Télévision
J'ai testé pour vous les jeux télévisés
Que le meilleur gagne...
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Julien Bisson , 20 avril 2005
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Il y en a qui veulent gagner des millions en se demandant si «on applaudit généralement: avec les mains, les pieds, les oreilles ou les narines?» D'autres veulent absolument répondre à une question pour un champion, histoire de gagner l'encyclopédie des champignons. D'autres encore rêvent de tourner «La Roue de la fortune», de casser «Le Coffre», jouer «Les Z'amours» parfaits... Bref, ne pas être «Le Maillon faible». Avec une même «Cible» pour tous : la télévision, et ses jeux toujours plus nombreux, classiques concours de culture générale ou loufoqueries en tout genre qui en viennent à se demander (en aparté) : «C'est quoi ce jeu ?» Il fallait bien aller y jeter un oeil, et tout essayer, ce que j'ai fait, moi étudiant à Sciences po. Une chose est sûre : «Motus» ne sera pas mon dernier mot.
Trois jeux, trois chaînes, trois expériences...
«Tout vu, tout lu» sur France 2. Je m'inscris au jeu sur Internet et passe les sélections la semaine suivante. Un premier conseil : pour passer cette étape, le plus important n'est pas tant de répondre aux questions que de bien remplir sa fiche personnelle, qui doit faire de vous quelqu'un d'exceptionnel. J'invente une anecdote avec le maire de Paris et affiche mon plus grand sourire à la préposée aux sélections. «Qu'est-ce que vous aimeriez dire devant les caméras si vous étiez retenu ?» A méditer sérieusement... Elle me rappelle trois jours plus tard. Bingo, je suis sélectionné et invité à participer à l'émission dix jours après. «Tout vu, tout lu» est un jeu d'information de fin d'après-midi, juste après un autre de chiffres et de lettres. Pas très sexy a priori. D'où la bonne volonté du présentateur, Stéphane Thébault, futur quinqua jovial et fringant, enchaînant prises de vue et blagues grivoises, devant un public forcément hilare. Ah oui ! «Tout vu, tout lu» est une émission de public, ce qui veut dire applaudissements en boucle. Bon pour l'ego.
Recette simple : des questions sur l'actualité récente. Il suffit d'avoir potassé les dépêches Yahoo et se souvenir du prénom de la fille de Vincent Cassel et Monica Bellucci. N'empêche, je bute en finale sur le témoin de mariage de Cantona. Mais je me console avec la prévenance de la prod qui chouchoute ses candidats : loges privées, caramels mous et soda, bonne humeur générale entre des candidats généralement jeunes. Surtout cette petite blonde du troisième enregistrement, jamais revue depuis, malheureusement... Je suis reparti en revanche avec 125 euros et un lecteur DVD...
«Télé la question» sur France 3. La boîte de production me rappelle, elle commence un nouveau jeu et cherche des candidats. C'est d'accord pour moi. Direction Strasbourg, défraiement assuré, la grande classe. Sur place, je me rends compte que le jeu manque encore de moyens mais que la maquilleuse est sympa. Toujours être gentil avec la maquilleuse, elle pourrait très bien vous défigurer pour votre jour de gloire. «On préfère les candidats agréables, c'est sûr. On passe plus de temps avec eux s'ils le méritent», me confie-t-elle. Sur le plateau, pas de public, juste quelques techniciens, trois estrades et deux buzzers. Alors, quand la musique du jeu se déclenche, je me sens un peu seul, tandis que la présentatrice s'efforce de sourire face à la caméra. Le jeu est un peu compliqué à expliquer : il faut répondre à des questions de culture générale sous forme d'anagrammes, qui permettent d'avoir des lettres. Celles-ci permettent ensuite de deviner une question mystère. Reste enfin à trouver la réponse à cette question... J'enregistre quatre émissions en tout dans la journée, perds toutes mes finales mais repars quand même avec quelques cadeaux. L'un de mes adversaires gagne une machine à café et moi un lecteur DVD : dans le train du retour, on décide d'échanger. Il faut dire que les cadeaux des jeux télé se ressemblent un peu et qu'on a vite fait de collectionner les gadgets hi-fi.
