DOSSIER : Stage De l'exploitation à la préembauche ...
STAGES , de l'exploitation à la préembauche
Un avant-goût, parfois amer
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Thomas Brender , 10 janvier 2005
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Si les entreprises, les secteurs et les personnes font d'un stage une expérience unique (qu'elle soit bonne ou mauvaise), on peut tout de même dessiner une rapide typologie en distinguant trois grands schémas de stages. Entre le «stage exploitation», le «stage placard» et le «stage préembauche», il faudra essayer de faire le bon choix... ce qui n'est pas toujours facile, ni possible !
«Maison de production musicale recherche stagiaire pour poste d'assistant chef de produit. Durée : 6 mois renouvelables. Profil : étudiant en 3eannée d'école de commerce ou année de césure, passionné par la musique. Convention obligatoire. Rémunération : 30% smic, 50% de la carte orange et tickets restaurant.»
Voici l'exemple-type d'annonces qu'il est possible de trouver sur les sites Internet spécialisés dans les offres de stages des industries dites «culturelles». Certes quelques CD ou DVD gratuits, des invitations à des avant-premières ou à des soirées de lancement VIP feront peut-être passer l'amère pilule d'une rémunération pitoyable mais ce type d'annonce est aussi bien souvent synonyme de journée de 12 heures de travail, sans répit pendant toute la durée de la mission ! Quentin, 24 ans aujourd'hui, diplômé d'une grande école de commerce, se souvient de six mois passés «à se défoncer» pour une maison de disques qui, lorsqu'il avait demandé une semaine de vacances, lui avait expliqué qu'elle ne pouvait «légalement» la lui accorder... «Ce que je faisais était passionnant, mais il n'y a pas de raison que nous soyons moins payés que d'autres étudiants qui travaillent dans des secteurs comme l'industrie ou la finance. Nous ne sommes pas des artistes ! Nous travaillons pour des grands groupes qui font de gros bénéfices. Il n'est pas normal, à travail égal, d'être traité différemment des autres sous prétexte que le secteur est attrayant.»
Les entreprises «culturelles» ne sont pas les seules à adopter le «stage exploitation» comme base de leur fonctionnement. Profitant du flou réglementaire qui entoure le statut du stagiaire et de l'avantage indéniable que leur donne la loi de l'offre et de la demande, certaines entreprises du luxe ou de l'audiovisuel ont développé des pratiques similaires.
Plus difficile à détecter a priori : le «stage placard». Celui-ci a pour particularité de ne jamais déboucher sur quoi que ce soit s'approchant d'un CDI. De durée et de traitement égaux à ceux d'un stage de préembauche, sa mission sera très précise, parfois répétitive et bien souvent confiée depuis plusieurs années à un stagiaire éternellement renouvelé. Psychologiquement plus difficile à supporter que le «stage exploitation», il faudra le subir en choisissant une entreprise au nom prestigieux et dont la mention sur le CV pourra, contrairement à sa mission, être valorisée. C'est ce que confirme Géraldine, 23 ans, à l'ESC Rennes : «En deuxième année d'école, j'ai fait un stage au service marketing d'un grand réseau de distribution de films. Ma tâche, très opérationnelle, était fastidieuse et assez peu enrichissante, mais le fait d'avoir effectué ce stage dans une entreprise reconnue m'a beaucoup aidée par la suite à décrocher des stages plus intéressants.»
Les «stages de préembauche» sont, de tous, les plus intéressants, mais ils ne sont malheureusement pas compatibles avec tous les projets professionnels ! Les candidats à des carrières dans des groupes ou des grosses PME de l'audit, de la banque, de l'assurance, du conseil ou d'industries en tout genre pourront trouver leur bonheur, mais plus rarement ceux qui sont inspirés par les secteurs cités plus haut. Par ailleurs, ce type de stage ne se trouve pas en envoyant un bref CV et une circulaire de motivation par courriel. Olga Malinowska, responsable sourcing et relations écoles du groupe Danone pour la France, explique : «Nous proposons aux étudiants qui effectuent leurs stages de fin d'études des missions de durées supérieures à cinq mois, que nous considérons comme une étape de prérecrutement. Cette année, sur 350 stagiaires pour le groupe, nous en retiendrons 40% en embauche. Sur les 220 recrutements de jeunes diplômés que nous effectuons cette année, 60% sont d'anciens stagiaires.» Aussi, le recrutement des stagiaires se fait aussi scrupuleusement que celui des salariés. Ce phénomène est aussi constaté dans les grands cabinets de conseil. Chez Deloitte France, par exemple, «la plupart des stages sont accordés dans l'idée d'aboutir à une embauche. Les entretiens sont donc tout à fait professionnalisés.» Il faudra ainsi s'armer de patience et faire preuve de motivation pour passer l'étape cruciale des rencontres avec des responsables du recrutement, aguerris aux meilleurs techniques d'entretien.
Alors, quel que soit le type de stage que l'on obtient, cette expérience bonne ou mauvaise permettra en tout cas de se faire l'idée la plus précise et la plus complète de la réalité d'un premier job dans le secteur choisi. Quitte à en être dégoûté ou confirmé dans son choix, il vaudra toujours mieux être fixé le plus tôt possible, la désillusion éventuelle en sera moins cruelle...
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