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Bruno Julliard, de l'Unef, pour le non et Olivier Vial, de l'Uni, pour le oui.
Crédit photo : (DR.)
 

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Référendum
Le choix des deux principaux syndicats étudiants
Uni : oui, Unef : non

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Propos recueillis par Agnès Leclair et Anne Jouan , 24 mai 2005
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Suite de notre série consacrée à la Constitution européenne. Chaque jour, jusqu'au référendum, le Figaro étudiant vous apporte un éclairage différent : journal des politiques en campagne dans les facs et les écoles, tribunes de président d'universités... Cet article, annoncé hier à la une du journal, n'est finalement pas paru pour des raisons techniques.

Bruno Julliard, vice-président de l'Unef, 24 ans, en master de droit à Lyon II : «Il n'était pas évident que nous prenions position. Et ce pour deux raisons : comme de nombreuses organisations, il y avait chez nous des visions opposées sur l'analyse du traité ; et nous nous sommes demandés si un syndicat avait vocation à prendre position sur une telle question. A l'arrivée, le traité ayant des conséquences sur notre activité quotidienne, en l'occurrence l'éducation et l'enseignement supérieur, nous avons décidé de prendre position. De plus, en tant que jeunes, l'Europe se construit en notre nom. Très souvent, les arguments des deux camps notent qu'il est important de construire l'Europe de demain, celle qui nous concernera.

Enfin, à plus de 90%, le collectif national de l'Unef (soit l'ensemble des instances nationales ainsi que les présidents de nos sections locales, à savoir 350 personnes) s'est prononcé pour le rejet du traité. A la différence d'autres organisations syndicales étudiantes, nous ne nous positionnons absolument pas par rapport à un parti politique. La décision a été prise en interne.

Les raisons de notre choix :

– nous n'allons pas voter sur une Constitution mais sur l'institutionnalisation d'une politique de l'union dans un texte qui va graver dans le marbre ses orientations. Nous souhaiterions que la Constitution fixe seulement un cadre. On nous enlève la possibilité de donner un cours différent aux politiques menées par l'Union européenne ;

– la partie 3 explique que la règle économique qui devra primer (ce qui est effectivement déjà le cas aujourd'hui mais nous souhaitons changer ce point) est la libre concurrence. Nous ne sommes pas d'accord. Cette Constitution aura une valeur supérieure aux autres traités. Nous voulons être maîtres demain des politiques qui seront menées en Europe ;

– en tant que pro-européens, nous souhaitons une Europe sociale. Cette Constitution interdit la convergence sociale ;

– à propos de l'enseignement supérieur, on ne peut pas dissocier l'ensemble des politiques économiques définies par le traité des deux articles qui traitent de ce sujet. L'enseignement supérieur sera l'un des premiers services publics qui sera mis en concurrence. Il y a un danger de privatisation. De plus, la charte des droits fondamentaux n'a aucune valeur contraignante.

Dans cette campagne, nous organisons des débats contradictoires (nous invitons des universitaires plutôt que des hommes politiques : à Paris II, par exemple, Olivier Duhamel et Jacques Généreux ont été invités), nous faisons des meetings et diffusons des tracts (300 000 exemplaires ont été tirés)».

Olivier Vial, délégué national de l'Uni, doctorant en sciences de l'information à Paris II, 28 ans :

«Le débat sur le traité constitutionnel est un débat majeur et il nous semblait important de prendre position très clairement. Nous avons naturellement pris parti pour le oui.

Les raisons de notre choix :

– nous avons régulièrement de nombreuses discussions avec nos partenaires européens, nous sommes membres et vice-président de l'EDS (European Democrat Students) rassemblant 40 associations étudiantes de 38 pays. Avec eux, nous avons beaucoup travaillé sur l'élargissement de l'Europe et ses conséquences. Avec l'Europe à vingt-cinq, il faut absolument de nouvelles règles communes afin de mieux fonctionner ;

– nous souhaitons une véritable simplification des mécanismes de prise de décision. Il est vital pour le fonctionnement de l'Union – afin de ne pas sombrer dans la paralysie ou dans un régime trop technocratique – d'avoir des règles politiques plus claires et plus transparentes ;

– cette Constitution nous convient car elle renforce le pouvoir des Parlements, nationaux et européen, ainsi que le poids du Conseil. Ce texte nous renforce en tant que mouvement associatif et syndical : avec de vrais interlocuteurs, nous pourrons discuter certaines décisions ou en proposer. Auparavant, il était souvent vain de frapper à la porte de certaines administrations ;

– en matière d'enseignement supérieur, nous n'attendons pas tout de la Constitution : l'enseignement doit rester une compétence nationale. L'Union européenne va pouvoir développer des programmes et des stratégies dans les domaines de l'enseignement supérieur et de la recherche. C'est déjà le cas, notamment avec la stratégie de Lisbonne, le processus de Bologne, et dans une certaine mesure avec le Pacte européen de la jeunesse. De tels programmes ne pourraient pas fonctionner correctement à vingt-cinq avec l'ancienne règle de l'unanimité et un simple guidage technique et administratif. On pourra ainsi avoir des coopérations renforcées sur certains sujets, comme le pacte européen de la jeunesse d'abord signé par quelques pays très volontaires sur ce thème qui pourra être élargi à d'autres.

Nous avons lancé depuis début avril les collectifs étudiants pour le oui. Aujourd'hui, il en existe quelque 170 dans les écoles et les universités. Cela se traduit par un site Internet où l'on retrouve tous les arguments du oui et ses principaux défenseurs. C'est un espace où l'on peut suivre la campagne au jour le jour. Nous avons également lancé le journal des étudiants pour le oui, diffusé à 300 000 exemplaires dans les universités. On y trouve entre autres des entretiens avec des personnalités telles que François Fillon sur l'espace européen d'enseignement supérieur et de la recherche. Depuis le 18 mai, nous avons mis en place une campagne clin d'oeil à Star Wars, diffusée à 150 000 exemplaires. Bien évidemment, nous avons aussi une grosse campagne d'affichage avec plus de 350 000 affiches.»

Le traité et l'enseignement supérieur
On ne peut pas dire que le traité constitutionnel s'étend sur les questions d'éducation et d'enseignement supérieur. Voici les principaux articles qui abordent ces thèmes :

  • article III- 282 : «L'Union contribue au développement d'une éducation de qualité en encourageant la coopération entre États membres et, si nécessaire, en appuyant et en complétant leur action. Elle respecte pleinement la responsabilité des États membres pour le contenu de l'enseignement et l'organisation du système éducatif ainsi que leur diversité culturelle et linguistique. [...]» ;

  • article III- 315 : «Le Conseil statue également à l'unanimité pour la négociation et la conclusion d'accords [...] : dans le domaine du commerce des services sociaux, d'éducation et de santé, lorsque ces accords risquent de perturber gravement l'organisation de ces services au niveau national et de porter atteinte à la responsabilité des États membres pour la fourniture de ces services.» ;

  • article 74 de la charte des droits fondamentaux

    – «ce droit (à l'éducation, NDLR) comporte la faculté de suivre gratuitement l'enseignement obligatoire.»

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