Vous êtes ici : Dossiers Spéciaux - Société
Rechercher :
Accueil FIGARO Etudiant
 
 

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Société
Hôtesse : du job étudiant au boulot de substitution
Un job au trop long cours

...................................................
Stéphanie Trastour, 08 février 2006
...................................................

Qui se cache derrière le sourire implacable et le chignon d’une hôtesse d’accueil ? Bien souvent une étudiante. Ou, plus inquiétant, une jeune diplômée. Ce métier à temps partiel s’accorde en effet aussi bien avec l’emploi du temps d’une universitaire que celui d’une chercheuse d’emploi. En période de précarité, le job devient hélas trop souvent un boulot de substitution.

De la plante verte à la potiche tirée à quatre épingles, les clichés sur les hôtesses ont la peau dure. L’hôtesse ? « C’est la dame super sympa qui t’apporte une boisson, qui t’indique les toilettes (…), qui accepte avec joie que tu la prennes pour une grosse pute et que tu parles allègrement à ses fesses pendant qu’elle t’explique où tu dois t’asseoir », comme le décrit avec dérision, Tania de Montaigne dans son premier roman, Patch (éd. Florent Massot). A priori, pas besoin d’avoir un bac + 5 pour exercer le métier donc. Erreur. La profession est truffée d’étudiantes. « On compte environ 70 % d’étudiants sur l’ensemble des hôtes et hôtesses, que ce soit dans l’accueil en événementiel ou en entreprise », estime Laure Mauchrétien, présidente du Syndicat national des prestataires de services d’accueil d’animation et de promotion (SNPA). « Il y a 20 ans, on n’accordait guère d’importance à l’accueil, poursuit-elle, Aujourd’hui, le métier a été revalorisé. On attend de nos hôtesses qu’elles soient intelligentes et cultivées. »

Il faut dire que les agences ne plaisantent pas avec le recrutement. Chez Florence Doré, une des enseignes phares de la profession, on est exigeant sur le fond et sur la forme. Selon Sylvie Doré, sa présidente, « une bonne culture générale et une bonne éducation sont indispensables et toutes doivent maîtriser l’anglais. Bien entendu, la présentation est primordiale aussi. Elles doivent être mignonnes, soignées et mesurer au moins 1,70 mètres. » Quant aux diplômes, rien n’est imposé mais la plupart arrivent avec un bac + 2 minimum et souvent bien plus. Marie, elle, est en DEA de droit. Elle s’est inscrite dans une agence au début de ses études supérieures pour ne pas vivre totalement au crochet de ses parents. « C’est plutôt un boulot agréable, explique-t-elle. On n’y va pas avec des pieds de plomb. Je peux aussi bien travailler au Quai d’Orsay que sur des avant-premières ou des enregistrements d’émissions. C’est amusant de voir l’envers du décor de ces milieux. » Jusque-là, tout va bien. Il y a plus ingrat que de faire ce genre « d’opés » (opérations, en langage d’hôtesse) pour arrondir ses fins de mois. Sauf qu’il arrive que cela se transforme en job de substitution.

Une « tâche » sur un CV
« J’ai énormément de jeunes diplômées parmi mes filles, reconnaît Françoise Giraud-Favier, directrice de l’agence Hôtesses de France. Beaucoup ont fait Sciences po, certaines ont même fait l’Ena. Elles travaillent pour moi en attendant de trouver un emploi. ». « C’est comme ça que l’on voit si l’économie se porte bien ou mal, analyse Sylvie Doré. Les périodes où nous recrutons bien, c’est que le marché du travail est médiocre. Depuis quelques années les jeunes diplômés rament. » Emmanuelle, 30 ans, en sait quelque chose : « J’ai décroché mon diplôme d’assistante chercheur en juillet dernier (l’équivalent d’un bac + 5, NDLR), mais les labos de recherche exigent tous cinq à dix ans d’expérience. » Alors, en attendant que cela se décante, elle vit à présent de son ancien job étudiant. A raison de trois, quatre « opés » par semaine, elle tourne à 1200 euros par mois. « Ca a l’avantage de me laisser un peu de temps pour ma recherche d’emploi, mais ça joue aussi sur ma crédibilité. » Un jour, lors d’un entretien, on lui aurait fait comprendre que cela faisait tâche sur son CV. Toutefois, il arrive aussi que le métier d’hôtesse serve de tremplin. Selon Sylvie Doré, « il apprend aux filles à s’imposer, à aller vers les gens, à être réactives et débrouillardes. D’ailleurs, beaucoup trouvent du travail par cet intermédiaire car on les a remarquées. » A défaut, il représente une sorte de sas – plus ou moins long – entre les études et la vie active. Mais certainement pas une vocation. « Ce n’est pas suffisamment bien payé, estime Françoise Giraud-Favier, et puis l’image du « pot de fleurs » est tenace ». Surtout chez celles qui exercent le métier par défaut. A l’image de Nadège, 23 ans, titulaire du diplôme d’avocat depuis quelques mois et toujours hôtesse : « Quand je rencontre une hôtesse, la première chose que je lui demande c’est : « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? »» Tant l’idée qu’on puisse en faire son métier la dépasse...

TÉMOIGNAGE
« Etre hôtesse a toujours été une béquille »
Charlotte est une jeune femme brillante et un rien jet-setteuse. Il n’est pas rare de la croiser lors d’un pince-fesses dans un ministère ou à une avant-première branchée. Mais toujours vêtue du même tailleur bordeaux, rehaussé d’une broche dorée, totem d’Hôtesses de France. Une agence qui l’emploie depuis plus de dix ans. Pourtant, cette Franco-américaine de 32 ans pourrait tout aussi bien porter la robe d’avocat. « Après avoir fait un DESS de droit international, j’ai eu mon diplôme d’avocat. Mais j’ai vite réalisé que je n’étais pas faite pour cette profession », raconte-t-elle. Commence alors une période d’errance où elle cherche sa voie. Heureusement, Hôtesses de France est là pour combler le vide. Puis elle s’improvise chef de projet dans un cabinet d’architecte d’intérieur avant de se faire licencier trois ans plus tard : « Je me suis alors décidée à monter ma boîte de déco.». Là encore, Charlotte pointe à Hôtesses de France en attendant que celle-ci décolle. « Etre hôtesse a toujours été une béquille pour moi, reconnaît-elle, mais j’aurais détesté le faire à plein temps. » Même s’il y a des compensations : « Comme quand un richissime Mexicain rencontré sur un salon vous invite à dîner à Monaco en jet privé ! »

Réagir dans le Forum

- Vous êtes en accord avec ce texte ou en profond désaccord. Faites entendre votre voix

..........................

Liens Sponsorisés