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Photo Louis BAQUIAST/Le Figaro.
 

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Société
Être étudiant et parent : c'est possible : témoignages
Entre cours et couches

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Propos recueillis par Stéphanie Trastour, 19 janvier 2006
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Accoucher le jour d’un examen, allaiter sur les bancs de la fac, potasser sa biochimie en donnant son blédina à bébé… A priori, devenir parent quand on est étudiant relève du défi. Pourtant certains s’y frottent. Et pour la plupart, c’est même un choix. Mais le phénomène reste très marginal, ce qui explique le statut hybride des étudiants parents. Une double casquette dont ils peuvent jouer en bénéficiant à la fois des aides de la Caf et du Crous. Mais une fois la question financière réglée, reste la gestion du quotidien. Où l’art de jongler entre deux apprentissages.

Alice, 30 ans, deux enfants, institutrice. « J’ai appris que j’étais enceinte de ma fille aînée la semaine où j’ai su que j’étais reçue à Sciences Po Paris. Ils se sont montrés très compréhensifs et m’ont accordé une suspension d’études. C’est-à-dire qu’ils m’ont autorisée à faire ma rentrée l’année suivante. Tout s’est très bien déroulé. D’abord, j’ai eu la chance d’avoir une place en crèche. Ensuite, mon mari gagnait bien sa vie, donc l’argent n’était pas un problème. Surtout, le fait d’avoir Louise ne m’a pas freinée dans mes études. Je me calais sur son rythme : je mangeais en même temps qu’elle, bossais quand elle dormait. Bien sûr, en période d’examen, il y avait un rush mais mon mari prenait le relais. Quand on est mère, il y a une sorte de relativité qui s’installe face su stress des examens. J’étais en dernière année lorsque je suis tombée enceinte de mon autre fille. Là, c’était moins facile car j’étais souvent malade. Je courais aux toilettes toutes les cinq minutes… Même le jour de l’examen de sortie, mais je l’ai quand même eu ! Avec le recul, je me dis que j’étais dans les conditions idéales pour que ça se passe bien. C’était même assez épanouissant. »

Catherine, 29 ans, un enfant, en mastère spécialisé Management médical à l’ESCP-EAP
« Ingénieur et déjà dans la vie active, j’avais le projet de reprendre mes études depuis quelques temps. Et puis je suis tombée enceinte, ce n’était pas programmé. J’ai fait ma rentrée enceinte jusqu’aux dents. La veille de mon accouchement, j’étais encore en cours et j’y suis retournée trois semaines après. Cette absence n’a pas été facile à rattraper. Dieu merci, j’ai vite trouvé une garde partagée. Mais il faut quand même un peu jongler. Par exemple, j’allaite mon enfant, donc je suis obligée de tirer le lait quand je vais en cours. Je m’aperçois qu’être mère et étudiante, c’est beaucoup d’organisation. Je n’aurais certainement pas pu le faire si mon mari ne travaillait pas. Dans l’idéal, j’aurais préféré terminer mes études avant de faire un bébé mais on ne choisit pas toujours… »

Marie, 29 ans, deux enfants, chercheur. « J’ai eu mon premier enfant alors que j’étais en thèse aux Ponts et chaussées. Non seulement, mon travail se faisait entre la France et l’Allemagne mais il impliquait de nombreux allers-retours entre Lyon et Paris. Forcément, ma maternité m’a rendue moins mobile. Quand je n’étais pas là, le père prenait le relais et puis on avait une garde. Financièrement, j’ai toujours bénéficié de bourses que je cumulais avec les aides de la Caf. Par exemple la bourse Lavoisier du ministère des Affaires étrangères m’a à la fois permis de financer mon congé maternité et de partir en Allemagne avec ma fille aînée. Puis, je me suis arrêtée dix mois lorsque j’ai eu mon deuxième enfant. En quatre ans, ma thèse aurait pu être réglée mais, pour consacrer du temps à mes enfants, je l’ai étalée sur six. Mais je connais d’autres étudiantes dans ma situation qui n’ont pas fini la leur. »

Ludovic, 26 ans, un enfant, étudiant en kinésithérapie. « Mon fils est né la veille de mes examens, je n’étais donc pas très frais le lendemain ! En dehors de ça, son arrivée n’a eu aucune incidence sur mes études. Il faut dire que j’ai un rythme un peu spécial, j’ai l’habitude de travailler en dilettante. Maintenant qu’il est là, au lieu de jouer au piano, je m’occupe de lui. Financièrement, ça a été sans douleur puisque ma femme travaille. Comme nous n’avions qu’un salaire, j’ai même eu droit à une bourse. Avec mes amis, ça n’a pas créé de décalage car certains commencent à s’y mettre aussi. Non, vraiment, devenir père n’a en rien bouleversé ma vie étudiante…Peut-être parce que je n’en ai jamais eu, j’ai toujours détesté les sorties ! »

DES BÉBÉS À LA FAC
Des cris d’enfants sur un campus ? Non, le café du RU n’est pas hallucinogène: il y a peut-être une crèche dans votre fac. Suite à un mouvement post-soixante-huitard, quelques crèches et haltes-garderies ont fait leur apparition sur les campus de Dauphine et Jussieu à Paris, Lyon 2, Lille 3 et Caen. Toutes accueillent entre 20 et 30 enfants, à l’exception de Caen qui fait figure de mastodonte avec une capacité de 60. Les tarifs sont calculés en fonction des maigres revenus des étudiants. Mais les places restent chères car les bambins du personnel enseignant sont également les bienvenus. Sauf à la crèche Saint-Jacques à Paris, où il faut montrer patte d’étudiant uniquement. Depuis sa création en 1947, la doyenne des crèches universitaires accueille une quarantaine de bébés d’étudiants de toutes les facs parisiennes. Autant dire que là aussi, ça se bouscule au portillon.

LES AIDES
C’est vers le CROUS qu’il est conseillé de se tourner en premier, dès la grossesse. Les assistantes sociales y reçoivent et orientent les étudiants devenant parents. Des aides existent mais elles sont loin d’être suffisantes. Outre les habituelles bourses, attribuées en fonction de critères sociaux – l’enfant à charge en fait partie -, il peut y avoir un coup de pouce du fonds de solidarité universitaire (FSU). Un maximum de 411 euros, pouvant couvrir les frais d’inscription et la sécurité sociale. Dans certaines villes, le CROUS propose aux étudiants parents, pour peu qu’ils soient boursiers, des logements en HLM. Mais là encore, les places sont rares. La Caisse d’allocations familiales est elle aussi une interlocutrice incontournable, notamment pour l’aide au logement. Même si elle ne propose pas d’allocation spécifique aux étudiants déjà parents. Ces derniers peuvent bénéficier d’aides, mais au titre de parents. La somme variera en fonction du couple, des ressources de chacun et du nombre d’enfants à charge. A noter que toutes les aides ne sont pas cumulables. La Prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) est susceptible de sucrer l’allocation logement. Mais elle offre une prime à la naissance (826,10 €), une allocation de base (165,22 € mensuels jusqu’au troisième anniversaire de l’enfant) et une aide à la garde. C’est à chacun de calculer quelle sera la formule la plus juteuse.

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