Voyage
Un tour du monde pendant ou après ses études
Partir maintenant ou jamais !
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Maya Dujardin, 25 avril 2007
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Voyager pendant quelques mois voire une année. Sillonner les routes de contrées lointaines à pieds, en tandem et à dos de chameau. Faire une pause pendant ses études ou s’accorder du temps avant d’entrer dans la vie active. Beaucoup en rêvent et quelques-uns se lancent dans l’aventure.
Carine est au Brésil et Arnaud au Chili. Quant à Ambroise et son camarade Benoît, partis à bord de leur tandem trois roues, ils ont pédalé 22 222 kilomètres et visité 21 pays. Chacun ses motivations. Pour Carine, 23 ans, qui venait d’échouer au concours du barreau, c’était l’occasion de faire un break avant de repasser les épreuves en septembre prochain. Arnaud, 22 ans, avait envie de fêter la fin de ses études avant d’aller travailler à New York. « J’ai terminé l’EDC-Paris en décembre et, avant de m’engager dans la vie active, je voulais réaliser un rêve : faire le tour du monde en 80 jours, comme Phileas Fogg. » L’idée de voyager sac au dos et sans contrainte aucune a de quoi séduire. Mais une telle entreprise ne s’improvise pas. Pour Ambroise et Benoît, tout juste diplômés des Arts et métiers, il a d’abord fallu mettre au point leur moyen de locomotion. C’est en tridem, un tandem couché trois roues, qu’ils ont réalisé avec Rando-cycles dans le cadre de leur projet de fin d’études, qu’ils sont partis pendant 13 mois, jusqu’à octobre 2006.
Avant de larguer les amarres, il faut donc prendre le temps de s’informer, de discuter avec des personnes qui sont déjà parties loin et longtemps. Lire encore et encore pour se préparer au meilleur comme au pire. Il faut aussi réunir assez d’argent pour tenir quelques mois. « Mes parents n’ont pas voulu m’aider car ils étaient totalement contre ce voyage. Je le finance donc grâce à un prêt étudiant, explique Carine. J’avais vraiment envie de partir et je ne voulais pas économiser pendant deux ans avant de pouvoir enfin m’envoler. » Arnaud a lui aussi sollicité sa banque. « J’ai emprunté 20 000 euros. Je commencerai à rembourser dans deux ans, ce qui me laisse le temps de m’organiser. Je verserai alors 380 euros par mois pendant cinq ans. » Et enfin, il ne pas oublier qu’un bon voyageur ne se trimballe jamais avec toute sa maison sur le dos ! « Je suis habitué à partir avec plus que pas assez mais, cette fois, j’ai décidé de m’encombrer le moins possible. J’ai d’ailleurs fait mon sac en dix minutes avant de partir pour l’aéroport », se souvient Arnaud.
Accepter les imprévus
Une fois le premier pays conquis, il s’agit de continuer à se comporter comme un grand globe-trotter. Règle numéro un : ne pas rester bloqué sur son itinéraire initial, être ouvert et disponible. « Le mieux est de ne pas trop planifier, conseille Carine. Moins il y a de contraintes, mieux c’est car tout peut changer en fonction des rencontres que l’on fait et des lieux que l’on découvre. Moi, j’adore me dire que je suis libre et je n’ai pas à me stresser parce que j’ai un vol à prendre le lendemain ! » Règle numéro deux : avoir confiance en soi et rester zen en toutes circonstances. Carine a déjà traversé la Thaïlande, l’Australie, la Nouvelle- Zélande, la Polynésie, l’Ile de Pâques, l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil où elle est actuellement. « Beaucoup de gens pensent que c’est inconscient et dangereux de voyager seul lorsqu’on est une fille. Mais je peux dire en toute connaissance de cause que c’est totalement faux et il ne faut surtout pas se laisser décourager par de tels discours ». « Nous n'avons pas eu d'ennuis de santé graves, nous ne nous sommes jamais fait braqués et pour toutes les difficultés d’ordre administratif, nous avons toujours trouvé des solutions. Il suffit d'être patient et d'y croire! », affirme Ambroise.
