Société
L'égalité professionnelle hommes-femmes en question
Lutter contre ses propres préjugés
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Yves Le Corre , 26 mai 2006
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Pour commencer, deux statistiques évocatrices. 79,5% de réussite en licence pour les femmes contre 71,6% pour les garçons. A côté de cela, une différence de rémunération de 10 à 25% entre les hommes et les femmes.
Des disparités qui alarment depuis fort longtemps et semblent sur le point de trouver une issue avec l'arrivée d'une loi sur l'égalité salariale proposée par Nicole Ameline, ministre de la Parité et de l'Égalité professionnelle (voir interview). Cette dernière a pour objectif de réduire les écarts de revenu entre hommes et femmes d'ici à cinq ans. Montrées du doigt, les entreprises qui exploitent des compétences égales pour des salaires inférieurs, la société et son lot de préjugés relatifs à de prétendues moindres disponibilité, mobilité et ambition de carrière. Sans oublier les femmes qui, d'elles-mêmes, revoient leurs ambitions à la baisse à la sortie des écoles.
Catherine Ferrant est directrice de l'innovation sociale et de la diversité chez Total. Son activité au sein des ressources humaines concerne autant le personnel de la compagnie pétrolière que l'extérieur, les écoles. «Il y a une attitude négative des jeunes femmes par rapport aux métiers d'ingénieurs en général, industriels en particulier et encore plus particulièrement au pétrole. Tout un travail de sensibilisation à mener avec d'autres sociétés et les autorités européennes concernant les métiers techniques auprès des jeunes et des jeunes femmes. De même, en allant présenter Total dans les universités et écoles, il devient essentiel de bien préciser aux femmes qu'elles ont une place chez nous et qu'en entrant dans une société pétrolière, elles ne vont pas tomber dans un monde de machos, en présentant des modèles de femmes qui ont réussi.»
Apparemment, un travail reste à faire pour prouver aux femmes, endoctrinées par des générations de mères au foyer ou limitées dans leur réussite professionnelle, qu'elles ont les moyens de leurs ambitions. Un travail qui doit être mené dès la scolarité. «Les filles sont meilleures au lycée, mais n'intègrent pas les filières scientifiques, parce qu'il y a des problèmes d'orientation, explique Anne Nègre, présidente de l'Affdu (Association française des femmes diplômées des universités). Toutefois, les 25% qui les intègrent sont très bonnes. Et c'est encore par ces voies-là que l'on atteint les postes à hautes responsabilités. Ce n'est pourtant qu'à 30 ans que les femmes se rendent véritablement compte qu'elles ne font pas les mêmes carrières que leurs homologues masculins. Jusqu'ici, elles n'avaient connu que la mixité à l'école ou l'université et doivent se réveiller de manière un peu brutale en entrant dans le monde de l'entreprise. On leur offre des promotions différentes des garçons. Elles vont plus dans le conseil et la réflexion que dans l'action, là où l'on obtient véritablement les primes, les avancées de carrières, mais cela est surtout le fait des entreprises.»
C'est clairement le cas de Samantha*, 33 ans, attachée commerciale dans une société de transport qu'elle intègre en 1996 après un BTS Action commerciale. «Au moment de mon embauche, une phrase inscrite dans les règles du recrutement de la société interdisait «d'embaucher une femme». Malgré cela, mon embauche en tant que première femme commerciale dans cette compagnie sur l'ensemble du territoire s'était passée de manière ordinaire. Ce n'est qu'au moment de demander une augmentation, au bout de cinq ans, que les difficultés se sont posées. Après un entretien avec trois directeurs, il m'a été expliqué tout d'abord que les femmes étaient des chieuses et que j'étais la pire d'entre elles. Ensuite qu'il fallait que je fasse mes preuves pendant trois mois supplémentaires avant d'obtenir finalement l'augmentation, mais pas le titre qui allait avec.»
Depuis, les choses semblent aller mieux au sein de la société qui comprend désormais 50% de commerciaux femmes. Le rajeunissement des DRH et le départ du personnel le plus ancien a rendu cette entreprise «macho» plus paritaire. Toutefois, sur les 59 agences que compte la France, seules deux ont des directrices à leur tête, et seulement depuis deux ans ! «On m'a proposé un de ces postes, mais c'était au fin fond de la France. J'ai refusé.» Récemment, Samantha s'est battue pour «officialiser des fonctions que j'ai déjà, celles de responsable commerciale. Mais, comme toujours, c'est donnant-donnant. A 80% d'activité depuis la naissance de mon second enfant, j'ai dû repasser à 100% pour obtenir ce qui m'était déjà normalement dû. Quand j'ai expliqué que cela engendrerait des frais de garde supplémentaires et la perte de prestations sociales, la direction m'a répondu que ce n'était pas son problème et qu'ils n'étaient pas là pour gérer les difficultés d'une femme active.»
