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Crédit photo : (Pascal Dosset)
 

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Société
Les dépenses obligatoires augmentent plus vite que les aides sociales
Bourses : des cordons très serrés

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Caroline Beyer et Florent Maillet, 03 octobre 2006
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Un lundi de septembre au Crous de Paris. 9h30 : les portes viennent juste d'ouvrir et, déjà, la file d'attente menant au bureau des bourses est impressionnante. « Si les étudiants ont rempli leur demande de bourse, en temps et en heure, ils n'ont pas besoin de se déplacer », précise Maleka Mayemba, chargée de communication du Crous. Au troisième étage, plusieurs étudiants patientent devant le service social. Ce service délivre une « allocation unique d'urgence », de 400 à 800 euros suivant les situations. « Il s'agit d'une aide ponctuelle permettant d'assurer le quotidien, explique l'une des deux assistantes sociales. Nourriture, transport, financement d'études privées comme les écoles d'art ou de commerce... Ces étudiants ont généralement déjà un job », poursuit-elle. Le service social remplit également une mission d'information. Les étudiants peuvent s'y présenter sans rendez-vous. « Nous avons beaucoup de questions concernant « Aline », ajoute l'assistante sociale. Les étudiants pensent qu'ils sont tous concernés ! » D'un montant de 300 euros, l'Allocation pour l'installation étudiante lancée par le gouvernement Villepin est réservée aux étudiants boursiers prenant un logement pour la première fois. Elle devrait concerner 80 000 étudiants sur les 2,2 millions en France.

Assise dans la salle d'attente du service social, Linda, 20 ans, soupire : « J'ai toujours été boursière. J'ai l'habitude de faire la queue ! » Elle est ici pour demander une allocation unique d'urgence. Cette année, elle n'a toujours pas reçu les justificatifs prouvant qu'elle est boursière. Pour son inscription en M1 d'histoire, cette fille d'ouvrier a donc dû débourser 400 euros. Elle n'aurait payé que 4,57 euros si elle avait pu produire les fameux justificatifs... Début octobre, Linda est censée partir en Angleterre, à l'université de Brighton, pour son année Erasmus. L'incertitude financière menace son projet, même si elle n'envisage pas une seconde d'y renoncer. « Je pars faire les vendanges pendant deux semaines, et j'espère gagner 1000 euros », explique-t-elle. Insuffisant néanmoins pour faire face à ses charges, qu'elle a chiffrées au minimum à 600 euros en Angleterre, « où la vie est encore plus chère qu'en France ». Sans compter qu'elle doit aussi s'acheter un ordinateur portable : « Les professeurs anglais ne corrigent que les devoirs dactylographiés et je dois par ailleurs écrire un mémoire. J'ai bien pensé à l'ordinateur portable à un euro par jour. Mais je me suis rendu compte qu'au final on le paye bien plus cher que son prix réel ».

« Je squatte chez ma tante »

Fatou, 23 ans, est titulaire d'un master en Génie civil obtenu à Lille I. Elle est arrivée cette année à Paris pour y suivre un mastère spécialisé dans une école d'ingénieurs. Coût de la scolarité de cette formation sélective et reconnue par la Conférence des grandes écoles : 5000 euros. Fatou touche une bourse sur critères sociaux de 406,78 euros mensuels (échelon 5, le maximum). Pour elle, pas question de louer un appartement : « Je squatte chez ma tante à Mantes-la-Ville. Mon école est dans le 13e … » Payer sa scolarité est la priorité. Cette habituée des petits jobs en tous genre - ménages, vente, vendanges... - travaillera cette année chez Quick 20 heures par semaine. « Mais ce ne sera pas suffisant », précise-t-elle. A la sortie de son entretien avec l'assistante sociale, Fatou demande à compléter son témoignage. Les mots sortent, avec difficulté : « Nous sommes dans un système où l'on nous dit que riches comme pauvres ont le droit de faire des études. Ce n'est pas tout à fait vrai. Ma formation étant privée, je n'ai droit à aucune aide tant que je ne l'aurais pas payée. L'assistante sociale m'a conseillé de réviser mon choix, d'aller à la fac, car je n'avais pas les moyens ». Mais elle n'a pas l'intention de lâcher : « Je vais aller voir à la Mairie de Paris ».

« Une croix sur le cinéma et les fringues »

Vinod, 22 ans, en M2 d'informatique à Dauphine, a débarqué de La Réunion le 4 août dernier avec la promesse préalable d'un logement en résidence universitaire. Pour un loyer de 160 euros. « Quand je suis arrivé sur place, on m'a dit que si j'avais envoyé le chèque, c'était bon ». Mais le 28 août, le secrétariat de la résidence lui annonce qu'il est sur liste d'attente. « J''étais à la rue. En France, ma seule famille, c'est mon oncle, qui vit à Cannes ». Il se tourne alors vers le Crous qui lui trouve un studio en urgence. Pour un loyer de 424 euros... « Ma bourse de 226,89 euros par mois (échelon 2, NDLR) et mes APL, suffisent tout juste à payer mon loyer. Ma famille ne peut pas m'aider. Ma mère vit seule avec ma soeur qui est elle-même étudiante, raconte-t-il. Mon père est décédé ». Son rendez-vous avec le service social révèle que quelques points ont été oubliés dans le calcul sa bourse. Il devrait toucher 354,44 euros mensuels (échelon 4). « Pour l'allocation d'urgence, je dois voir avec l'assistante sociale de Dauphine ».

A 23 ans, Bérangère connaît sa rentrée universitaire la plus difficile. Arrivant tout juste de Guadeloupe, où elle a obtenu son BTS assistante de direction, elle a été admise en licence professionnelle DRH à l'IUT de Sceaux. Entre le voyage et la vie en métropole, les frais sont énormes. Elle doit se serrer la ceinture et attend avec anxiété la réponse du Crous concernant sa première demande de bourse et de logement étudiant. Même si elle compte travailler prochainement dans la restauration rapide - elle mise sur 400 euros par mois -, son budget prévisionnel de 800 euros mensuels ne suffira pas à faire face à ses frais : loyer, carte de transport, nourriture, vêtements. Bérangère a donc fait plusieurs heures de queue au Crous, pour demander un logement étudiant. Elle espère en trouver un entre 200 et 300 euros mensuels. Quant aux augmentations successives de cette rentrée, elles la font bondir, notamment celle des tickets RU (2,75 euros, soit + 14,58 % par rapport à 2001, NDLR). « Je sais déjà que je vais devoir faire une croix sur le cinéma, les concerts, les sorties ou les fringues ».

Crous de Paris : 39, avenue Georges Bernanos, Paris 5e. Horaires d'ouverture du service des bourses et du service social : 9h30-12 heures, 13h30-17 heures.

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