Vous êtes ici : Dossiers Spéciaux - Société
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
(Photo F. Bouchon/Le Figaro.)
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Société
Journée mondiale sans tabac
«La cigarette, outil de sociabilisation»

...................................................
Sylvie Guyen , 31 mai 2005
...................................................

La consommation de tabac chez les étudiants a baissé de 10% en trois ans, selon une enquête 2004 de la mutuelle étudiante LMDE, réalisée à la demande du ministère de la Santé auprès de 5 000 étudiants. Aujourd'hui, plus d'un étudiant sur cinq fume régulièrement en France, une habitude qui touche aussi bien les garçons que les filles.

Contrairement aux idées reçues, l'adolescence n'est pas la seule période à risques. La moitié des étudiants fumeurs déclarent avoir allumé leur première cigarette à leur entrée dans l'enseignement supérieur. Pour Rébecca Shankland, qui intervient dans les facultés pour l'association Alliance contre le tabagisme en Ile-de-France (Actif), le chiffre n'est pas surprenant. «L'université représente une transition difficile dans le parcours scolaire, il faut faire de nouvelles connaissances. La cigarette permet de s'intégrer dans un groupe. C'est un outil de sociabilisation.»

Chez les étudiants, fumer rime souvent avec sortir et décompresser. 83% disent accroître leur consommation lors des soirées festives et 69% en période d'examen. Arnaud, 23 ans, étudiant à l'IEP de Rennes, fumeur depuis huit ans à raison d'un paquet par jour, acquiesce. «En soirée, le geste de la cigarette est automatique. Avec le mélange de l'alcool et l'ambiance, forcément nous fumons plus. En période d'examen, la cigarette permet de relâcher la pression, s'accorder une pause après deux heures de révision.» A l'inverse, en période de vacances, les étudiants déclarent fumer moins. Katia, étudiante en sociologie à l'université de Nanterre, confirme : «En été, je fume moins à cause de la chaleur. De plus, avec les grasses matinées et les activités sportives, la consommation se réduit forcément.»

En Ile-de-France, les résultats de l'enquête de l'Actif semblent confirmer les chiffres nationaux. 17% des étudiants franciliens fument quotidiennement et 12% le font occasionnellement. Malgré les campagnes de prévention, seule la moitié des fumeurs envisage de s'arrêter dans un avenir plus ou moins proche. Ils évoquent comme principale motivation la santé, vient ensuite le coût du tabac. «Je ne voulais plus être essoufflée après avoir monté trois étages ou couru 100 mètres», poursuit Katia, qui, comme 40% d'étudiants fumeurs, a tenté d'arrêter sans y parvenir.

Les étudiants français sont 81,5% à fumer sur leur campus. 25% d'entre eux fumeraient dans le hall et les couloirs, 30% à la cafétéria et 11,5% à la cantine. Des chiffres accablants pour les présidents d'université qui doivent faire respecter la loi Evin de 1991. Le projet Facultés et écoles sans tabac en Ile-de-France (Festif) mis en place par l'association Actif, a fait signer, en septembre 2004, aux dix-sept présidents d'universités de la région, une charte qui vise à faire de leur établissement des lieux sans tabac. Par ce biais, ils s'engagent à faire respecter les lieux non-fumeur soit tous les espaces couverts, mettre en place des manifestations de prévention ainsi qu'une aide de sevrage pour les étudiants fumeurs. Une initiative qui vient à point lorsque l'on sait que 65% d'étudiants en Ile-de-France souhaitent une université sans tabac et que 76% des fumeurs souhaitent une aide pour arrêter. Depuis le début de l'année universitaire, des progrès ont été enregistrés. A la faculté de Nanterre, réputée pour être très enfumée, Marie, étudiante en psychologie, reconnaît que la situation s'est améliorée même si «il reste encore des étudiants qui fument dans les étages».

Pour l'aide au sevrage, un groupe de travail composé d'infirmières, de médecins ou de tabacologues est présent dans chaque université de la région. Toutefois, les programmes sont difficiles à mettre en route. Mireille Blayo, infirmière à l'université de Nanterre, confirme que le suivi des étudiants est difficile car il dépend de leur prise de rendez-vous.

