Vous êtes ici : Dossiers Spéciaux - Référendum
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
(Photo F. Bouchon/Le Figaro.)
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Référendum
François Gaudu, professeur de droit à Paris-I, se prononce pour le non
«C'est la fin de la souveraineté populaire»

...................................................
Propos recueillis par Anne Jouan , 19 mai 2005
...................................................

Suite de notre série consacrée à la Constitution européenne. Chaque jour, jusqu'au référendum, LeFigaro étudiant vous apporte un éclairage différent : tribunes de présidents d'université, regards de syndicats étudiants... Professeur agrégé de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, François Gaudu est directeur de l'UFR études juridiques générales et secrétaire de l'association Vive la République, dont le but est d'«agir pour restaurer dans la vie publique française les valeurs et principes de la République, de démocratie et d'égalité et de progrès social, de laïcité». C'est un proche de Jean-Pierre Chevènement.

«Pour justifier le oui, deux arguments s'opposent :

– selon le premier, l'Europe sociale passe par le oui ;

– pour le second, comme l'a dit Nicolas Sarkozy le 16 mai, le modèle social français est dépassé ; l'Europe sera «un formidable levier» pour le remettre en cause.

Le second argument, plus franc, confirme une analyse des partisans du non : l'harmonisation sociale de l'Europe est impossible car elle réclame l'unanimité des Vingt-Cinq, et certains pays n'en voudront pas. Le traité constitutionnel met en concurrence les législations nationales. Il ne reste aux pays comme la France ou l'Allemagne qu'à déréglementer. Quel aveu de faiblesse, pour réformer son propre pays, que de s'en remettre à un processus imposé de l'extérieur !

Certains de mes étudiants pensent qu'ils sont dans le camp des gagnants, et raisonnent comme Nicolas Sarkozy. Parmi eux, il y a aussi des socialistes... Je partage avec eux l'aspiration à l'ouverture internationale des études, de la recherche et des carrières. L'ouverture sur le monde donne des opportunités nouvelles. Elle se poursuivra, quel que soit le résultat du référendum, parce que la mondialisation est un fait.

Mais la stratégie qui consiste à utiliser l'Europe pour contraindre les peuples n'est pas sans risques, d'abord celui de susciter leur ressentiment.

Le contournement de la volonté populaire par l'extérieur est pratiqué par tous les gouvernements depuis plus de vingt ans. C'est une cause directe de l'échec commun (36% à eux deux) de Jacques Chirac et de Lionel Jospin au premier tour de 2002.

Le Parlement européen ne peut pas être un vrai Parlement, parce que les Vingt-Cinq ne sont pas un «peuple politique», où chacun accepte d'être mis en minorité par tous les autres. L'Union sera donc gouvernée par une oligarchie : technocratie de la Commission, qui a seule l'initiative des lois ; cour de justice, qui a le monopole de l'interprétation et échappe au contrôle du Parlement. C'est la fin de la souveraineté populaire – le mot n'apparaît pas dans le traité.

Le deuxième risque est celui de la stagnation économique.

La Constitution consacre l'ouverture de l'Europe au marché mondial. La stabilité monétaire est le but quasi exclusif de la Banque centrale. Avec l'Euro fort, des pans entiers de notre industrie vont s'effondrer. Bronislaw Geremek explique que les choses s'arrangeront à la longue. Les Etats de l'Est rattraperont... Il faudrait accepter un tassement provisoire du niveau de vie à l'Ouest. Mais les emplois perdus par la France et ses voisins risquent de se délocaliser, non pas à l'Est, mais au Sud. C'est l'hypothèse loose-loose, celle de la «latinaméricanisation» de l'Europe : la remise en cause du modèle social de l'Europe de l'Ouest aggrave les effets de la mondialisation. La baisse du niveau de vie, que ne compense pas une croissance accrue à l'Est, engendre la baisse du niveau de vie.

Pour les jeunes Français, l'avenir est en Europe, pas ailleurs. Si l'Europe des Vingt-Cinq stagne comme l'Allemagne après sa réunification, les «gagnants» eux-mêmes seront perdants. Ils ont donc eux aussi intérêt à la renégociation des aspects économiques du traité.

Le troisième risque est celui de l'impuissance. Nous vivons une période de transition exaltante et redoutable. Sortant des impasses du XXe siècle, le monde sera dans sa majorité «développé» d'ici à vingt ans. Mais l'essor de la rivalité entre une jeune nation ambitieuse et une superpuissance irrationnelle, la Chine et les USA, en devient prévisible. N'est-ce pas le rôle des vieilles nations, comme la France et l'Allemagne, de faire apparaître un «troisième joueur» ? Comment jouer ce rôle, si l'on est englué dans l'Europe des Vingt-Cinq, dont la majorité des membres nous ont condamnés au moment de la crise irakienne et ne voient de salut que dans l'Otan ?

La France a encore un rôle à jouer. Elle changera, que le oui ou le non l'emporte, parce que la mondialisation est là. Changera-t-elle contre les Français ou avec eux et en conservant l'esprit de son système ? Notre peuple, cette campagne l'a montré, n'attend qu'une chose, c'est de renouer avec ses élites mais des élites qui le servent au lieu de le considérer comme un boulet. C'est pourquoi Etienne Chouard (NDLR : professeur de droit, d'économie et d'informatique dans un lycée à Marseille, créateur du site http://etienne. chouard.free.fr/Europe/), qui a pris au sérieux son rôle de cadre de la République avec son site Internet, pèsera plus sur le scrutin que toutes les Christine Ockrent de la bourgeoisie de gauche. Puisse la nouvelle génération voter non et assumer son rôle d'encadrement».

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Liens Sponsorisés