Théâtre
«Du vice à la racine» au Guichet Montparnasse
Oeuvre de jeunesse
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Maïté Sélignan , 17 mai 2005
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Charif Ghattas, jeune auteur de 22 ans, a beaucoup travaillé son texte. Cela s'entend, parfois un peu trop. Sa pièce, Du vice à la racine, sent l'oeuvre de jeunesse. Fougueuse, rythmée, mais pas tout à fait aboutie. Ghattas hésite entre héros lunaires et réalistes, entre oeuvre onirique et crue. Pourtant, la trame est crédible. Charif Ghattas propose un huis clos en prison, entre quatre hommes blessés qui rêvent de vengeance, d'arracher le vice là où il est né. Il y a Luigi, au grand coeur, qui recherche la paix, Alessandro, le gominé naïf qui s'est fait rouler par son paternel, Claudio, le fou, l'étrange, et enfin Henri, l'efféminé qui finit par prendre les commandes du petit groupe.
Alessandro et Luigi sont des hommes vrais, avec leurs souffrances, leur réalité. Peut-être sans beaucoup de nuances mais c'est le propre de leurs personnalités. Claudio et Henri sont irréels. L'un est moitié fou, moitié enfant, malgré le physique râblé de son interprète. L'autre décide qu'il veut être une femme. D'ailleurs son physique ne colle pas à la prison, il est trop délicat. Son rôle détourne l'histoire de son tracé. A son arrivée, le spectateur tombe dans une trappe. Le texte bascule dans un univers différent, voire opposé au précédent. C'est Alice qui tombe dans son trou, jusqu'au pays des merveilles. Les trois prisonniers suivent le nouveau venu comme un gourou.
Le travail de Charif Ghattas est louable mais ce revirement est trop brutal pour le spectateur, qui s'y perd. Pourtant il signe là un début prometteur. Les idées sont bonnes et s'enchaînent avec rythme. Les personnages sont croqués avec humour et tendresse. Il est servi par de bons comédiens, notamment Grégory Montel, qui porte la pièce. Gageons que leur compagnie, Point Basta, en mûrissant un peu, saura produire d'excellentes choses. On les attend de pied ferme.
Du vice à la racine, de Charif Ghattas, avec Florent Chesné, Pierre Khorsand, Grégory Montel et Julien Monsallier. Jusqu'au 11juin, du mercredi au samedi à 18h30 au Guichet Montparnasse, 15, rue du Maine, ParisXVe. Tarifs: de 12 à 17€. Location: 01.43.27.88.61.
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