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Société
Ils sont cobayes pour tester des médicaments
Un bon remède pour le portefeuille

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Propos recueillis par Florent Maillet, 12 avril 2006
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Plusieurs centaines d’étudiants testent chaque année des vaccins, produits cosmétiques ou pilules en clinique ou en institut. Le but : étudier l’efficacité d’un produit ou ses éventuels effets secondaires. Cela peut rapporter jusqu’à 3800 euros nets d’impôts par an. A condition de ne pas craindre les prises de sang ou, parfois, quelques nausées.

« Une batterie de test éprouvante »
Julien, 23 ans, école d'ingénieurs, Strasbourg. A testé un antidépresseur en hôpital psychiatrique pendant trois jours. « Ma voisine, qui est infirmière dans un institut de tests, m’avait donné l’idée. Je me suis rendu dans un hôpital psychiatrique pour tester un futur antidépresseur. L'étude consistait à détecter les effets secondaires selon la dose ingurgitée, pendant trois jours. Normalement, ce médicament n'a aucun effet actif sur une personne non dépressive. Pour être sélectionné comme cobaye, il avait auparavant fallu passer toute une batterie de tests assez éprouvants, pour prouver sa parfaite santé : électro encéphalogramme, cardiogramme, test de sang, dépistage HIV, tests psychologiques etc. Ces tests sont gratuits et même indemnisés. C'est un bon moyen de faire un check-up complet.

Je suis arrivé à J -1 au matin. Au programme : rencontre avec l'équipe médicale, briefing sur l'organisation des trois jours et premières prises de sang. Nous étions aussi nombreux que l’équipe médicale : sept cobayes pour quatre infirmières, deux médecins, un réanimateur, sans compter le personnel dans les étages. J’avais une chambre individuelle. Pour le reste, c’est assez contraignant : durant toute la durée de l'étude, nous ne sommes pas autorisés à sortir de l’hôpital. Tous nos mouvements sont organisés et surveillés au quart d'heure près, pour ne pas fausser l’étude. Le lendemain matin, j’ai ingurgité la fameuse pilule. Là c'est le stress, parce qu'on ne sait pas ce que l'on prend. Six pilules comportent des dosages différents, la septième est un placebo. Toutes sont anonymes.

Nous avons ensuite eu droit aux prises de sang à gogo. Nous avons été placés sous scope constant pendant 24 heures. Seuls ceux qui ont testé les plus hautes doses ont ressenti des nausées légères. Le troisième jour, nous avons pu rentrer chez nous après avoir subi une batterie encore plus complexe de tests de sortie. J'ai gagné plus de 600 euros pour deux jours d'études, avec indemnisation kilométrique du déplacement, ainsi que pour les tests préliminaires. »

« Je ne pense pas avoir pris de risques »
François 22 ans, master Sciences po, Paris. A testé le vaccin contre la grippe pendant un mois. « Un ami de ma sœur est étudiant en médecine. C’est lui qui m’a donné des tuyaux pour un test de vaccin contre la grippe. Il s’agissait d’en mesurer les effets secondaires. J’ai appelé l’institut concerné, ils m’ont convoqué pour voir si j’étais apte. Au programme : une prise de sang et un entretien d’une vingtaine de minutes avec un médecin. Il m’a demandé si j’avais des allergies, si j’avais déjà été opéré… J’ai finalement été sélectionné. Un nouveau rendez-vous a eu lieu deux semaines après. Ils m’ont fait une première injection et m’ont transmis un dossier à remplir, pour consigner les éventuels effets secondaires. J’ai eu un peu de fièvre le lendemain, environ 38 degrés, sinon rien à signaler. Une semaine après, j’ai eu un deuxième rendez-vous pour rendre mon dossier, faire une nouvelle prise de sang et répondre à quelques questions, en vingt minutes chrono.

Finalement, j’ai eu mon dernier entretien avec le médecin une semaine après. Nous avons fait le bilan du test, des prises de sang… Tout s’est bien passé. J’ai gagné 280 euros. C’est bien payé vu le peu de contraintes : quatre rendez-vous et autant de prises de sang en un mois. Je ne pense pas avoir pris de risques en testant un vaccin contre la grippe. Les prises de sang avaient lieu en milieu hospitalier et non en institut privé, cela m’a rassuré. L’avantage, c’est que l’on peut arrêter quand on veut. Dans ce cas-là, on ne touche qu’une partie des 280 euros. »

« Quatre tubes de crème amincissante offerts »
Stefane, 24 ans, étudiante en droit, Saint-Quentin-en-Yvelines. A testé une crème amincissante pendant quatre mois. « J’ai répondu à une annonce pour tester une crème amincissante. Le laboratoire m’a demandé mon rapport taille/poids, si j’avais de la peau d’orange… Ils m’ont sélectionnée pour un rendez-vous d’une vingtaine de minutes, où ils ont mesuré mon coefficient de graisse, m’ont demandé quelle était mon alimentation, etc. Ils m’ont donné un tube anonyme. Il s’agissait uniquement de tester le confort du produit sur l’utilisateur. Il n’y avait pas beaucoup de risques : les tests allergéniques avaient déjà été effectués. Pendant quatre mois, je devais appliquer cette crème tous les jours, matin et soir, sur mon ventre, mes hanches et mes fesses. Je ne devais pas non plus changer de régime alimentaire, pour ne pas fausser l’étude. Si mon poids variait entre 1,5 kilo et 2 kilos dans les quatre mois, ils ne me payaient pas. La crème devait agir uniquement sur ma silhouette. Une fois par mois, j’avais rendez-vous au labo. En un quart d’heure, ils mesuraient mon tour de hanche et mon coefficient de graisse.

Au final, j’ai perçu 90 euros. Je n’ai pas trouvé cette crème particulièrement efficace mais, selon eux, elle agissait très correctement contre la cellulite. Ils m’ont offert également quatre tubes de cette crème quand elle a été commercialisée. Il s’agit d’une très grande marque. »

EN BREF
Selon les tests réalisés, les laboratoires possèdent des critères différents : allergies ou pas, peau grasse… Une visite médicale de sélection est ensuite organisée pour réaliser un bilan de santé complet. Si vous êtes retenu, l’équipe médicale vous expliquera le déroulement de l’expérience et son but. Pour devenir « cobaye », il faut par ailleurs détenir une carte d’identité et une carte Vitale. Chaque étude est contrôlée par le ministère de la Santé et approuvée par un comité d’éthique. Durant les examens, le patient est surveillé par des infirmières et médecins. Les indemnisations financières ne peuvent excéder 3800 euros par an, non imposables. Il faut par ailleurs attendre trois mois avant de pouvoir se présenter à une autre étude.

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