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Tous posent un regard critique ou amusé sur cette fameuse «spécificité française».
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Référendum
Le point de vue des étudiants étrangers
«En France, il y a toujours des débats»

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Propos recueillis par Caroline Beyer et Agnès Leclair , 25 mai 2005
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Suite de notre série consacrée à la Constitution européenne. Chaque jour, jusqu'au référendum, Le Figaro étudiant vous apporte un éclairage différent : journal des politiques en campagne dans les facs et les écoles, tribunes de président d'université, points de vue des syndicats étudiants... Ils sont en échange ou ont choisi de faire leurs études chez nous. Et ils ont la chance de vivre le débat suscité en France par le projet de Constitution. Ceux dont le pays d'origine se prononce par la voie parlementaire saluent l'existence d'un débat. Mais tous posent un regard critique ou amusé sur cette fameuse «spécificité française».

Charline, 27 ans, jeune diplômée belge de l'ESJ (Ecole supérieure de journalisme de Lille). «Pour parler franchement, je trouve le débat français sur la Constitution très symptomatique de l'état d'esprit français. J'ai peur que le matraquage médiatique déforme l'opinion des Français. Ils voient la Constitution à travers le prisme déformant des opinions des personnalités politiques et des artistes engagés. Il vaudrait mieux qu'ils lisent tout simplement le traité ! Je ris avec mes amis étrangers de la Cité internationale, car les Français sont les premiers à dire qu'ils sont le moteur de l'Europe et, dès qu'il faut s'engager, ils prennent peur. Ce sont des râleurs, mais ils ne se déplacent pas pour aller voter. Cela m'ennuie pour l'avenir de l'Europe. En Belgique, le vote est obligatoire. La Constitution a été ratifiée par le Parlement, mais, au moins, c'est un Parlement pour lequel nous avons tous voté.»

Bodo, 25 ans, étudiant allemand, en dernière année à Sciences po Paris. «A Sciences po, pas une seule pause où l'on ne parle de l'Europe. Il y a en France un débat. C'est une bonne chose dans la mesure où les gens sont bien informés... Mais je déplore le déficit d'informations qui permet à certains de dire des contre-vérités. Il est dramatique que des gens, notamment dans le camp du non, racontent des mensonges qui pourraient susciter chez les Français l'espoir de pouvoir renégocier le traité. Si je pouvais le faire, je dirais oui ! L'adoption du traité constitutionnel permettra à l'Europe de se doter de structures pouvant répondre au défi de la mondialisation.»

David, 21 ans, étudiant espagnol, en échange Erasmus en 2e année de Sciences po. «Le débat est beaucoup plus riche en France qu'il ne l'a été en Espagne. Nous avons voté sans vraiment connaître le sujet. Le parti socialiste et le parti populaire étaient pour, malgré quelques voix dissidentes. Je pense que les Espagnols ont dit oui à la Constitution car notre pays n'a connu que des améliorations depuis son entrée dans l'Union européenne. Nous aurions manqué de reconnaissance en votant non.

A Sciences po, les étudiants se passionnent pour ce référendum. Cela dit, je n'arrive pas à comprendre le refus de certaines personnes, notamment au Parti socialiste. Il faut qu'il y ait une certaine cohésion en Europe. Le traité constitutionnel a l'avantage de regrouper les précédents traités et de faire le point. L'Union européenne y gagnera en transparence. En France, les opposants au texte trouvent que cette Constitution n'est pas assez sociale, mais, pourtant, on ne peut pas dire qu'elle est de droite ou de gauche. De plus, l'Union européenne a besoin d'une Constitution pour faire face à la concurrence des pays émergents tels que la Chine.»

Sabine, 21 ans, étudiante autrichienne à l'Isi en 3e année. «En France, il y a toujours des débats. Le problème, c'est que les Français disent toujours non. Ils sont un peu pénibles. En Autriche, c'est le Parlement qui s'est prononcé pour la Constitution européenne. Le référendum a des avantages, car il permet aux gens de mieux s'informer et je doute que les Autrichiens le soient. Mais nous sommes en Europe : il faut être unis ! Si j'avais pu voter, j'aurais dit oui».

Ned, 23 ans, étudiant américain à l'Université américaine de Paris. «Je m'intéresse beaucoup au débat sur le traité constitutionnel européen, même si je suis américain. Le fait que les Français soient si partagés est à mon avis lié au fait qu'ils n'ont pas bien lu cette Constitution. Il faut dire qu'elle est longue et compliquée ! Personnellement, j'ai surtout lu les résumés de ces propositions dans la presse. Si j'étais Français, je voterais oui. C'est incroyable de penser que l'Europe était en guerre il y a 70 ans et qu'il existe aujourd'hui cette union économique et politique entre 25 pays. En outre, je pense que l'Union européenne a un rôle très important à jouer depuis que les États-Unis ont pris un tournant politique conservateur. L'Europe doit encore plus faire entendre sa voix sur la scène politique internationale. Le monde a besoin d'un équilibre des forces, et l'Europe est une réponse à l'hégémonie américaine.»

Patricia, 22 ans, étudiante espagnole à l'Ipag en échange Erasmus. «J'ai voté oui à la Constitution européenne comme la majorité des Espagnols. En France, les étudiants que j'ai rencontrés ne savent pas très bien ce qu'ils vont voter. Ils ont reçu la Constitution chez eux, mais ne l'ont pas lue en entier et n'arrivent pas à se décider. Le débat est confus. Dans les écoles, des cours et des conférences sont organisés pour parler de la Constitution, mais les jeunes semblent peu mobilisés. J'ai l'impression qu'ils effectuent leur choix avant tout en fonction des partis politiques. En Espagne, c'est très différent, car certaines régions réclament plus d'autonomie, comme la Catalogne. Je pense que les Espagnols ont voté oui afin d'éviter qu'ils deviennent indépendants.»

Mathias, 25 ans, étudiant allemand, en dernière année à Euromed Marseille. «En Allemagne, on ne nous demande pas notre avis. Le référendum est considéré comme une solution extrême. En France, le débat concerne tout le monde et les Français sont informés. J'ai l'impression qu'ils ont peur de perdre leur culture au profit d'une autre européenne. Je ne vois pourtant pas comment la Constitution européenne pourrait changer la Constitution française !

Les Français semblent ne percevoir que les devoirs impliqués par cette Constitution, mais pas les droits. Ils ne réfléchissent pas en termes de bénéfice, mais avec le ventre ! Si je pouvais, je voterais oui. C'est une étape logique dans la construction de l'UE. Si la Chine et l'Inde continuent de progresser, il faut en face une concentration, un effort commun.»

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