera un éclairage différent : tribunes de présidents d'université, regards de syndicats étudiants... Demain, François Gaudu, directeur de l'UFR Etudes juridiques générales de Paris I Panthéon-Sorbonne, s'exprimera en faveur du non.
«Je me prononce pour le oui en tant que citoyen. Il se trouve par ailleurs que je suis président d'université...
« Le camp du non est un amalgame de positions tellement contradictoires que l'on assiste à des scènes assez ubuesques à la télévision. Vous ne me ferez pas croire qu'un attelage Marie-George Buffet-Laurent Fabius va nous mener très loin !
« Je n'ai pas besoin de démontrer que je suis plutôt de gauche. Et, selon moi, penser qu'il sera possible de renégocier un texte plus à gauche que le texte actuel, laborieusement élaboré il y a maintenant un an, c'est ne rien connaître à la situation géopolitique européenne ! En outre, voter non, c'est faire plaisir aux Anglais ! Nous n'avons donc pas vraiment d'autres choix.
« Cela étant dit, cette Constitution contient des éléments positifs, témoignant d'une certaine ouverture d'esprit : la collusion des anciens traités, le fait que l'on reconnaisse pour la première fois dans un texte européen des droits sociaux, la notion de service public, de protection sociale, Même si cette reconnaissance reste du domaine de la loi. Naturellement, ce n'est peut-être pas tout à fait ce que souhaite la gauche française, mais ce n'est pas non plus ce que souhaite la droite dure française. Mais comment peut-on, sur un problème tel que l'Europe, ne pas avoir un texte de compromis ?
« Globalement, je ne dis pas que ce texte m'enthousiasme. Mais, si les progrès sont insuffisants en matière sociale, ils sont par contre bien réels en termes de démocratie. En effet, le traité instaure un contrôle démocratique puisque, pour la première fois, le Parlement européen pourra légiférer au lieu d'élaborer des textes dans le secret des arcades de Bruxelles.
« Si je prends le domaine qui me concerne, celui de l'éducation, je dirais qu'il est absolument nécessaire d'avoir une instance européenne d'enseignement supérieur et de la recherche. Dans le domaine des biotechnologies, par exemple : aucun pays d'Europe ne peut à lui seul lancer une véritable industrie du monde des biotechnologies ! Il faudra bien que de grands programmes européens soient mis en place.
« Les Français sont-ils suffisamment informés sur ce traité établissant une Constitution pour l'Europe ? Peut-être pas... Mais la question est plutôt : pourquoi y a-t-il aussi peu de Français dans les partis politiques ? Ce genre de situation donne lieu de temps en temps à des comportements irrationnels.
« J'ai bien peur que la campagne sur l'Europe ne dérape un peu, parce que, comme d'habitude en France, on fonctionne beaucoup à coups d'invectives au lieu d'exprimer des propos raisonnés.
« Pour un certain nombre de personnes, le débat consiste à dire que ce sera pire pour la France si elle entre dans le dispositif européen. L'argument de M. Fabius reprenant le smic polonais est une honte ! Il faut essayer de porter les peuples qui ont rejoint l'Europe, ou alors, il ne fallait pas leur permettre d'intégrer l'Union européenne ! Je trouve assez incroyable que l'on ne puisse pas considérer qu'il est du devoir des pays «les plus riches» d'aider les pays en décalage social de rejoindre la moyenne ou même le haut de l'Europe. Là-dessus, je pense que le bénéfice surviendra tôt ou tard.
« Je respecte les partisans du non. Mais ce qui est embêtant dans cette affaire, et je vais le dire franchement, c'est que le gouvernement n'est pas tout à fait à la hauteur... Il y a un non de mauvaise humeur qui pèse lourd. Mais il faut quand même que les gens comprennent qu'on ne passe pas sa mauvaise humeur sur le gouvernement actuel en répondant non à une question qui n'a rien à voir avec ce gouvernement. C'est important de le dire.»
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