Au contraire, le cas de Sandrine Agostino, 30 ans, mariée, un enfant, chef de ventes régionales pour la région Centre France chez Ajilon Sales & Marketing, passe pour un conte de fées. Encadrant treize commerciaux terrain (dont seulement deux femmes), elle n'a pas connu de difficultés majeures avant d'obtenir ce poste auquel les femmes ont trop rarement accès. Elle n'est pas pour autant dupe. «Si j'avais passé l'entretien après avoir eu mon enfant, je n'aurais probablement pas été prise. On ne s'attendait pas à ce que je revienne d'ailleurs après mon congé maternité, comme si j'allais commencer une autre vie. Je n'ai pas de problèmes dans mon rapport aux hommes sous mes ordres. Il faut toujours d'abord prouver que l'on mérite sa place à son propre employé, mais, une fois les bases de travail posées, je sens une certaine fierté dans le regard de mes gars quand ils m'apportent des résultats. Je suis un peu comme une mère !», s'amuse-t-elle.
Pour plus d'informations : www.femmes-egalite.gouv.fr www.int-evry.fr/affdu * Le prénom a été changé
Nicole Ameline : «Un accès culturel et économique»
Voté en première lecture à l'Assemblée nationale, la loi sur l'égalité salariale proposée par Nicole Ameline, ministre de la Parité et de l'égalité professionnelle, passera devant le Sénat le 13 juin prochain.
LE FIGARO ÉTUDIANT. – Est-ce que la Constitution qui sera votée ce week-end a eu une influence sur le vote de votre loi ?
Nicole AMELINE. – Le traité de Rome comportait déjà une disposition relative à l'égalité de rémunération et tout le droit communautaire est marqué par les grandes directives sur l'égalité dans l'emploi, la protection des femmes enceintes ou, plus récemment, la directive 2004 sur l'égalité des hommes et des femmes dans l'accès aux services notamment banques et assurances. La Constitution fait de l'égalité hommes-femmes non seulement une valeur mais aussi un principe actif pour l'ensemble des politiques communautaires, ce qui nous renforce considérablement dans nos bases juridiques d'intervention et dans notre contexte politique. Je soutiens pleinement la Constitution parce que je considère qu'elle est véritablement une étape significative dans cette évolution qui a marqué toute l'histoire de l'Europe. Le fait que l'égalité soit évoquée à neuf reprises dans ce texte est une victoire pour les femmes.
Quels sont les points de la loi que vous avez présentée à l'Assemblée qui concernent les jeunes diplômées ?
Un accès avant tout culturel et économique. Aujourd'hui, quand une jeune femme pense à son avenir, il y a deux contraintes conscientes et inconscientes. Culturellement, elles se retrouvent dans six des 31 filières professionnelles qui existent. C'est très faible. Beaucoup trop limité au moment où la mixité s'affirme comme une chance pour les entreprises et l'économie tout entière. De même, les contraintes spécifiques liées à la maternité les obligent à rentrer dans une culture du compromis, voire du renoncement. Ces deux questions sont les leviers nécessaires à une véritable égalité professionnelle. Il me paraît essentiel aujourd'hui que les jeunes femmes en âge de décider de leur avenir le fasse avec une liberté beaucoup plus affirmée dans la carrière professionnelle qu'elles choisiront et surtout qu'elles ne se limitent pas à cause de la pensée ou l'arrière-pensée de la maternité.
Vous avez signé un accord avec la Conférence des grandes écoles ?
Mon souci consiste, dans les mois à venir, à lancer une très grande offensive en termes de formation professionnelle initiale et continue pour que les femmes soient au rendez-vous non plus de l'histoire mais de l'économie. Il faut donc faire en sorte, avec les grandes écoles mais aussi les fédérations professionnelles et tous les organismes de formation, que nous réorientions très vite les femmes dans les filières porteuses d'avenir. Sensibiliser les formateurs nous semble essentiel. De même, nous allons créer des modules dans les IUFM visant à l'égalité des chances dans le sens de la mixité de manière à ce que, même au collège et au lycée, un volontarisme se mette en place à destination de la formation professionnelle pour l'emploi. Je crois beaucoup dans la capacité de l'éducation à faire évoluer la société autant que les entreprises.
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