A Versailles, le docteur Mathiot, spécialisée en tabacologie, organise les consultations. Depuis le mois de novembre, elle a reçu une dizaine d'étudiants mais n'en suit plus que deux très sérieusement. «A chaque rendez-vous, je leur propose une date pour une nouvelle visite mais certains ne viennent pas», explique la tabacologue qui fait beaucoup de prise en charge psychologique, en plus de prescrire des substituts de nicotine. «Nous ne pouvons pas motiver les étudiants à leur place. Seuls ceux qui ont mûri leur décision arrivent à arrêter définitivement», conclut-elle.

Une bourse pour un projet de vidéo antitabac
Rébecca a fumé de l'âge de 12 à 20 ans. Aujourd'hui, à 27 ans, elle s'apprête à devenir tabacologue. Préparant un diplôme interuniversitaire de tabacologie à l'université de Paris XI, la Franco-Britannique a reçu une bourse de 1 000 €, attribuée par l'Action contre le tabagisme en Ile-de-France (Actif), pour la création d'une vidéo préventive sur le tabac.

Depuis un an, Rébecca arpente les établissements scolaires, du collège à la faculté, dans le cadre de missions préventives contre le tabac. Elle se rend vite compte de la nécessité d'avoir de nouveaux outils pédagogiques. «Les vidéos sur le tabac sont déjà vieilles et souvent très longues, peu adaptées aux étudiants.» D'une dizaine de minutes, sa vidéo de type micro-trottoir, réalisée avec l'association IMP-Actes, propose de découvrir le parcours de huit étudiants, fumeurs ou ayant arrêté. Une série de dix questions leur sont posées. Les réponses seront regroupées au montage pour permettre de rassembler les témoignages.

«Le film, qui a pour but d'être diffusé dans les établissements, pourra être interrompu à chaque question pour permettre à l'intervenant et aux élèves de débattre ensemble.» Les questions portent sur le comportement des fumeurs, du plaisir qu'ils en tirent à leur motivation pour arrêter en passant par l'argent qu'ils dépensent en cigarettes. Elles ont pour but de «faire réfléchir les gens à ce qui les pousse à fumer, ce que cela leur apporte et si finalement ils ne s'enferment pas dans un engrenage qui va les dépasser rapidement».

Evitant le côté moralisateur ou alarmiste employé dans certaines campagnes de prévention, Rébecca espère toucher le plus grand nombre de jeunes. Cependant, elle n'oublie pas que la cigarette tue et a inséré dans son questionnaire l'interrogation suivante : «A votre avis, y a-t-il plus de morts suite aux conséquences du tabagisme ou par accident de la route ?» La réponse étonne souvent, selon Rébecca. On dénombre environ 66 000 morts dus au tabagisme par an contre plus de 5 000 pour les accidents de la route.

Même si les études montrent que les campagnes de prévention ont peu d'incidence sur les jeunes, Rébecca veut continuer à s'investir dans le milieu universitaire. «Avec Actif, nous sommes présents sur les campus sous forme de stand. Nous sommes utiles car les gens qui viennent nous voir, souhaitent arrêter de fumer, nous les écoutons, les informons, les conseillons.» La jeune femme, qui n'a jamais été informée par des interventions dans son école, affirme : «Si j'avais su que l'asthme ou d'autres complications étaient liées à la consommation de tabac, je n'aurais jamais commencé à fumer.»

La palme aux Lettres
La palme des plus gros fumeurs est décernée aux étudiants en Lettres. Ils sont 31% à fumer contre 21% pour ceux inscrits dans une filière scientifique. Les meilleurs élèves sont encore ceux des classes préparatoires et des grandes écoles avec seulement 12% de fumeurs. Enfin, une mention spéciale est attribuée aux étudiants infirmièr(e)s d'Ifsi d'Ile-de-France. Avec 43,4% de fumeurs, les futurs professionnels de la santé ne montrent guère l'exemple !
Quand au canabis, 15,2% des étudiants français déclarent l'avoir déjà essayé et 13,7% déclarent fumer occasionnellement ou tous les jours. Un tiers des fumeurs de cannabis sont des fumeurs de tabac réguliers et seuls 8% d'entre eux considèrent qu'il existe un risque d'accoutumance.

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Liens Sponsorisés