Règle numéro trois, accepter les petits imprévus comme faisant partie intégrante du voyage. Au final, ce sont les meilleurs souvenirs. « Mercredi dernier, j’ai décidé d’annuler une excursion dans le sud de la Patagonie pour aller plutôt dans le nord, raconte Arnaud. Pour la nouvelle expédition, une journée à travers un glacier dans le Campo Hielo Norte, je n’avais pas jugé bon de m’équiper et j’y suis allé en jean, tee-shirt et baskets. J’ai retrouvé sur le lieu du rendez-vous une Israélienne rencontrée la veille et aussi peu préparée que moi. Il se trouve que notre guide était parti 30 minutes auparavant avec deux autres touristes. Nous avons alors décidé de les rattraper, sans connaître le chemin, sans équipement, sans crampons… On ne les a bien sûr jamais retrouvés et on s’est complètement perdus ! On a finalement réussi à rentrer juste avant la tombée de la nuit, épuisés, après huit heures de marche sur la glace, nos pauvres tennis en loques. »
Laisser une trace écrite
Dernière règle : ne pas oublier sa famille et ses amis restés en France ! Carine, Arnaud, Ambroise et Benoît ont tous raconté leurs aventures et exposé leurs photos sur leur site Internet. « N’ayant pas forcément le temps d’envoyer un mail perso à chacun, j’ai décidé de lancer mon site. C’est un moyen ludique et pratique pour donner des nouvelles à tout le monde, en quelques minutes. Et puis cela me permet de laisser une trace de mon voyage, pour ne jamais l’oublier », se rassure Arnaud. Des pages et des pages d’anecdotes, d’histoires, de descriptions de paysages grandioses. Sans oublier les rencontres, souvent très attachantes. « A Rio, j’ai rencontré beaucoup d’enfants qui essayaient de vendre des chewing-gums dans la rue, à trois heures du matin. Ils étaient épuisés, mais devaient tenir le coup. J’ai passé un peu de temps avec eux, à parler, à jouer et j’avais l’impression que ça leur faisait du bien. » Pour Ambroise et Benoît, ce sont « les Sénégalais qui nous ont accueillis à Nouhadibou, qui rêvaient d'émigrer vers la France, ou bien les pèlerins tibétains qui marchaient vers Lhassa, en famille, avec leur équipement rudimentaire » qui leur ont laissé les souvenirs les plus forts. Les deux ingénieurs préparent actuellement un livre qui rassemblera leurs plus belles photos et le récit de leur voyage. Une manière de le prolonger. Encore un peu.
Carine : http://carineautourdumonde.blogs-de-voyage.fr
Arnaud : http://tour.asalley.com
Ambroise et Benoît : www.tandem3roues.com
POUR UNE PLANETE SOLIDAIRE
Un tour du monde du développement durable ? C’est l’idée qui a présidé il y a cinq ans à la naissance de l’association Terre à l’an vert de l’Edhec Lille. Les équipes de quatre personnes, une par an, partent pour neuf mois afin de réaliser des audits pour le compte d’entreprises, majoritairement du domaine du commerce équitable.
« Nous avons été choisis par les membres de l’association car nous étions vraiment sensibilisés à la pratique environnementale, explique Claire, de retour de l’expédition 2006. Ce projet n’était pas une excuse pour faire un tour du monde. » « Au-delà du voyage, je nourris depuis 17-18 ans l’idée de travailler dans un contexte de développement », renchérit son « co-équipier » Johan.
Première étape et pas la moindre : démarcher les sociétés afin de trouver des missions et des financements. Ce sont ces tâches qui aideront à élaborer l’itinéraire du voyage. Dans le même temps, l’équipe approfondit ses connaissances en matière d’environnement avec la réalisation d’un guide sur le développement durable distribué dans les collèges et lycées de la région, tout en se formant auprès de cabinets comme KPMG et Deloitte. Une seule mission sera refusée, Madagascar n’étant pas compris dans le billet « tour du monde » des étudiants !
Sur place, il faut d’abord apprendre à gérer le quotidien. « Nous avons vécu neuf mois avec un sac à dos, se souvient Johan. Les besoins sont réduits à l’essentiel : se nourrir, se véhiculer. Il m’a suffit de trois jours pour m’adapter. » Côté boulot, l’équipe n’est pas confrontée à des difficultés techniques majeures. Ainsi, parmi les missions accomplies, un audit sur un fournisseur de sucre pour AlterEco au Costa-Rica. L’équipe va au-devant des producteurs, interroge les gens sur leurs conditions de vie…
Un rapport de travail
« L’intérêt de ce voyage était de rencontrer les acteurs locaux de l’économie solidaire, remarque Caroline, troisième comparse. Avoir un rapport de travail avec les gens change complètement la manière d’aborder le pays. De même, on n’arrive pas comme un touriste ou un colon mais comme quelqu’un qui vient aider au développement. » « Nos contacts étaient d’autant plus intéressés qu’il y a parfois eu un échange, complète Johan. Par exemple, certains ne calculaient pas leur chiffre d’affaires, nous leur avons appris des rudiments de comptabilité. » Les bémols sont peu nombreux. « Il y a parfois eu des tensions, explique Caroline. Ce secteur n’étant pas parfait, la presse a pu dénoncer des pratiques jugées non constructives et nous avons été accueillis avec méfiance par certaines structures. »
L’expérience en tout cas leur a plu. Reconnue comme un stage dans le cadre de l’année de césure de l’Edhec, elle est venue enrichir leur CV. Et a créé, pour tous, des affinités professionnelles et personnelles avec le monde du développement durable. Claire est en stage à l’Agence française de développement, Caroline vient de partir pour trois ans à Madagascar avec Planète finance… La boucle est bouclée.
http://terrealanvert.edhec.com
Céline Fontana
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