Référendum
Une campagne de pub de l'Essec pour le oui
«Un coup de revolver dans le ventre»...
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Caroline Beyer , 26 mai 2005
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Le Monde du mardi 24 mai, page 17 : une pleine page de publicité recto se prononçant pour un «Oui à l'Europe !». Jusque-là rien de surprenant. Mais, lorsque l'annonceur n'est autre qu'une grande école de commerce, il y a de quoi être surpris. Extrait : «L'alliance du Groupe Essec et de l'université de Mannheim nous donne chaque jour raison de dire oui à l'Europe !» Le lendemain, la publicité réapparaît en dernière page d'un supplément du Figaro consacré au référendum du 29 mai.
«J'ai proposé à mon collègue de Mannheim de prendre position dans les journaux, il y a trois à quatre semaines, nous explique Pierre Tapie, directeur général du Groupe Essec. Ce n'est pas l'Essec qui prend position, mais une famille universitaire franco-allemande, engagée sur le long terme dans un avenir commun, un collectif européen affirmant que le oui à l'Europe est un mot d'avenir», insiste-t-il.
«Le traité constitutionnel comporte des éléments absolument fondamentaux, des avancées en particulier sur le plan social, poursuit-il. Il s'agit d'éléments analytiques sur lesquels nous pouvons nous prononcer en tant qu'universitaires.» Il s'agit également d'une nouvelle occasion de mettre en avant le partenariat Essec-Mannheim que certains se plaisent à qualifier avec humilité d'«Airbus de la formation». Le texte explique avec force : «Depuis 2003, le Groupe Essec et l'université de Mannheim, deux leaders européens de l'enseignement supérieur, ont conclu une alliance stratégique afin de développer une Europe académique moderne et compétitive (...). La Constitution européenne s'inscrit dans la continuité de ce projet.»
L'Essec, fidèle à ses habitudes, aime montrer l'exemple. Mais l'institution n'outrepasserait-elle son rôle ? «Si nous faisons quelque chose hors norme, c'est parce que le moment est hors norme», répond Pierre Tapie. Hors norme, certes, car la position engage le groupe, à savoir la direction, mais également les professeurs, les étudiants, les anciens. Cette décision a-t-elle donné lieu à un débat au sein de la communauté Essec ? «Nous en avons parlé dans des petits cercles avec les gens qui ont les responsabilités de direction de Mannheim et de l'Essec.»
Ces publicités passées dans les journaux ont un coût. Selon nos informations, 80 000 euros minimum pour la publicité dans Le Monde. Une initiative déplacée à l'heure où l'on évoque le manque de moyens des écoles de commerce françaises par rapport aux business schools américaines ? «Rien d'inconvenant, ni d'incompatible, selon Pierre Tapie. Si jamais, lundi matin, on se réveillait avec le cauchemar du non, en tant qu'universitaires de stature mondiale nous aurions pris un coup de revolver dans le ventre qui nous laisserait blessés pendant longtemps.»
Rappelons qu'en 2002 l'Essec avait lancé, avec succès, une campagne de «found rising» visant à lever 25 millions d'euros pour financer l'enseignement, la recherche et les bourses d'étudiants. Et Pierre Tapie de conclure : «C'est comme dans une économie familiale : vous êtes dans une situation un peu tendue, et votre fille choisit ce moment pour se marier. Vous vous arrangez pour lui faire la plus jolie fête de mariage.» Rien de plus logique. Non ?
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