Société
La lutte s’organise pour enrayer l’épidémie de plagiat
Génération «copier-coller»
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Stéphanie Trastour, 12 juin 2006
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Une pompe par-ci, un recopiage par-là… La triche a toujours existé mais Internet lui a donné un bon coup d’accélérateur. Aujourd’hui, piller un texte entier est devenu l’affaire d’un clic et les étudiants sont passés maître dans l’art du « copier-coller ». Après une prise de conscience tardive, la lutte contre le plagiat sur le Web dans l’enseignement supérieur est désormais engagée. Doucement mais sûrement.
Sale temps pour les bibliothèques universitaires ! Les étagères sont pleines et les livres commencent à prendre la poussière. La faute à qui ? Internet pardi ! Selon une enquête récente (1), la toile serait devenue la source de documentation principale des étudiants : ils sont 97,6 % à l’utiliser quand seulement 57,2 % se rendent encore en bibliothèque. Plus inquiétant, trois jeunes sur quatre déclarent avoir recours au « copier-coller », dans des proportions plus ou moins importantes. Comme cet étudiant de 23 ans, en sciences politiques à l’université de Genève, qui a constitué la quasi-intégralité de son mémoire de maîtrise en plagiant quatre travaux sur Internet. Un joli patchwork qui n’a pourtant pas berné ses correcteurs. Le verdict fut sans appel : l’exclusion. « C’était il y a deux ans, raconte Michèle Bergadaà, cinq étudiants sur 35 ont été exclus car ils avaient emprunté plus de 95 % de leur texte à des mémoires mis en ligne ». Pour cette professeur à l’université de Genève, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : « Puisque nous étions piégés par Internet, nous avons décidé de l’utiliser pour circonscrire le problème ». Elle crée alors un site « dédié à tous les professeurs, assistants et étudiants qui refusent de fermer les yeux sur la fraude pratiquée via Internet et le plagiat des mémoires et des thèses. » (2) Une pratique qui, selon elle, nuit à la capacité d’analyse des jeunes puisqu’elle les dispense de développer une vraie argumentation.
Aucune législation
« Toutefois, en menant notre propre étude, nous avons constaté que ces fraudeurs attendent des contrôles et des sanctions de la part des enseignants », remarque Michèle Bergadaà. « Il est vrai qu’aucune législation n’existe à ce jour », reconnaît Michèle Lauton, la secrétaire nationale du Snesup (Syndicat national de l’enseignement supérieur). Philosophe, elle ajoute : « Maintenant que ce nouvel outil est là, il faut l’intégrer dans notre pédagogie. Par exemple, il faudrait des cours de méthodologie qui insisteraient sur la propriété intellectuelle. Il faudrait aussi que le suivi de mémoire soit rémunéré pour que les profs soient plus motivés », affirme-t-elle. Il faut dire qu’en l’absence de règles strictes, chacun traite le problème à sa manière. Jean-Yves Duyck, professeur à l’université de la Rochelle, a recours au système D : « Lorsque je vois des ruptures de style dans un rapport de stage, je tape une phrase suspecte dans le moteur de recherche Google et, si le travail a été pompé, je m’en aperçois très vite ». Mais il relativise l’ampleur du phénomène. Selon lui, les enseignants donnent des sujets de mémoires qu’ils connaissent sur le bout des doigts. « Il faut donc qu’ils se lèvent de bonne heure pour nous piéger, ironise-t-il avant de reconnaître : peut-être sommes-nous naïfs…il paraît que le plagiat est un sport national dans toutes les écoles de commerce. »
Toutes ? Pas tout à fait. A l’Escem Tours-Poitiers, on a décidé de prendre le taureau par les cornes. « Lorsque l’on s’est aperçu que nous avions affaire à une génération « copier-coller », nous avons aussitôt établi une charte », raconte le directeur, Jacques Chaniol. Prévention, formation, détection et sanction en sont les maître-mots. Sur les murs de l’école, on peut lire ce message : « Le plagiat est une faute grave ». Et chaque devoir rendu doit être accompagné d’une attestation signée d’authenticité. Résultat ? « Cette année, nous n’avons eu que deux cas avérés sur 2000 étudiants. Ce n’est donc plus un problème », conclut le directeur pas peu fier. Il songe néanmoins à doter l’établissement d’un logiciel de détection de plagiat sur Internet, comme Compilatio.net. Lancé il y a un an par la société Six degrés, cet outil spécialisé a déclaré la guerre à la contrefaçon. Contre un abonnement mensuel d’une dizaine d’euros, il traque la fraude, retrouve les sources et détecte la réécriture ou le réagencement. Plutôt sport, la société s’apprête à sortir une version destinée aux étudiants. Elle devrait permettre aux plagieurs repentis de s’assurer que leur devoir est bien conforme aux normes !
1) Enquête publiée en février 2006 par Sphinx développement, éditeur du logiciel d'enquête et d'analyse de données et la société Six degrés.
2) http://responsable.unige.ch
« EN ÉCO, TOUT LE MONDE LE FAIT ! »
Chloé garde un souvenir mitigé de la Hollande. Il y a trois ans, cette étudiante de 23 ans part faire sa licence d’économie internationale du développement à Amsterdam. « Un jour, on me demande de faire un exposé en anglais sur l’influence des lobbies sur les choix politiques », raconte la jeune fille. En surfant sur Internet, elle tombe sur un modèle économique traitant du même sujet. Elle décide de se l’approprier, sans changer la moindre virgule. Manque de bol, c’est un travail bien connu de son professeur. « En cours d’exposé, il commence à m’incendier : dix minutes plus tard, je me retrouve devant le directeur de la fac, très agressif, qui menace de m’expulser », se souvient-elle. Chloé fond en larmes et joue les ingénues : elle n’avait pas bien compris ce qu’on lui demandait. Le verdict est plutôt clément : elle doit refaire son devoir et rendre des comptes au coordinateur français alerté sur le champ. « Aux Pays-Bas, le plagiat, ça ne se fait pas, c’est comme doubler quelqu’un dans la queue ! C’est une mentalité beaucoup moins laxiste que la France », analyse Chloé. De retour, elle recommence de plus belle au grand cri de « en éco, tout le monde le fait ! » En effet les devoirs appellent plus à une retranscription de faits qu’à une réflexion personnelle. Pourquoi aurait-elle mauvaise conscience ? Même au ministère de Affaires Etrangères, où elle effectue un stage actuellement, le plagiat est monnaie courante!
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