«QI, le grand test» sur M 6. Sciences po est sélectionnée, je saute sur l'occasion pour rencontrer Benji Castaldi. J'apprends sur le chemin que nous serons confrontés aux Belges, aux coiffeuses, aux sosies et aux maîtres nageurs. Je me retrouve là, entouré d'une dizaine de Johnny, et presque autant de Clo-Clo. Mais moi, je craque sur le sosie d'Halle Berry, en partie parce que celui de Britney tire la tronche. La prod nous distribue de quoi nous restaurer, à peu près quatre bouteilles et six baguettes pour 200 personnes. Maigre butin. Nous sommes parqués trois heures durant dans un petit hall, obligés de nous changer aux toilettes. «Comme slogan, on pourrait crier Sciences po, Sciences po, vive la France d'en haut !» crie un de mes camarades, fièrement élitiste. Finalement, ce sera : «On va vous mettre KO !» Pas beaucoup mieux.
Les Belges sont plus loquaces : «On nous a contactés à la Cité U, alors on a décidé de venir en groupe, pour s'amuser mais, là, on est un peu pris dans la masse», explique Charline, étudiante en journalisme. «On va prendre une bière en attendant ?» Une dizaine de responsables de la prod s'efforcent de mettre en ligne les différents groupes, afin de réaliser un Coming Next dynamique. Quelques candidats se font crier dessus mais finalement tout le monde rentre dans l'ordre sur le plateau. Durant le tournage, il faut alterner un minimum de concentration et un maximum de génuflexions, le but étant de se lever et d'applaudir en hurlant régulièrement à la gloire de Benjamin 1er. Benjamin qui se trompe un peu trop en lisant son prompteur : «C'est bien sûr la réponse... B ! Hein ! Ah oui, euh, non ! La réponse D bien sûr !» Concernant le jeu, c'est un test de QI en soixante-dix questions et quatre catégories : logique, spatiale, verbale et observation.
Un petit espoir en sortant, une promesse de cadeau qui aurait justifié le fait d'aller passer quelques heures au fin fond de la Plaine-Saint-Denis ? Raté, ce ne sera qu'un T-Shirt M6, offert depuis, avec un brin de culpabilité.
Pour les modalités d'inscription aux jeux : www.parisenjeux.com/jeuxtv
Les jeux télé : une drogue pour les candidats ?
«Pour certains, l'idée de passer à la télé peut être vraiment très forte et les jeux télé sont le moyen le plus simple pour y arriver.» Stéphanie Sparacino est responsable de la boîte de production French TV depuis plusieurs années et a vu défiler un bon nombre de candidats. «La plupart commencent par curiosité, pour tester leurs connaissances ou, bien sûr, pour se faire voir par les amis, la famille, les collègues. Mais presque tous les candidats ont envie de continuer après.»
Et, malgré les apparences, ce n'est pas tant l'appât du gain qui pousse les candidats à recommencer que le goût même du jeu télé. Dans la majorité des cas, la probabilité de victoire est quasi-nulle et ce même après avoir franchi les sélections. Ils regroupent en effet un grand nombre de candidats, dont un seul repartira avec un petit butin : maigre espoir de gain, quand on sait que la participation aux jeux télévisés demande un vrai investissement, en temps ou en argent. En effet, les émissions sont enregistrées durant la semaine et quasiment toutes en banlieue parisienne. Dans ces conditions, on constate sans surprise que la plupart des candidats sont franciliens et appartiennent généralement à quatre grandes catégories : les étudiants, les profs, les retraités et les chômeurs. Bref, ceux qui sont les plus à même de sacrifier tout un vendredi pour une brève apparition télévisée.
Les candidats récurrents aux jeux télé forment une vraie communauté amenée à se rencontrer régulièrement. «C'est vrai qu'on retrouve souvent des visages connus, ça permet de discuter entre nous, de comparer l'ambiance des plateaux ou la sympathie des animateurs», témoigne Dominique, sosie de Brigitte Fossey rencontrée sur plusieurs jeux. «Je ne travaille pas, donc j'ai le temps de faire beaucoup d'émissions. Ca nous permet, à mon mari et moi, d'aménager notre maison ou de partir en voyage.» Dominique a en effet déjà gagné «La Cible», «Le Coffre» ou encore «Zone rouge». La communauté des candidats s'organise si bien aujourd'hui que différents sites Internet proposent aux candidats de s'échanger ou de revendre les cadeaux gagnés. Alors, que le meilleur gagne... plus !
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