Théâtre
«Charlotte Corday» au Petit Hébertot
La jeune fille au couteau
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Maïté Sélignan , 22 mars 2005
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Sans conteste, Charlotte Corday est une héroïne fascinante. Comment cette jeune fille de 24 ans, arrière-petite-fille de Pierre Corneille, a-t-elle pu assassiner de sang-froid, dans sa salle de bain, le montagnard Jean-Paul Marat ? Le contexte historique est terriblement confus, mais comment cette jeune aristocrate, qui se destinait au couvent, vierge de surcroît, a-t-elle pu en arriver à un tel geste ? Pour l'auteur, Daniel Colas, la réponse est limpide : Charlotte a agi avec la fougue d'une enfant, la naïveté d'un être qui n'a pas eu le temps de connaître la vie. Pour mettre en valeur son propos, il invente le rôle du député Roche, chargé de l'enquête. Désarmé devant la détermination de Charlotte, il tentera de la sauver.
Le texte de Colas est rythmé et bien ficelé, même s'il manque un peu de couleur historique. Il en donne un petit aperçu jouissif, avec la procession du peuple de Paris derrière le cadavre de Marat, toujours dans sa baignoire, dans les rues de la capitale. Le reste est centré sur Charlotte, son obstination, sa naïveté, sa révolte. Colas explore tout : les phases de doute, l'aveuglement, l'absence de regrets, les contradictions. Il y ajoute une pincée de sentiments humanistes. Cependant, les réflexions sur la peine de mort et sur la condition féminine sont trop appuyées pour sonner authentiques. Mais là n'est guère le dessein de Colas de toute façon.
Reste le jeu. Beaucoup trop poussif pour Coralie Audret, qui illumine la scène de sa beauté, mais agace par ses intentions qui manquent cruellement de spontanéité. Elle aurait gagné en force avec plus d'intériorité, de fragilité. Heureusement que les rôles masculins, dont l'excellent Yvan Varco, apportent du souffle à l'ensemble. Le rôle du choeur, qui regarde la scène avec un ton amusé, parfois décalé, est à lui seul un petit bonheur.
Charlotte Corday, monstre ou ange de liberté, de et mis en scène par Daniel Colas, avec Coralie Audret, Jean-Paul Zennacker, Yvan Varco... Jusqu'au 16 avril, du mardi au samedi, à 21 heures, au Petit Hébertot, 78 bis, rue des Batignolles, Paris XVIIe. Métro Villiers ou Rome. Tarifs : étudiants 10 €, jusqu'à 25 €. Location : 01.43.87.23.23.
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